Politique – Edouard Fritch s’entretient avec la ministre des Outre-mer

    jeudi 6 octobre 2016

    égalité

    Accueil chaleureux du président polynésien par Ericka Bareigts. (Photo : DR)

     

    Arrivé la veille de New York où il avait démontré la réalité de l’autonomie du Pays devant l’une des commissions de l’ONU, le président Fritch a rencontré à Paris la nouvelle ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, avant de participer à une réunion technique sur les futurs accords de Papeete. Lors d’un point presse, il s’est exprimé sur d’autres sujets, dont le projet de loi sur l’égalité réelle examinée à l’Assemblée nationale.

     

    A sa descente d’avion mardi, le président Fritch s’était entretenu au Sénat avec Pierre Bas, président de la commission des lois, pour parler du projet polynésien de modification de la loi statutaire de 2004. « Un toilettage, » commente-t-il en soulignant au passage qu’on ne touchera pas aux institutions et qu’il s’agira seulement de simplifier plusieurs procédures administratives et financières, qui jusqu’à présent freinent certains projets du Pays.

    « Autant se mettre d’accord d’avance avec l’Etat, surtout que le texte n’aura qu’une dizaine d’articles,» indique-t-il, en comptant sur les élus polynésiens des deux chambres pour apporter les amendements nécessaires et ce, dès le passage en commissions.

    Reçu dès la première heure rue Oudinot par Ericka Bareigts, Edouard Fritch – accompagné de Maina Sage et de Jean-Paul Tuaiva – ne devait pas faire de déclaration à sa sortie. Cependant, pressés par les journalistes, ministre et président ont lâché quelques remarques courtoises.

    « Je félicite le président Fritch pour son intervention à l’ONU, d’un équilibre absolu. Remarquable ! Cela dit, nous avons fait un petit tour de piste ce matin car c’est la première fois que je reçois le président ici, même si nous nous sommes déjà rencontrés lors de mon précédent portefeuille. Nous avons échangé sur tous les sujets d’autant que nous avons beaucoup de choses à construire ensemble. Le président m’a aimablement invitée en Polynésie où je me rendrai avec beaucoup de joie » a déclaré la ministre.

     

    Ericka Bareigts connaît bien le dossier polynésien

     

    A la réunion de presse à la Délégation de la Polynésie française, le président Fritch rassure en indiquant qu’Ericka Bareigts connaît bien le dossier polynésien, puisqu’elle est souvent en contact avec nos parlementaires. Mais si la ministre vient au fenua – avant la fin de l’année souhaite-t-il – ce sera aussi pour examiner le plan de transition énergétique et les moyens que l’Etat pourrait apporter. Pour l’heure, on avait planché dans la matinée sur le projet d’accords de Papeete.

    « Nous avons sollicité des propositions sectorielles et un coordinateur a été nommé afin de faire le lien entre Papeete et Paris. C’est donc un avant-projet qui sera soumis à des arbitrages politiques pour donner un peu plus d’âme à ce document. On commencera d’ailleurs demain avec des rendez-vous ». Et de rappeler que c’est le président de la République qui a eu l’idée de ces accords de Papeete.

     

    Retours sur trois points de ce projet d’accords

     

    Edouard Fritch est revenu sur trois points de ce projet d’accords, à ses yeux fondamentaux. En premier lieu la réparation des conséquences issues des essais nucléaires avec en préambule la reconnaissance du fait nucléaire et de ses conséquences (sanitaires, économiques et environnementales). Ce qui impliquera la modification de la loi Morin, la dépollution des sites et la mise en place de contrôles techniques et de surveillance.

    En deuxième lieu, l’intervention de l’Etat en Polynésie française en matière de développement économique via des contrats (que l’on pratique déjà). Et en troisième lieu, la loi sur l’égalité réelle, qui a été examinée au Palais Bourbon mercredi. « La Polynésie française est fortement concernée par l’égalité réelle, du fait de son éloignement de la métropole et aussi par l’égalité à l’intérieur de la Polynésie française, » fait remarquer le président ; et de citer les problèmes rencontrés de ce fait en matière d’éducation (infrastructures et personnels), de transports scolaires, mais aussi côté santé publique avec le coût très élevé des 60 000 EVASAN annuelles, par exemple.

    « C’est pourquoi, il faut que l’on intègre ces problèmes géopolitiques dans les plans de convergences prévus par cette loi, » insiste-t-il en reconfirmant qu’à ses yeux, éducation et santé seront bien des points non négociables ou presque. Quant aux autres dispositions visant à une égalité réelle, Edouard Fritch rappelle que la mise en place d’une liste de produits de première nécessité était déjà une avancée préconisée par Victorin Lurel et qu’il reste bien d’autres mesures à prendre dans ce domaine d’égalité des citoyens ultramarins.

     

    « Porter la voix des autres Polynésiens »

     

    Sollicité de revenir sur son intervention à New York, Edouard Fritch a indiqué qu’il n’en avait pas parlé à Ericka Bareigts lors de leur entretien du matin. Cependant il réaffirme : « Je suis allé à New York pour porter la voix des autres Polynésiens. Depuis trois ans, l’ONU n’a entendu qu’un écho de voix, celle des indépendantistes ; les histoires d’Oscar Temaru. C’est donc la première fois que le gouvernement autonomiste prend la décision d’aller rectifier quelques petites choses.»

    Il souligne à ce propos qu’il n’avait pas besoin d’obtenir l’autorisation du gouvernement central et en l’occurrence du haut commissaire pour se rendre à New York. Bien que ce soit son « vœu le plus cher », il n’a pas demandé la désinscription de la Polynésie française de la liste des pays non autonomes. « J’ai seulement posé la question : pourquoi la Polynésie française est-elle inscrite sur cette liste ? ».

    Il fait également remarquer : « Si le Forum du Pacifique sud nous accepte à sa table c’est qu’il nous reconnaît une autonomie. Je ne sais d’ailleurs pas quelle est sa conception de l’autonomie. Et puis nous pouvons aussi avoir des réunions bilatérales avec qui nous voulons et quand nous voulons. Et sans l’intervention du haut commissaire. Cela fait un moment que l’Etat français ne se comporte plus en état colonial ! C’est ce que je suis allé dire à New York ».

     

    Autonomie et égalité réelles

     

    « La Polynésie française est chanceuse, rien qu’avec l’éducation de nos enfants garantie par l’Etat compétent et sans compétences locales disponibles, ce serait difficile d’être plus autonomes, voire indépendants. Nous sommes dans une situation exceptionnelle ». Effectivement, si le statut permet plus d’autonomie réelle avec des initiatives internationales non sujettes au feu vert de Paris, il doit permettre aussi aux citoyens polynésiens d’acquérir plus d’égalité dite réelle, une fois les dispositions de la nouvelle loi appliquées en nombre et en spécificité.

     

    Ph. Binet

     

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