Portrait – Son groupe Hitireva vient de gagner le premier prix hura tau au Heiva i Tahiti

    lundi 25 juillet 2016

     

    Kehaulani Chanquy aura su atteindre son objectif à force  de persévérance, mais aussi grâce aux encouragements  des nombreuses personnes qui ont cru en elle. La liste était trop longue pour citer chaque personne, mais elle tient à toutes  les remercier ici. (Photo : Danee Hazama)

    Kehaulani Chanquy aura su atteindre son objectif à force de persévérance, mais aussi grâce aux encouragements des nombreuses personnes qui ont cru en elle. La liste était trop longue pour citer chaque personne, mais elle tient à toutes les remercier ici. (Photo : Danee Hazama)

     

    Kehaulani Chanquy ou le récit d’une belle ascension

     

    Tous les lundis, nous vous proposons de découvrir un homme ou une femme qui, à sa manière, illustre l’actualité.

    Aujourd’hui, voici le portrait de Kehaulani Chanquy, jeune femme d’une trentaine d’années, professeure de danse à la tête de l’école Aratoa et chef de la troupe Hitireva, qui vient de remporter le premier prix Madeleine Moua au Heiva i Tahiti. Récit d’une belle ascension dans la sphère du ‘ori Tahiti.

     

    Il est des parcours qui prennent tout leur sens une fois la plus haute montagne gravie. C’est un peu ce que nous inspire celui de Kehaulani Chanquy, de ses premiers tamau et fa’arapu au conservatoire artistique à l’âge de 7-8 ans, à la consécration de son groupe de danse Hitireva, mercredi dernier, lors de la remise des prix du Heiva i Tahiti 2016.

    Kehau, comme on l’appelle au quotidien, est issue d’une famille chinoise côté papa – avec “d’excellents cuisiniers connus dans le monde gastronomique local, dont le Vaitiare, le Royal Kikiriri, le restaurant Chanquy” – et polynésienne côté maman –“J’ai la chance d’avoir les gènes des Australes, des artisanes”, confie-t-elle.

    “Étant plus jeune, j’assistais aux répétitions de ma mère, dans le groupe ‘O Porinetia de Julien Faatauira, et mon père m’avait inscrite au conservatoire. J’y allais parce que c’était une activité que j’aimais bien, mais je ne me voyais pas être la meilleure danseuse du Heiva i Tahiti, encore moins la grande lauréate du hura tau 2016 ! D’ailleurs, à l’âge de 15-16 ans, pendant que toutes mes amies passaient le diplôme du conservatoire, eh bien moi, j’allais me balader avec mon scooter ! Je ne prenais pas vraiment ça au sérieux. J’avoue que je le regrette aujourd’hui. À 30 ans, j’ai essayé de finaliser mes diplômes au conservatoire et ce n’est pas si facile que ça quand on est rentré dans la vie active…”

    Kehaulani a fait ses premiers pas au Heiva en 1995, avec la troupe Toa Reva, puis réitère l’aventure en 1998 avec Heikura Nui.

    “L’année suivante, complètement mordue de danse, j’intègre Ahutoru Nui, toujours en tant que danseuse. Cette année-là, on n’a plus eu de chorégraphe en milieu de préparation, et ce qui m’a marqué, c’est le côté humain, la cohésion et l’attachement qu’il y a eu avec les jeunes de la commune de Arue.”

    L’année d’après, l’inattendu se produit.

    “Une belle ouverture s’est présentée à moi grâce à la troupe Ahutoru Nui. Une école de danse se montait dans la commune et il n’y avait pas de prestataire pour donner des cours. J’étais responsable dans la troupe de Ahutoru Nui et lorsque cette proposition est arrivée, j’ai sauté sur l’occasion !”

    À tout juste 20 ans, Kehau ouvre donc son école de danse Aratoa, sur le motu de Arue.

    “Ça a été un réel challenge”, se souvient-elle. “Ça a mis beaucoup de temps pour attirer la confiance des adhérents, parce que je sortais de nulle part, je n’avais aucun titre de chorégraphe ou de meilleure danseuse, même pas le diplôme du conservatoire…
    Mais l’école a bien fleuri depuis et je suis contente parce que je vis de ma passion et que c’est une aventure qui ne concerne pas uniquement mes élèves, mais aussi leurs parents, leurs grands-parents, toutes ces familles qui s’impliquent chaque année pour soutenir notre école, participer au gala…”

     

    Améliorer ce qui peut l’être

     

    Entre son école de danse et sa position d’aide chorégraphe chez Ahutoru Nui, tout commençait à rouler pour Kehau quand il lui vient “une idée folle”. 

