Portrait – Vaihere Tauotaha, une Tahitienne à la grand-messe du 20 heures

    lundi 24 août 2015

    Tous les lundis, nous vous proposons de découvrir un homme ou une femme qui, à sa manière, illustre l’actualité. Aujourd’hui, voici le portrait de Vaihere Tauotaha, une jeune Tahitienne dont vous avez peut-être déjà entendu la voix lors du journal télévisé de France 2. Malgré une concurrence exacerbée pour intégrer cette prestigieuse rédaction, l’ancienne élève de l’école Notre-Dame des Anges de Faa’a, a, par son travail et son talent, réussi à se hisser à ce qui se fait de mieux en matière d’information télévisée.

    Il est 20 heures passées. Devant leurs postes, plus de quatre millions de Français regardent le jeune Julian Bugier présenter le journal de France 2. Allure impeccable, diction parfaite, la figure montante du paysage audiovisuel français (PAF) semble pourtant éprouver une certaine difficulté au moment de lancer un sujet sur le film Mission impossible, encore plus lorsqu’il doit prononcer le nom de la journaliste qui l’a réalisé, “Vaihere Tauotaha” peine-t-il, tentant de décomposer ce patronyme riche en voyelles.
    Au même moment, en régie, Vaihere Tauotaha jubile. Pour la première fois, l’un de ses sujets est diffusé lors de la grand-messe du 20 heures. “C’est une fierté. La première fois que j’ai vu mon sujet à l’antenne, j’ai pensé à tellement de choses. Je viens de loin, j’ai dû m’adapter à la vie ici. Cela n’a pas toujours été facile, et j’étais contente du résultat.”
    En dehors de son nom difficilement prononçable pour son entourage métropolitain, Vaihere Tauotaha ne passe pas inaperçue dans les bureaux de France 2. “J’ai toujours une fleur à l’oreille, cela donne le sourire aux gens, cela permet un contact plus facile avec eux.”
    À l’image du présentateur venu la féliciter après le journal, avant de lui parler de sa famille (à lui, NDLR) installée à Rangiroa.
    “Des présentateurs qui viennent vers les journalistes et leur parlent, cela se fait rarement”, se réjouit la jeune femme, qui a dû tracer toute seule sa route vers les sommets du PAF. “J’ai été adoptée petite, mais mon père biologique est journaliste. Quelque part, je dois avoir cela dans mes gènes. En revanche, plus petite, ce n’est pas ce que je voulais faire.”
    L’histoire commence à l’Institut supérieur de l’enseignement privé de Polynésie (Isepp) qu’elle intègre en licence après un parcours qui l’a vu passer par Notre-Dame des Anges à Faa’a et le lycée La Mennais.

    “Avec mon accent, je me suis dit qu’au niveau national, ça n’allait jamais passer.”

    “Lors de la première année de licence, notre promotion réalisait la lettre d’informations du Festival international du film documentaire océanien (Fifo), et il fallait que deux étudiants aillent en parler à Fare Maohi. J’y suis allée pour la partie en tahitien.”
    Vaihere Tauotaha est remarquée par la directrice des programmes qui lui propose de faire un stage à la rédaction. C’est ici qu’intervient le déclic, lors du dernier jour où, après une phase d’observation, elle est enfin appelée à faire un reportage, en français. Enfant de parents parlant le reo ma’ohi, et élève de l’École du dimanche, elle fera finalement le sujet dans les deux versions. “Jusque-là, je comprenais le tahitien, mais je ne l’avais jamais parlé.”
    L’étudiante a vaincu son appréhension et donne satisfaction à la rédaction de Pamatai. Elle devient pigiste et alterne les reportages avec les cours de sa troisième année de licence. Vaihere Tauotaha est désormais sûre de son attrait pour le métier.
    “Être dans le journalisme ouvre des portes qui restent fermées aux personnes lambda. Surtout, cela permet de comprendre tout ce qui tourne autour de la société, de la politique, de rencontrer divers interlocuteurs et de pouvoir se faire sa propre opinion.”  
    Licence en poche, elle intègre Les Nouvelles de Tahiti en tant que secrétaire de rédaction, une expérience “hyper formatrice, car j’avais l’habitude de l’écriture télé”. “Pour traiter l’information, je préfère la presse écrite. Il y a plus de marge de manœuvre alors qu’en télévision, tu as une minute trente pour dire l’essentiel. Il y a toujours une frustration de ne pas avoir tout dit. Malgré tout, je préfère la télé, cela doit être en rapport avec l’image que j’aime et ce travail en groupe avec le cameraman, le monteur.”
    La jeune femme souhaite poursuivre sa progression. Elle tente sa chance pour intégrer l’école de journalisme de Bordeaux, la 5e meilleure dans ce domaine en France.
    “Sans trop y croire… Je n’avais même pas les moyens pour aller passer l’écrit.” Son dossier séduit pourtant l’établissement qui lui propose “de passer l’oral sans faire l’écrit. J’ai vraiment été privilégiée parce que je suis passée devant 800 étudiants qui ont dû faire les épreuves écrites.”

