Portrait – En formation intensive avant d’ouvrir son école à Tokyo

    lundi 18 juillet 2016

    Au Heiva des écoles, cette année, avec Manahere. (Photo : DR)

    Au Heiva des écoles, cette année, avec Manahere. (Photo : DR)


    Aika Ide, une Japonaise boulimique de ‘ori Tahiti

     

    Tous les lundis, nous vous proposons de découvrir un homme ou une femme qui, à sa manière, illustre l’actualité. Aujourd’hui, voici le portrait de Aika Ide, omniprésente ces dernières semaines sous les projecteurs de To’ata et de la Maison de la culture.

    Cette jeune Japonaise a en effet participé à trois spectacles différents, au Heiva des écoles, au gala du conservatoire et au Heiva i Tahiti. Le résultat d’un travail intensif né d’un amour sans limite pour la danse polynésienne et pour notre fenua en général.

    Après s’être imprégnée des richesses du ‘ori Tahiti, du reo ma’ohi et de la culture polynésienne, Aika Ide compte ouvrir une école à Tokyo, sa ville natale.

     

    Un show au Heiva des écoles de danse avec Manahere, un autre pour le gala du conservatoire et enfin une prestation à To’ata avec la troupe Hei Rurutu. Présenter trois spectacles différents en l’espace de quelques semaines, un exploit que peu de personnes peuvent s’enorgueillir d’avoir réussi au fenua.

    Ne comptez pas sur Aika Ide pour en tirer une quelconque fierté, la jeune femme de 20 ans est l’humilité et la discrétion incarnée. Née à Tokyo, la jolie jeune femme vit une histoire d’amour passionnée avec le ‘ori Tahiti, et la Polynésie en général.

    Tout commence par des cours de hula “parce que ma grand-mère faisait de la danse hawaiienne”. Sa professeure prend ensuite une nouvelle direction et se met au ‘ori Tahiti.

    “Je ne connaissais pas Tahiti avant cela, mais quand j’ai vu cette danse, j’ai arrêté le hula et j’ai fait de la danse tahitienne”, retrace-t-elle, peinant à expliquer ce qui l’a tellement séduit. “Quand je danse, j’oublie tout, je suis ailleurs, je me sens bien.”

    Aika n’a alors que 13 ans. Sa passion prend un peu plus d’envergure lorsqu’elle suit ses premiers cours avec des Polynésiennes comme Erena Uura du conservatoire ou Poehere Roomataaora, l’une des figures emblématiques des Grands Ballets qui enseigne au Japon.

    “Ce n’était pas du tout la même chose qu’une Japonaise qui enseigne la danse.” Un déclic. Aika n’a plus qu’une seule idée en tête : “J’ai tout de suite, et toujours ensuite, voulu venir à Tahiti pour danser au Heiva. Je regardais toutes les vidéos de danse sur YouTube et j’ai décidé que je viendrai un jour. Je voulais danser et vivre avec les Tahitiens.”

     

    Première à To’ata

     

    À partir de 15 ans, elle commence à se donner les chances d’atteindre son rêve et travaille durement en dehors des heures de cours dans un restaurant pour “petit à petit mettre de l’argent de côté pour venir vivre ici”.

    En 2014, une fois diplômée de son lycée, alors qu’elle a 18 ans, elle arrive finalement à Tahiti où elle s’installe pour un an. Elle apprend par elle-même à parler français et tahitien, mais aussi à jouer du ukulele, et elle s’initie à l’art de vivre polynésien. “J’aime Tahiti et les gens. Ici, il y a tellement de sourire dans les yeux. C’est différent au Japon. Les gens sont gentils, il y a un esprit de famille.”

    Comme elle l’a fait cette année, Aika suit les cours du conservatoire, prépare le Heiva des écoles avec la troupe Manahere, et également le Heiva en catégorie reine, avec Marguerite Lai et O Tahiti E. “C’était très difficile pour moi parce que je ne comprenais pas très bien le français. Marguerite était très gentille et très rigoureuse”, se rappelle-t-elle, gardant un souvenir mémorable de sa première entrée en scène dans La Mecque de la danse.

    “J’étais très stressée”, avoue-t-elle en mimant son cœur battant la chamade, “mais c’était une si belle expérience de danser à To’ata avec les Tahitiens”. Une expérience qu’elle a donc reproduite cette année, mais cette fois avec Hei Rurutu.

    “C’était différent. Avec O Tahiti E, il y avait beaucoup de monde, je ne connaissais pas le nom de tous les danseurs. Avec Hei Rurutu, c’est plus familial. Mais j’ai beaucoup aimé O Tahiti E”, tient-elle à préciser. “Dans la façon de danser aussi, ce n’est pas pareil.”

    Véritable boulimique de ‘ori Tahiti, Aika a donc préparé le gala du conservatoire et le Heiva des écoles.

     

    “Je suis venue pour ça”

     

    “Je veux apprendre beaucoup”, s’amuse-t-elle. “Hei Rurutu est différent du conservatoire qui est différent de Manahere. J’ai beaucoup de temps et je suis venue ici pour apprendre”, confie-t-elle, consciente qu’il n’est pas toujours facile de jongler entre les différentes répétitions, “tous les jours, pendant des heures”. “J’étais un peu fatiguée, mais je suis venue pour faire ça, ce n’est pas grave”, répète-t-elle.

    La jeune femme rentrera à la fin du mois pour donner des cours de danse pour les enfants à Tokyo et, ensuite, ouvrir une école de ‘ori Tahiti, “mais pas tout de suite”. Aika sait le chemin qu’il lui reste à parcourir pour atteindre le niveau des danseuses tahitiennes et notamment de son mentor et modèle Poehere Roomataaroa. “Elle danse très bien. Qu’est-ce qu’elle a de plus que moi ? Tout !”

     

    “Une bosseuse”

     

    Un compliment que Poehere Roomataaroa lui retourne.

    “En arrivant à mes cours, elle dansait déjà bien mais je l’ai vue travailler dur sa technique, elle était toujours prête à apprendre. Elle a progressé encore plus vite en danse en venant vivre sur le territoire.

    Elle a beaucoup appris avec le conservatoire, l’école de danse de Makau, la mienne Manahere, mais aussi les groupes professionnels tels que O Tahiti E et Hei Rurutu. Une diversité riche n’est que bénéfique pour elle. Elle est une danseuse entière, complète, qui vit et partage ses émotions et sa technicité dans le plus grand respect de la culture polynésienne.”

    Les deux femmes se rejoignent également sur l’ambition d’ouvrir une école à Tokyo.

    “Il faut que je travaille encore beaucoup”, reconnaît la Japonaise. “Elle est une danseuse superbe, maintenant, enseigner, c’est autre chose, il faudra qu’elle fasse ses preuves. Créer des chorégraphies n’est également pas donné à tout le monde. Mais bosseuse comme elle est, elle y arrivera certainement.”

    Les photos de Aika, en première ligne de Hei Rurutu, dans l’antre du ‘ori Tahiti, devraient assurément lui offrir de la crédibilité au pays du Soleil-Levant, fan de nos danses, et attirer de nouveaux danseurs.

     

    Florent Collet

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