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Pouvana’a a Oopa : Les enjeux de son procès en révision

jeudi 5 juillet 2018

3 dg Pouvanaa mémoire

Cette nuit, la Cour de cassation se prononçait sur la réhabilitation de Pouvana’a a Oopa. Elle avait déjà rejeté une première requête en 1995. L’historien Jean-Marc Regnault et la juriste Christine Vannier ont apporté de nouvelles pièces au dossier. Même si la réhabilitation politique et historique semble actée, la réhabilitation judiciaire marquerait un caractère plus officiel quant à l’innocence de Pouvana’a.

“La France est une grande nation, c’est pourquoi elle me rendra justice.” 41 ans après son décès, la phrase prononcée par Pouvana’a a Oopa  résonne particulièrement aujourd’hui.

Cette nuit à Paris, la Cour de révision et de réexamen de la Cour de cassation devait s’exprimer sur la réhabilitation ou non du metua. Fin 1959, “le père de l’Autonomie” avait été condamné à huit ans de prison et à 15 ans d’interdiction de séjour en Polynésie. Après le rejet d’un premier recours en 1995, la justice française s’exprime une nouvelle fois sur ce dossier à la lumière de nouveaux éléments historiques.

 

• Ce qui a changé entre 1995 et aujourd’hui

Si la justice s’est déjà opposée à la réhabilitation du metua il y a 23 ans, elle a aujourd’hui à sa disposition de nouveaux éléments. En particulier les travaux de Jean-Marc Regnault, autorisé à consulter les archives. Rencontré par La Dépêche, l’historien décrypte : “En 1959, Pouvana’a a été condamné parce qu’il y a 50 témoins pour dire qu’il a donné l’ordre d’incendier la ville. Quand il y a eu la première tentative de révision en 1993, quelques témoignages et documents ont été remis. Ils n’ont pas été jugés assez probants pour aller à l’encontre des 50 témoignages datant du procès initial. La Cour de cassation a dit : ‘Vous apportez quelques documents qui pèsent peu comparés aux accusations qui ont été formulées contre lui’.”

En plus de l’approche historique, Jean-Marc Regnault et la juriste Christine Vannier se sont également penchés sur l’aspect juridique de l’affaire : “Nous avons attaqué les témoignages à charge et produit deux, trois témoignages de personnes disant que Pouvana’a n’avait pas donné d’ordre et d’autres disant qu’ils avaient été payés pour incendier la ville par les adversaires de Pouvana’a. (…) Tout le problème sera donc de savoir si les éléments que nous avons avancés sont plus forts que ceux qui restent dans le dossier de Pouvana’a datant de 1958-59.”

 

 

• “Historiquement et politiquement, il est réhabilité”

“On peut corréler assez nettement l’éviction de Pouvana’a avec l’idée que la France voulait réaliser les essais nucléaires en Polynésie.” Dans la bouche de Jean-Marc Regnault, l’intervention de l’État dans l’arrestation de Pouvana’a a Oopa ne fait aucun doute.

En 2015, face à ces certitudes, la ministre de la Justice de l’époque saisit la commission de révision. Une position symbolique de la part du pouvoir en place : “Quand François Hollande en tant que président vient et que son premier acte, à six heures du matin, est de se recueillir sur la tombe de Pouvana’a, c’est quand même significatif”, confirme Jean-Marc Regnault.

Pour l’historien, cette interprétation de l’histoire, de plus en plus diffuse, touche également la population locale : “Aujourd’hui, tous les Polynésiens savent que Pouvana’a a été victime de la raison d’État. On veut l’empêcher d’être actif pour qu’on puisse faire les essais. Ça, c’est acquis et même en cas de jugement négatif, la Cour de cassation tiendrait compte de ça.”

Dans cette affaire, la justice reste donc la seule institution à se prononcer sur l’innocence de Pouvana’a.

 

 

•  Quelle est l’utilité de ce procès ?

Si la réhabilitation politique et historique semble actée, il n’en reste pas moins que la révision de la Cour de cassation est la plus officielle, voire la plus symbolique. Lors d’une cérémonie d’hommage au metua, dimanche dernier, Léna Normand, représentante de l’association 193, déclarait à La Dépêche : “Nous souhaitons que Pouvana’a soit rétabli dans sa dignité, et que justice et vérité lui soient rendues”.

L’occasion également qu’un message fort soit envoyé, selon Jean-Marc Regnault : “Si la réhabilitation est faite, le message politique serait assez clair, ça serait un petit peu comme l’avait dit François Hollande : ‘La France gagnerait à regarder un peu son passé et ses zones d’ombre  et à en tirer les conséquences’.”

 

V.LB.

 

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