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Pouvana’a : indépendantiste ou autonomiste ?

vendredi 23 février 2018

3 dg Pouvanaa mémoire

Gaston Flosse a signé, le 16 février, à Papeete au nom du Tahoeraa huiraatira, un accord avec le Here aia, emmené par Roméo Tauraa, pour les territoriales.

À cette occasion, le leader orange na pas hésité à présenter ses alliés comme les véritables (et uniques) héritiers de la pensée politique de Pouvanaa a Oopa, estimant que le metua n’était pas indépendantiste mais autonomiste”.

Arrêtez de salir le nom de Pouvanaa”, a rapidement réagi Oscar Temaru, le président du Tavini huiraatira, qui a dénoncé une tentative opportuniste de récupération électoraliste de la mémoire de Pouvanaa.

Alors, Pouvanaa était-il indépendantiste ou autonomiste ? “On ne peut pas poser le problème de cette manière-là ; cest un vocabulaire anachronique”, a expliqué, à La Dépêche, au lendemain du coup de gueule du leader indépendantiste, lhistorien Jean-Marc Regnault, grand connaisseur de lhistoire du metua, auquel il a consacré plusieurs ouvrages.

À lépoque de Pouvanaa, réclamer lindépendance était un délit, selon la loi de 1936. Cétait considéré comme une atteinte à lintégrité du territoire. Dailleurs, le Rassemblement des populations tahitiennes (RDPT) a été dissous en 1963 parce quil avait inscrit à lordre du jour de son congrès, une motion sur lindépendance.

Le metua utilisait donc en français des formules déguisées comme liberté ou justice”, et employait souvent en tahitien des versets bibliques pour illustrer son propos politique.

Il est essentiel de se remettre dans le contexte de lépoque. Avant 1958, la notion dautonomie nexistait même pas. Et ce mot lui-même reste très flou, notamment au niveau institutionnel…”, assure Jean-Marc Regnault. “Quil sagisse dindépendance ou dautonomie, les hommes politiques prononcent les mots, et les auditeurs les interprètent... Cela reste toujours très ambigu.”

 

Une certaine rupture avec la France

 

Gaston Flosse, “père de lautonomie”, estimait encore récemment que le statut de pays associé des îles Cook (avec la Nouvelle-Zélande) était séduisant.

Le leader indépendantiste Oscar Temaru ne cache pas non plus son intérêt pour la situation institutionnelle de Rarotonga et ses îles, tout en ayant évoqué, par le passé, des objectifs dindépendance tantôt immédiate”, tantôt négociée”, tantôt même de toutes façons avec la France”…

Il y a de tous côtés des formules contradictoires”, estime Jean-Marc Regnault. “On peut quand même dire, je pense, que Pouvanaa allait plus loin que lautonomie. On peut transformer ses mots en indépendance, en tout cas une certaine rupture avec la France.

La communication officielle du Tahoeraa qualifie régulièrement Gaston Flosse de metua, “le père”…

On peut toujours sautoproclamer. Pouvana’a nétait un metua que pour une partie de la population. Pour Gaston Flosse cest pareil”, selon Jean-Marc Regnault.

Concernant le Here aia, “héritier du RDPT de Pouvanaa, lhistorien considère que le parti a commencé à perdre de son audience politique dès la disparition de John Teariki, en 1983. Le parti rose, déjà victime de dissensions internes désastreuses, sest ensuite longtemps retranché dans son fief de Papeete, sous la conduite de Jean Juventin, avant de nouer une alliance, en 1992, avec un Gaston Flosse tout juste revenu aux commandes du Pays.

Le Here aia de Juventin était déjà très affaibli. Concernant cette nouvelle alliance en 2018, cest lamentable de voir que des gens qui ne représentent plus rien peuvent être récupérés”, conclut Jean-Marc Regnault, qui note au passage une tendance à locéanisation du discours politique.

Les autonomistes de 1984 se vantaient dêtre français. () Tous les partis, aujourdhui, utilisent des noms tahitiens, et le mot aia évoque bien le fenua et non la mère patrie.”

Et lhistorien de sinterroger, notamment, sur la signification moderne du mot Polynésien”…

 

Damien Grivois

 

 

 

Pouvana’a, dabord anticolonialiste

 

Le metua reste, cest certain, la figure emblématique du mouvement anticolonialiste en Polynésie française. Accusé d’avoir voulu incendier Papeete, il a été condamné, en octobre 1959, par la Cour criminelle de Polynésie française, à huit ans de réclusion criminelle et à quinze ans d’interdiction de séjour, avant d’être gracié en 1966.

De son vivant, le natif de Huahine a toujours clamé son innocence et sa foi dans les valeurs de la République. Il s’est éteint le 10 janvier 1977, quelques mois avant le vote du statut du 12 juillet 1977, qui a donné l’autonomie au territoire de la Polynésie française.

L’ex-sénateur indépendantiste Richard Tuheiava a initié la première demande de réhabilitation du metua. Elle a ensuite été demandée officiellement par lassemblée de la Polynésie.

En décembre 2017, la commission dinstruction de la cour de révision a décidé de renvoyer cette affaire politique devant la cour de révision. Un réexamen qui pourrait avoir lieu à Paris dici la fin de cette année.

 

 

 

 

 

 

« Le mot indépendance revêt une dimension irrationnelle« 

Jean-Marc Regnault

Agrégé et docteur en histoire

 

 

2 dg Pouvanaa mémoire

Ceux qui ont cherché à comprendre les visées réelles de Pouvanaa et de son parti en ont été réduits à avouer que leur position sur lindépendance a varié suivant les époques.

Le mot indépendance a été utilisé en même temps que dautres mots : liberté ou libération, autonomie, République de Tahiti()

Pouvana’a se place tantôt sur le plan politique, tantôt sur le plan de la spiritualité, tantôt sur le plan de la justice, aucun de ces plans ne se présentant jamais seul. ()

Il est clair que le mot indépendance revêt une dimension irrationnelle, et quil est difficile de le définir objectivement et plus difficile encore dévaluer le sens quil recouvre dans lesprit de ceux qui lemploient. ()

Il existe un mot, tiamaraa, qui signifie aussi bien autonomie quindépendance. Le mot autonomie lui-même, en français, est obscur. () En langue tahitienne, il a littéralement un sens qui appartient davantage à la morale quà la politique. Il peut être traduit par être debout et propre (il sagit donc là dun problème de dignité) ou par liberté ou libération (donc aussi par indépendance sans quil soit précisé sil sagit dun aspect moral ou politique).

En tout cas, derrière le mot tiamaraa, il ne semble pas quil y ait lidée dune construction institutionnelle précise. La revendication dindépendance sappuie sur des notions floues, historiquement, institutionnellement et certainement socialement. ()

En 1957-1958, au sein du RDPT se produit un clivage entre les deux principaux leaders, Pouvanaa et Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy, qui porte justement sur le sens à donner au moment indépendance. Cest pourquoi il faudrait davantage sappesantir sur le sens du nationalisme tahitien que sur celui dindépendance.”

 

Extraits de Pouvanaa a Oopa, victime de la raison dÉtat – Les Éditions de Tahiti

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