Habillage fond de site

La Polynésie succombe au “Airbnb business”

mercredi 20 juin 2018

Capture d’écran du site Airbnb : l’offre est surtout présente à Papeete et dans ses alentours.

Capture d’écran du site Airbnb : l’offre est surtout présente à Papeete et dans ses alentours.


Airbnb est la plus grande plateforme mondiale de location de meublés de particulier à particulier. En Polynésie, l’offre est très fournie, à Papeete et dans ses alentours. Depuis peu, la tendance s’étend aussi aux îles. Suite à une décision gouvernementale datant de mars, les hôtes doivent se déclarer et être patentés, sans quoi ils risquent une amende de troisième classe.

La première chose que l’on aperçoit dans le jardin de Tamatoa (*), c’est une petite tente blanche. “Quand toutes les chambres sont occupées, j’y mets des guests Airbnb”, explique-t-il. Depuis trois ans, Tamatoa loue les chambres de sa maison, à Faa’a. Il a eu le temps de mettre au point un mécanisme bien huilé pour ceux qu’il appelle ses “guests” : dans le frigo, les compartiments sont numérotés. “Je l’ai partagé en quatre parties : deux pour les guests et les deux autres pour moi.”

Tamatoa loue ses deux chambres, et parfois sa tente, pour une somme allant de 3 500 à 5 000 F. “Parfois, j’appelle les hôtels pour me renseigner sur le prix du marché ou je fais des simulations sur Airbnb, auprès de concurrents. Je sais que je suis parmi les moins chers.”

En disponibilité depuis deux ans, Airbnb est devenu son seul gagne-pain et lui rapporte entre 80 000 et 100 000 F par mois. “Je préfère avoir des inconnus dans la maison plutôt que de retourner travailler pour gagner un salaire.”

Des prix moins élevés Si Airbnb connaît un succès si important en Polynésie, c’est parce que la plateforme propose des offres alternatives aux hôtels de luxe et aux pensions de famille. Comptez en moyenne 5 800 F par nuit pour une chambre privée à Tahiti, contre 26 200 F pour une suite à l’hôtel Méridien.

Pour achever leur tour du monde, Malhous et Mark, deux touristes hollandais, logent depuis une semaine chez un particulier. Une location salvatrice pour leur portefeuille : “Au bout de huit mois de voyage, déclare Malhous, on n’aurait pas eu le budget pour s’arrêter ici sans Airbnb.” Elle regarde son bol de nouilles et poursuit : “Honnêtement, si j’avais eu les moyens, je serais dans un bungalow sur pilotis directement dans le lagon.”

Malhous et Mark partent demain pour Moorea, où ils se sont résignés à camper : “Il y a moins de Airbnb à Moorea et tous étaient occupés”.

Actuellement, l’offre Airbnb se concentre principalement sur Tahiti et ses principales communes. Mais la location de particulier à particulier commence à s’étendre aux îles. Ariifano attend un poste dans la fonction publique mais elle ne cache pas son engouement pour un autre projet : retourner dans son Maupiti natal et y monter son propre “Airbnb business” : “Quand mes filles seront grandes, je rentrerai et je ferai construire des bungalows pour y accueillir des guests”.

D’autres ont déjà sauté le pas : sur la plateforme Airbnb, on recense près d’une vingtaine de locations à Maupiti, une cinquantaine à Raiatea, presque autant pour Huahine et environ 70 pour Bora Bora.

 

 

“On finira par sanctionner”

 

Plusieurs de nos interlocuteurs n’ont accepté de témoigner que sous couvert d’anonymat. La raison ? “Je fais tout ça au black, sans rien déclarer”, explique Tamatoa. Depuis mars, la déclaration d’activité est obligatoire pour les locations Airbnb. Bruno Jordan, chef du service du tourisme, explique que la décision a été prise suite à “un avis des pensions de famille, qui se plaignaient d’une concurrence déloyale car les meublés Airbnb ne payaient pas de cotisations sociales”.

Chaque hôte doit prendre une patente et faire une double déclaration : auprès du service de tourisme d’abord, auprès de la mairie de sa commune ensuite, qui fixe la taxe de séjour. Pour le moment, les autorités misent sur la bonne volonté des hôtes : “On laisse les gens venir à nous. Une centaine de meublés ont déjà été déclarés depuis mars”, se félicite Bruno Jordan. “Mais on finira par sanctionner.”

Les fraudeurs risquent une amende troisième classe, à hauteur de 53 000 F.

 

Marion Lecas
(*) le prénom a été modifié

 

 

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Selon vous, quelle troupe remportera le Heiva i Tahiti cette année en Hura Tau :

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete