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Les poissons coralliens de Moorea pas tous égaux devant l’adversité

mardi 21 mai 2019

(© Criobe)

(© Criobe)

En cette période où un fort blanchissement des coraux a lieu mettant en danger la survie des récifs coralliens de Polynésie française, et alors que le colloque international de l’Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) à Paris a annoncé la perte de plus d’un million d’espèces végétales et animales par an, des chercheurs de l’Institut de génomique fonctionnelle à Lyon (France) et du Criobe à Moorea viennent de publier une étude dans laquelle ils ont analysé les données de l’abondance des poissons coralliens collectées depuis plus de trente ans par le Criobe dans les eaux de Moorea.

Les stress causés par l’homme sur les animaux marins (modification des habitats, pollutions, changements climatiques) augmentent en intensité depuis plus de trois décennies, ce qui rend les écosystèmes de plus en plus vulnérables aux perturbations.

Les processus de retour à l’équilibre après ces perturbations ne sont pas toujours bien compris par les experts mondiaux en raison de la complexité des écosystèmes et de l’absence d’indicateurs appropriés.

Les poissons et les coraux dépendent les uns des autres pour vivre. Les coraux fournissent nourriture et abri à de nombreux poissons, tandis que les diverses fonctions écologiques (bioérosion, régulation de population, herbivorie, etc.) assurées par les poissons permettent de contribuer à la survie du récif dans son ensemble. Parmi ces fonctions, l’herbivorie est particulièrement importante car elle limite la croissance des algues, qui sont en compétition avec les coraux.

Le retour à un récif corallien sain après une perturbation nécessite donc, entre autres, une conservation des principales fonctions assurées par les poissons. Les perturbations environnementales, telles que les cyclones ou les taramea (étoile de mer mangeuse de corail), impactent fortement la vie de nombreuses espèces de poissons en détruisant les coraux et/ou détruisant la structure du récif.

Si tous les poissons assurant une même fonction sont impactés de façon négative par les perturbations, la pérennité de cette fonction est compromise. Ainsi, des réponses différentes (dites hétérogènes) des espèces à une perturbation permettent le maintien de la fonction grâce à un roulement entre les espèces.

À Moorea, les scientifiques ont analysé la vulnérabilité des principaux groupes de poissons assurant chacun une fonction écologique qui leur est propre (herbivores, corallivores, plantivores).

 

Moorea, un récif résilient

 

Pour cela, ils ont utilisé l’une des plus longues séries de suivi temporel disponibles p ur les récifs coralliens : trente-cinq ans de données récoltées par le Criobe ! Les chercheurs ont examiné les variations au cours de ces 35 années de la couverture du substrat (corail, algue, etc.) impactée par deux perturbations majeures : une invasion de taramea entre 2005 et 2009 et le cyclone Oli en 2010. Ils ont également examiné l’abondance, la composition et la synchronie de différents guildes trophiques de poissons ensemble d’espèces appartenant à un même groupe taxonomique ou fonctionnel, qui exploitent une ressource commune de la même manière, en même temps, donc partageant la même niche écologique..

La synchronie temporelle est une mesure précieuse pour évaluer l’homogénéité ou l’hétérogénéité des réponses d’espèces à une perturbation, et donc la vulnérabilité d  la fonction qui leur est associée. Les récifs coralliens de Moorea retournent rapidement à des populations saines de coraux, même après plusieurs perturbations successives.

Si la communauté des poissons n’a pas regagné sa composition initiale (pas les mêmes espèces présentes), le nombre de poissons n’a pas baissé. En effet la plupart des groupes de poissons (dont les herbivores) ont présenté des réponses différentes, ce qui permet de conserver les fonctions écologiques qui leur sont associées.

Les herbivores ont même augmenté après l’invasion des taramea en raison de la plus grande quantité d’algues disponibles. Si le cyclone Oli a, quant à lui, fortement fait baisser le nombre de certaines espèces d’herbivores, d’autres ont augmentées. Ainsi, le roulement entre ces espèces a
permis de préserver cette fonction écologique. Néanmoins, d’autres groupes comme les corallivores présentent des réponses plus homogènes aux perturbations et y sont donc beaucoup plus vulnérables.

La communauté de poissons coralliens de Moorea conserve donc la plupart de ses fonctions écologiques, même après de fortes perturbations. Cela pourrait être un facteur qui explique le retour rapide de la couverture corallienne (cinq ans seulement !) sur ses récifs après les perturbations.

Cependant, la vulnérabilité de certains groupes de poissons (les corallivores en particulier) pourrait compromettre le potentiel de  rétablissement des récifs de Moorea à long terme si la fréquence des perturbations continue d’augmenter.

 

LDT

 

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