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Poti marara : pour trouver du poisson, les pêcheurs hors la loi

samedi 19 novembre 2016

Vu le type de poti marara professionnels recensés en Polynésie française, les pêcheurs ne sont pas censés s’éloigner à plus de 5 ou 15 milles du point d’abri le plus proche. (© Marie Guitton)

Vu le type de poti marara professionnels recensés en Polynésie française, les pêcheurs ne sont pas censés s’éloigner à plus de 5 ou 15 milles du point d’abri le plus proche. (© Marie Guitton)

 

Au fenua, les poti marara professionnels actuellement en circulation peuvent s’éloigner à 5 ou 15 milles maximum de l’abri le plus proche. Une frontière que tous les pêcheurs franchissent pour remplir leurs glacières. Voilà cinq ans qu’ils réclament l’évolution des règles, sans succès. Certains dénoncent « l’hypocrisie » des autorités, qui ferment les yeux pour la Hawaiki Nui. D’autres craignent que la récente disparition de Meherio et Laurent, finalement retrouvés au large de Papara, leur porte préjudice.

 

 

 

« Connaissez-vous quelqu’un qui respecte les limites ? » L’éclat de rire tonitruant ne laisse pas de place au doute : non, ces pêcheurs de Arue ne connaissent « pas une seule personne » qui s’arrête aux frontières prévues pour les poti marara professionnels. Ils le savent pourtant : la plupart de ce type d’embarcations n’a pas le droit de s’éloigner à plus de 5 milles marins de l’abri le plus proche (9,3 km) ou 15 milles (27,8 km) pour les poti marara qui ont passé avec succès des tests renforcés de flottabilité et d’insubmersibilité (lire ci-contre).

« En général, on va pêcher vers Tetiaroa ou Maiao, mais des fois, on va à 40 ou 45 milles des côtes, parce que le poisson, il se fait rare », racontent-ils, en corroborant les propos de leurs confrères de la côte ouest (lire les réactions ci-contre). « Les thoniers ramassent tous les poissons d’ici, et nous, on n’a plus que les miettes… »

En mer, c’est la guerre. « Des fois, le matin, les thoniers s’aperçoivent qu’ils n’ont plus de lignes, qu’elles ont toutes été coupées… Ils n’ont qu’à respecter leur territoire et respecter les poti marara ! », reprend un pêcheur de Arue, de retour au port les glacières presque vides.

Les sorties nocturnes, parties de pêche ou croisades contre les thoniers sont tout de même assez rares. Et lorsqu’ils s’éloignent trop des côtes, Moana, 39 ans, Teavai, 55 ans, et Paul, 60 ans*, l’affirment : ils ont à bord tout l’équipement nécessaire en cas de pépin.

Émetteur VHF, fusées, balise de détresse… « Il y a des contrôles tous les ans de toute façon. Et si t’as pas tout le matériel, tu n’as pas ton permis de navigation. Si les feux ne s’allument pas, par exemple, ils ne te le donnent pas. »

« Ils », c’est la direction polynésienne des affaires maritimes (DPAM). Sur son site Internet, la liste du « matériel d’armement pour un navire de pêche de moins de 12 mètres, dont poti marara, en 4e catégorie professionnelle », est longue. Et les frontières de navigation inscrites en lettres majuscules.

En respectant un éloignement maximum de 15 milles de l’abri le plus proche, les poti marara réputés insubmersibles et flottables peuvent donc tout au plus parcourir 30 milles entre deux abris. Loin, très loin de la distance Moorea-Huahine par exemple (voir notre carte). Le syndicat des pêcheurs de Polynésie française aurait demandé il y a cinq ans aux autorités de repousser la limite à 50 nautiques d’un abri, mais sans succès. « La DPAM ferme un peu les yeux, parce que sans les poti marara, il n’y aurait pas la Hawaiki Nui », soulignent toutefois les pêcheurs de Arue et de la côte ouest. « Tous les ans, avec presque tous les bateaux d’ici, de Teahupo’o, Mataiea, Moorea…, on va là-bas. »

 

 

« On y va à plusieurs »

 

 

Moana, Teavai et Paul sont rentrés des îles Sous-le-Vent la veille de la disparition de Meherio et son frère Laurent, partis de Huahine et finalement retrouvés six jours plus tard au large de Papara (lire La Dépêche de Tahiti du 15 novembre 2016). « Le risque, précise un pêcheur, c’est le manque de carburant. La durée du trajet entre Huahine et Arue, qui dépend de l’état de la mer, est d’environ cinq heures. Mais nous, on y va à plusieurs, on essaye toujours de partir en groupe d’au moins trois bateaux. Alors que là, eux, ils ont voulu faire cavalier seuls, et j’espère que ça va leur servir de leçon… »

Les pêcheurs s’inquiètent des répercussions de cette mésaventure sur leur activité. « Eux, c’était un poti marara de plaisance en bois, donc ils ne devaient pas partir à plus de quelques milles », assure Moana. « Non seulement ils se sont perdus, mais en plus, ils n’avaient pas le matériel de sécurité. S’ils avaient eu des fusées et des fumigènes, les avions n’auraient pas pu les rater. Nous, en général, on se porte secours entre nous, donc on espère que ça ne va pas retomber sur les pêcheurs professionnels… Mais bon, au moins, c’est une histoire qui finit bien. »

 

 

Marie Guitton

 

*Les prénoms ont été changés

 

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