    “En 2004, Ahutoru Nui a gagné le grand prix au Heiva grâce au travail de chacun. J’avais soumis mes idées pour ce spectacle et ça m’a poussée à vouloir m’exprimer pleinement, à avoir le dernier mot sur la conception d’un spectacle. C’était complètement fou, mais j’étais décidée !”

    Hitireva voit donc le jour en 2006 et fait sa première apparition à l’occasion du Hura Tapairu.

    “C’était un fiasco total pour Hitireva ! On est repartis ni vus, ni connus !”, confie-t-elle avant d’éclater de rire.

    “Je suis ressortie de là, je voulais abandonner, mais beaucoup ont apprécié la prestation et m’ont soutenue pour participer au Heiva. Je leur ai dit : Mais vous êtes fous ! On n’a rien eu au petit concours qui venait de naître, comment pourrait-on avoir quelque chose au Heiva ? Certains membres étaient convaincus qu’on allait s’améliorer, donc finalement, on a décidé de faire le Heiva de 2007.  Cette année-là, il n’y avait pas les catégories amateur et professionnel, c’étaient les catégories création ou légendaire et historique. On arrive quand même à se classer parmi les cinq meilleurs, face à des troupes professionnelles. Heikura Nui avait gagné cette année-là, il y avait eu aussi Teva i Tai, Tamarii Tipaerui… C’était un truc de fou, faire le Heiva, gérer 90 personnes. Il fallait trouver de l’argent pour les more. Il fallait trouver un lieu pour confectionner. J’étais tombée dans le truc mais je ne savais pas où j’avais mis les pieds. Du coup, cette 5e place n’était pas décevante, mais constructive.”

    Dans la logique de faire mieux, de vouloir améliorer ce qui peut l’être, Kehau décide de retourner au Heiva deux ans plus tard, en 2009. Elle trouve un nouvel auteur qui ne les quittera plus depuis, Jacky Bryant.

    “Et là, je vois réellement un accompagnement différent et qui m’a permis d’avoir, au niveau de la chorégraphie, plus d’inspiration. C’est important d’avoir un auteur qui accompagne un chorégraphe, parce qu’on a des mots qui vont apporter un plus à la chorégraphie, aux costumes, à la mise en scène.”

    L’association a fonctionné, Hitireva repart avec le premier prix en hura ava tau, accédant ainsi à la catégorie reine.

    “Mais toujours avec des faiblesses quelque part. Là, c’est la partie costume qui était encore fragile, tout comme l’organisation et les finances.”

    Toujours dans l’objectif de s’améliorer et “tout excités d’avoir remporté le premier prix hura ava tau, on a décidé de faire le Heiva en 2010, mais on n’avait aucun concurrent dans notre catégorie, donc on a remporté par forfait !”

    C’est en 2012 que Hitireva entre donc réellement dans la grande compétition et se hisse à la deuxième place derrière O Tahiti E. Puis revient encore en 2014, toujours avec le même objectif de s’améliorer, mais finit à la troisième place.

    “Difficile de redescendre, mais bon, on ne baisse pas les bras, et on prévoit déjà le retour dans deux ans.” Entre-temps, Hitireva fait également son bout de chemin au Hura Tapairu, avec un grand prix over-all et deux prix mehura pour ne citer que ça.

     

    “Plus qu’un prix, c’est une reconnaissance”

     

    Gagner le premier prix Madeleine Moua cette année, c’est “une joie indescriptible”.

    “J’avais l’impression que j’avais 5 ans, que je voyais les papio. Mon auteur, il a sauté, je n’ai jamais vu quelqu’un de son âge sauter si haut ! (rires) C’est énorme, ça va faire partie de ma vie, c’est un souvenir que je n’oublierai jamais. Surtout que, pour moi, c’est la meilleure victoire. Le public était unanime. Il n’y a pas eu de contestation, je n’entends pas autour de moi dire que notre spectacle manquait de ça ou ça. Tout le monde m’a félicité, les autres chefs de groupes, certains concurrents… C’est plus qu’un prix, c’est une reconnaissance. Aujourd’hui, je pense que Hitireva a sa place parmi les groupes de Tahiti.”

    Cette victoire arrive à point nommé pour la troupe qui fête ses dix ans cette année et qui pourra partir en “très longue pause” sur une belle note.

    En effet, Hitireva ne devrait pas revenir au Heiva, ni au Hura Tapairu, avant trois bonnes années. Un temps que Kehaulani souhaite consacrer à sa famille.

    “Hitireva a pour rituel de participer à ces concours tous les deux ans, mais dans deux ans, cela tombe avec l’année d’examen de mes fils, le bac pour l’un et le brevet pour l’autre, et l’entrée à l’école de ma petite en bas âge… Mais peut-être que je vais changer d’avis d’ici là !”, conclut-elle dans un grand sourire.

     

    Vaiana Hargous

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