Polémique sur une nouvelle orthographe… vieille de 26 ans

    vendredi 5 février 2016

    Ognon, nénufar, disparition d’accents circonflexes: une réforme facultative de l’orthographe actée par l’Académie française il y a 26 ans, mais passée largement inaperçue, a créé une polémique jeudi sur les médias et réseaux sociaux, à l’occasion de sa prochaine généralisation dans des manuels de primaire.  

    « Qu’est-ce qu’ils ont tout d’un coup, les journalistes, à prétendre qu’il y aurait 1 truc tout nouveau au sujet de l’orthographe? », a tweeté l’institutrice @charivari1, qui applique ces règles, tandis que certains hurlaient au nivellement par le bas ou demandaient s’il y avait rétroactivité pour les points perdus lors d’anciennes dictées.  

    Le ministère de l’Éducation a dû mettre les points sur les « i »: Najat Vallaud-Belkacem n’a lancé aucune réforme de l’orthographe, contrairement à ce qui pouvait se dire sur Twitter, où le mot-dièse « réformeorthographe » était le plus utilisé de la journée, suivi de près par « jesuiscirconflexe ». Un accent défendu mordicus par la ville de Nîmes: « Nîmes sans son accent? Même pas en rêve! »

    C’est en fait le Conseil supérieur de la langue française qui a adopté en 1990 les nouvelles règles, approuvées alors par l’Académie française, que l’on peut, ou pas, appliquer.

    Les nouveaux programmes scolaires, qui seront appliqués à la rentrée 2016, « font référence à la règle en vigueur tout comme les programmes précédents de 2008 » sous l’ancien ministre Xavier Darcos, souligne la rue de Grenelle.

    « C’est l’orthographe officielle de la République depuis plus de 25 ans. Ce qui est surprenant ce que l’on s’en surprenne », indique Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes (CSP).

    « L’Académie française a fait un travail très précis », estime-t-il. « Il y avait des anomalies orthographiques liées à des évolutions historiques un peu étranges, donc l’Académie avait vraiment veillé à ce que ces modifications soient compréhensibles, ce n’était absolument pas un bouleversement, plutôt du toilettage. »

    – ‘Les plus jolies fautes’ -« On peut écrire nénuphar comme on le veut, mais il faut considérer que l’écrire avec un f n’est pas une faute d’orthographe », explique-t-il.

    Chez Belin, certains manuels du primaire intégraient déjà la nouvelle orthographe « depuis au moins une dizaine d’années », explique Sylvie Marcé, PDG de l’éditeur scolaire. « Ce qui est nouveau, c’est une référence plus explicite » à cette orthographe réformée dans les nouveaux programmes officiels, ajoute-t-elle.

    L’emploi de cette orthographe sera donc systématisé pour ses livres de primaire. L’éditeur a apposé dans ses nouveaux manuels « un macaron pour dire +cet ouvrage est rédigé avec l’orthographe recommandée+. On ne voulait pas qu’on pense qu’il y a des fautes », explique-t-elle. Le macaron précise un site qui récapitule les principes de la réforme, www.orthographe-recommandee.info

    Pour le collège en revanche, Belin ne prévoit pas de généralisation des nouvelles règles, car les livres de français reproduisent beaucoup d’extraits littéraires qu’il n’est pas question de modifier.

    Ces manuels pourront toutefois expliquer par exemple, pour le mot « maîtrise », que l’orthographe réformée permet de l’écrire sans accent circonflexe, qui disparaît dans la réforme sur les lettres i et u (sauf pour cinq exceptions qui pourraient prêter à confusion comme « sur » et « sûr » ou « jeune » et « jeûne »). La réforme simplifie aussi entre autres l’usage des traits d’union.

    Chez Hatier, les manuels du primaire appliquaient déjà la nouvelle orthographe. Ce n’est pas d’actualité pour ceux du secondaire, également parce qu’ils comportent des textes classiques qu’il ne s’agissait pas de transformer, a expliqué une porte-parole.

    Au sein d’Hachette Livre, les maisons d’édition scolaire « introduisent progressivement cette réforme depuis 2008 », a précisé une porte-parole. Ses éditeurs abordent cette réforme « en exposant les deux orthographes, aussi valables l’une que l’autre ».

    « La faute de français est la chose du monde la plus partagée », soulignaient Anne Boquel et Etienne Klen dans leur recueil « Les plus jolies fautes de français de nos grands écrivains », de la main d’auteurs majeurs comme Balzac, Zola, Hugo, Baudelaire…
     Agence France-Presse

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