Portrait : Eto ou tard, il percera

    lundi 30 mars 2015

    Il est à la une du Tiki Mag cette semaine ; jeudi dernier, il a fait son concert privé TNTV et sa première grande scène publique vendredi dernier, lors de la seconde édition de la Hinano Live (lire en p. 28). Le voici maintenant consacré dans La Dépêche de Tahiti, après son “sacre” au tout récent Guitare Club. Il, c’est Eto (son vrai prénom, mais également son nom d’artiste), une tête bien faite sur un corps bien fait, doté “de doigts d’or”, mais étonnamment simple et humble.
    “Je suis issu d’une famille de musiciens, de bringueurs comme la plupart des Polynésiens. Papa a une très bonne oreille, il touchait à la batterie, à la basse, à la guitare, au chant, il aime la musique avec un grand M”, expliquait Eto la veille de sa prestation à Hinano Live. “Je pense avoir hérité de son oreille, mais ce n’est pas lui qui m’a poussé vers la musique, même s’il a essayé.”  Musicien, professeur, tane comblé et de surcroît bodyboarder (Eto fait de nombreuses compétitions), c’est en réalité la glisse qui lui a donné goût à la musique. 
    “J’aime le style de Jack Johnson, un grand surfeur et chanteur”, reconnaît le guitariste. “Cela a été un déclic, j’avais 16 ans. Et puis Ben Harper m’a inspiré aussi, c’est vraiment là que je me suis intéressé à la guitare mais je pratique plusieurs instruments à cordes, basse, ukulele, 6, 12 cordes et lap steel, à la Ben Harper. Et puis je me suis mis, il n’y a pas longtemps, à la guitare électrique lorsque j’ai découvert Steve Ray Vaughan et John Mayer”, dit le chanteur au chapeau tressé. Au niveau international, il aime aussi Ray Charles, Elvis Presley. “J’écoute des vieux styles aussi, bizarre parfois, comme Luis Mariano.”
    Au niveau local, les Barefoot Boys mais aussi des chanteurs de la scène actuelle comme Pepena, qu’il trouve inspirants, sont des artistes qu’il aime écouter. 
    “En Polynésie, j’aimerais bien jouer avec Pepena, Tikahiri, j’aime le rock aussi”, avoue Eto. “ J’aimerais bien aussi jouer avec Manahune, Takanini. Je reste disponible. Faire la première partie de Ben Harper, cela serait top (rires).” 
    Participer, mais surtout remporter le Guitare Club fut tout sauf une surprise pour l’intéressé. “M’inscrire à ce concours était vraiment stratégique, je voulais vraiment me lancer dans la musique cette année”, dit-il. 
    “Remporter le concours est un vrai plus sur mon CV musical”. Chaque année, Eto suivait le Guitare Club et, à chaque fois, il se disait qu’il manquait de confiance en lui. Mais cette année, l’organisation a proposé la voix, en plus de la guitare. “J’avais acquis de la maturité au niveau de la guitare, mais aussi du chant. J’ai attendu le bon moment pour foncer dedans, ça a payé”, constate-t-il. Et ce fut également une belle expérience. “Il y avait beaucoup d’invités et parmi eux, Fränk et Such a Noise m’ont donné plein de conseils. Les encouragements, cela fait du bien, je passe mon temps à me remettre en question.” 

    Là, pour la gagne

    Mais malgré cet esprit fun, Eto était là pour la gagne. “Sans être prétentieux, je pensais avoir de bonnes armes pour l’emporter. L’avantage, c’est que je suis professeur. Du coup, avant chaque évaluation, il faut mettre en place une grille pour savoir quoi noter. J’ai fait pareil pour le festival, je me suis adapté et j’ai travaillé tous les jours.” 
    Ses thèmes favoris ? L’amour, le respect. “L’amour est la solution à tout comme le disait Bob Marley”, avoue cet homme heureux. “Le respect entre les humains tout d’abord, je n’aime pas le racisme. Mais respect aussi des animaux et de la nature. Chaque musicien, je pense, a un rôle à jouer, j’ai envie de faire passer des messages, bien précis, simples, mais qui font réfléchir. J’ai d’autres thèmes aussi, comme profiter de la vie à fond, réaliser ses rêves comme To oe parataito. En randonnée ou sur l’eau, c’est là où je trouve mon inspiration. Le thème vient en premier, souvent en français. Ensuite, je choisis la langue (il traduit d’abord en tahitien, puis en anglais) puis vient la rythmique en dernier.”
    Et maintenant ? “On va préparer un album, des tournées et bien plus encore (rires). J’avance lentement, mais l’album sera prêt pour la fin d’année. Il y aura douze titres avec au moins huit à neuf compositions, en anglais, tahitien et français. J’enregistre avec Zik Prod, cinq titres sont déjà ok. J’avance lentement, car j’ai ma vie amoureuse, mon travail (il prépare son concours en avril pour être titulaire en économie gestion), le sport (il fait de nombreuses compétitions de bodyboard). Il y a d’abord ma vie professionnelle, la musique passe en second. Mais si je veux avancer, il me faut trouver plus de temps pour la musique. Beaucoup me disent : “Mais comment fais-tu pour faire tout cela ?” En fait, j’aime, ce n’est que des passions, l’éducation, la musique, le sport et ma femme, mais à un moment, il faut faire des choix. En fait, il n’y a pas de souci, ce n’est que du bonheur”, avoue-t-il. “Mon univers prend sens avec mon instrument, la guitare, et quand je chante. Quand j’ai fait Tahitian Voice, je n’ai pas aimé, je n’avais pas ma guitare. Quand je l’ai avec moi, j’ai cette vibration et j’arrive à partager cet amour de la musique”, même s’il reconnaît qu’il est dur de vivre de son art ici. Quoi qu’il en soit, Eto se donne cinq ans pour percer dans la musique, avant de fonder une famille, à 30 ans et revenir à l’éducation, une de ses passions. Un dernier conseil ? “Le conseil que je peux donner, si tu aimes ta musique, il n’y a pas de quoi douter, fonce, tu y arriveras”, reconnaît le jeune talent, consacré. “Si tu es fort dans ta tête, il n’y a qu’à faire le show et de se laisser aller.” Et cela a plutôt l’air de bien lui réussir. 

    Christophe Cozette

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