    “Être dans le journalisme ouvre des portes qui restent fermées aux personnes lambda.”

    Une seule journée de préparation, une visioconférence sur l’affaire JPK, et l’obtention d’un prêt bancaire plus tard, elle quitte le fenua pour intégrer l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA), d’où sont notamment issus Jean-Michel Apathie, Anne-Sophie Lapix ou Mateata Maamaatuaiahutapu.
    Durant ses deux années de master, elle égrène les stages à Télérama, TV7 Bordeaux ou à la rédaction du quotidien Sud Ouest. Arrive l’été, période pendant laquelle les écoles présentent leurs élèves pour décrocher un job d’été dans les rédactions des chaînes nationales. “Je pensais juste me présenter dans les chaînes régionales parce qu’avec mon accent, je me suis dit qu’au niveau national, ça n’allait jamais passer”. Une nouvelle fois, son appréhension n’est pas justifiée. Elle fait partie des douze sélectionnés par un jury composé de rédacteurs en chef de la chaîne.
    “Je roulais les r comme tous les Tahitiens mais l’un des responsables de France télévisions m’a dit que si je voulais bosser dans une rédaction nationale, il valait mieux pour moi voir un orthophoniste pour gommer cela.”
    Elle surmonte alors seule ce nouvel obstacle. “Dès qu’on me l’a dit, j’ai eu un déclic. J’avais un objectif qui était de travailler dans une rédaction nationale parce que je savais que ce serait hyper formateur. Du coup, cela s’est fait naturellement.”
    Quitte à ce que ses parents ne la reconnaissent plus lorsque sa voix est diffusée sur les ondes. “Je leur ai expliqué que c’était les exigences du métier, que je ne reniais pas ma culture. Quand on a un objectif, il faut savoir s’adapter.”

    “La petite Tahitienne qui se retrouve dans une grande chaîne nationale, c’est énorme.”

    Elle intègre la rédaction de France 2. “La petite Tahitienne qui se retrouve dans une grande chaîne nationale, c’est énorme. Par la taille des locaux déjà et quand en conférence, tu te retrouves avec David Pujadas et les journalistes qui sont tes références, c’est impressionnant.”
    Jour après jour, Vaihere Tauotaha poursuit son ascension, à Télématin d’abord, au journal de 13 heures ensuite, au 20 heures le week-end, et en semaine enfin. Son travail paie.
    “S’ils m’ont demandé des sujets pour le 20 heures, c’est qu’ils sont quand même satisfaits. Pour le moment, j’ai toujours eu des bonnes critiques”, reconnaît Vaihere Tauotaha malgré son humilité.
    Son contrat se termine à la mi-septembre, date à laquelle un jury examinera ses sujets réalisés, notamment sur les pourboires, le comportement des parents au volant ou la course aux achats de la rentrée. En jeu, une place de pigiste au sein de la rédaction.
    Le fenua dans un coin de sa tête, elle a d’ores et déjà envoyé ses CV aux différents médias métropolitains. “Mon objectif est de travailler dans des rédactions nationales et de continuer de me former pour, après, revenir en Polynésie avec ce bagage.”
    C’est peut-être désormais au tour de Julian Bugier ou David Pujadas d’aller faire un tour chez l’orthophoniste. À l’avenir, ils pourraient bien être appelés à prononcer avec justesse le nom de Vaihere Tauotaha.

    Florent Collet

     

    Ses dates clefs

    4 juillet 1991 : naissance à Papeete
    2009 : obtention du bac STG communication et gestion des ressources humaines
    2011 : stage à la rédaction de Polynésie 1ère
    2012 : licence information communication à l’Isepp
    2015 : master information communication et contrat à France 2

    Louis Bresson 2015-08-25 14:58:00
    Excellent "papier"... de connaisseur! Bravo Florent. Et longue carrière à Vaihere.
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