PORTRAIT – Bran Quinquis, délégué interministériel en charge de la COP21 pour la Polynésie

    lundi 23 novembre 2015

    Tous les lundis, nous vous proposons de découvrir un homme ou une femme qui, à sa manière, illustre l’actualité. Aujourd’hui, voici le portrait de Bran Quinquis. Âgé de 37 ans, brillantes études en poche, Bran est adjoint à la mairie de Mahina mais surtout le coordinateur et délégué interministériel en charge de la COP21, pour  la Polynésie française, qui s’ouvrira à la fin de la semaine à Paris.

    Un ami qui vous veut du bien. Bran Quinquis, 37 ans, fils de François Quinquis, avocat bien connu du fenua, a des amis de bons conseils, des profs aussi. “J’étais censé avoir fini mes études, mais j’avais un ami à Brest, qui faisait une thèse en biochimie, sur les algues”, se rappelle aujourd’hui, le coordinateur polynésien de la COP21. “Le milieu marin m’a toujours intéressé, bien plus que la vente et la grande distribution” pour laquelle il avait travaillé, de retour à Tahiti.
    Né en Bretagne, arrivé à Tahiti à l’âge de six ans, Bran poursuit un cursus scolaire qui l’amène du lycée Paul-Gauguin à des études en école de commerce international à Hawaii, puis en 3e cycle en management, avant de revenir au fenua, pour s’attaquer à la grande distribution, dans le groupe Wane, également dans le tourisme. “Le tourisme m’intéressait, par contre. Je me suis dis, tiens, je vais me spécialiser en économie et politique maritime.” Un déclic.
    Bran fait donc son DEA dans cette spécialité. “Sans doute la meilleure année de mon cursus universitaire, apprendre à compter et faire de l’économie avec des petits poissons, c’est plus facile (rires). Les matières qui avaient tout mon intérêt étaient “l’économie des ressources naturelles” et “l’économie de l’environnement”. Cela consistait, à l’époque, de mettre un prix sur la nature, de monétariser tous les services rendus par la nature. J’avais toujours cette optique du tourisme et je voyais comment la Polynésie française pouvait se différencier. La valeur économique monétaire que l’on pouvait attribuer aux plages et aux écosystèmes de la Polynésie était très élevée. Mes professeurs m’ont demandé de poursuivre en thèse mais je tenais à tout pris à revenir à Tahiti”, confie le désormais expert en environnement, qui aime aussi le surf, sport aquatique oblige.
    Après avoir trouver un financement qui lui a permis de travailler dans un bureau d’études en environnement, Bran finit par soutenir sa thèse en avril 2012, avec pour thème “Les conséquences du changement climatique sur l’économie de la Polynésie française”. “Un sujet trouvé par mes professeurs de DEA à l’époque”, se souvient Bran Quinquis. “J’ai continué à être consultant, et j’ai passé ensuite un an au Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (Criobe), sur l’évaluation économique des récifs coralliens. J’étais à un tournant, allais-je continuer dans la recherche ? J’ai toujours été une aide à la décision, je souhaitais être de l’autre côté, à savoir prendre la décision, c’est aussi le sens de mon engagement politique à Mahina”, précise le 3e adjoint au maire. “Je m’entends très bien avec les deux tavana”, à savoir Patrice Jamet, déchu, et Damas Teuira, élu.
    Après un passage au cabinet de Geffrey Salmon, alors ministre du Tourisme et de l’Environnement –“intellectuellement, il était très enrichissant, il n’avait de cesse de faire des synergies avec tous les portefeuilles qu’il avait”.
    Bran prend goût au métier de conseiller, tourisme et écologie étaient ces deux centres d’intérêt. Puis il a été recruté en tant que conseiller technique à la recherche et à l’innovation, en novembre 2014, avant d’être nommé en avril, référent interministériel au changement climatique, son credo, et ce, dans l’optique de la COP21. “Ce qui a été passionnant, c’est d’avoir mis en place la conférence des leaders polynésiens et rédiger le pacte”, pacte signé par sept des huit membres du PLG (Polynesian Leaders Group, NDLR). Écrire, échanger avec les autres délégations fut fructueux, même si la Polynésie, avec sa diversité, est confrontée à tous les problèmes. “C’est un peu paradoxal. C’est la France qui va porter notre voix à la COP21, mais avec 1/5e des atolls du monde, donc le pays le plus exposé, nous allons être défendu par le 9e pays au monde le moins impacté par le changement climatique*. L’agriculture n’est pas notre première ressource, mais la pêche avec une très forte autoconsommation, notre tourisme exclusivement balnéaire – trois touristes sur quatre vont sur ou dans l’eau —, une perliculture, vulnérable au changement climatique, sont des facteurs sensibles si nos eaux montent ou la température de l’air et de la mer augmente”, précise ce défenseur de l’environnement.
    “Si les pays vulnérables ne parlent pas un langage commun, uni, ils ne seront pas écoutés.” “Nous avons demandé une réduction de 1,5°C car nous sommes plus vulnérables car nous somes des îles”, plaide “l’avocat” de la défense de l’environnement. “En général, 1,5°C, c’est le discours des îles, Fidji le demande aussi. Avec 2°C, les coraux, dans certains atolls, meurent. Les COP sont là pour limiter les gaz à effet de serre. Quand on prend la Chine, les États-Unis, l’Europe, on a 60 % des gaz à effet de serre. On pense que la France ne va pas nous décevoir sur ce chiffre car elle est présente dans tous les océans du monde et ses outre-mer sont fragiles”, espère ce dernier. “Si on n’arrive pas à 2°C, c’est un échec. La lutte contre le changement climatique n’est pas une lutte romantique pour la nature, c’est se battre pour quelque chose de vital. À l’échelle de la Polynésie, c’est tout. C’est une économie basée sur un climat stable et un environnement sain, c’est de la cohésion sociale. Après tout, on se retrouve bien tous ensemble à la mer et aux rivières, les sports sont quasi tous liés à la mer. J’aime cette expression : “les Polynésiens sont des usufruitiers de la nature, ils vivent de leur nature”.”
    La COP arrive à grands pas mais il n’y pas si longtemps résonnaient les attentats. “Des délégations risquent d’être réduites, voire absentes, on en parle”, précise Bran Quinquis. “On voit les problématiques qui peuvent être liées à l’immigration. On parle de centaines de milliers de personnes, c’est beaucoup, c’est difficile à gérer. Le changement climatique pourrait générer des migrations de 250 millions de personnes. Comment gérer cela, ne serait-ce que pour la nourriture et l’eau ? La demande en eau sera 40 % plus forte que l’offre en 2030, selon les prévisions”, s’inquiète ce défenseur d’un fenua écolo. “Maîtriser et réduire la dégradation environnementale de nos pays est extrêmement important pour le reste du monde”, précise cet homme “cerné”. “Ma femme, mon père, mon frère, sont avocats, je suis cerné (rires)”, s’amuse Bran Quinquis, homme libre. “J’ai toujours fais mes propres choix. Le nom est connu, mon père ne pouvait pas rendre les choses plus faciles qu’il ne le fait.” Même s’il n’a pas fait de droit, Bran Quinquis est sans doute le meilleur avocat de notre environnement.

    Christophe Cozette

    Bio express

    – Bran Quinquis
    – 37 ans, né le 27 mai 1978 en Bretagne
    – Vit en concubinage, un enfant
    – Arrivé à Tahiti à l’âge de six ans
    – A grandi à Mahina
    – Bac au lycée Paul-Gauguin
    – 3e adjoint au maire à la commune de Mahina, chargé du développement durable, de l’aménagement et de l’urbanisme
    – Délégué interministériel en charge de la COP21 pour la Polynésie française.

    * : Selon Bran Quinquis, le Luxembourg est le pays le plus hermétique au changement climatique, puis la Suisse et l’Autriche. Les plus exposés au contraire, le Bengladesh, le Vietnam et le Sénégal. Les critères de sélection sont la densité de population vivant à moins de 4 mètres au-dessus de la mer, l’importance de l’agriculture dans le PIB et la vulnérabilité physique.

    Quelques chiffres :
    – 90 % de la chaleur est contrôlée par les océans.
    – Le quart du CO2 est capté par les océans, 80 % de l’oxygène est fournie par les océans.
    – 90 % d’apport en protéines pour certains habitants de Polynésie proviennent du lagon. 2° C de plus, et la pêche est finie.
    – Avec la Guyane, la Polynésie représente 80 % de la biodiversité française.

    laina 2015-11-23 18:34:00
    félicitation Bran pour ton engagement et bon courage pour nous représenter lors de ce grand évènement parmi tous ces nombreux participants !
        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete