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Les praticiens hospitaliers se disent prêts à la grève

mardi 17 octobre 2017

praticien grève

Les parties entourées représentent les engagements écrits de Jean-Christophe Bouissou en février 2016, alors qu’il était le ministre en charge de la fonction publique. (© DR)


Des engagements  ministériels datant de 2016, non respectés en partie depuis, incitent le syndicat des praticiens hospitaliers de Polynésie française à déposer un nouveau préavis de grève. La reprise d’ancienneté des médecins pose notamment problème. Ce point précis est celui qui paralyse aujourd’hui le Pays dans le recrutement de professionnels de santé.

Le syndicat des praticiens hospitaliers de Polynésie française (SPHPF) se dit prêt à déposer un préavis de grève si les engagements pris par le gouvernement, en février 2016, lors d’un précédent préavis, ne sont pas respectés…

En effet à l’époque, le SPHPF avait déposé un préavis de grève portant sur six points de revendications : la reprise d’ancienneté, la prolongation d’activité, le paiement des gardes et astreintes des praticiens hospitaliers de Uturoa, le projet de délibération sur la permanence des soins des hôpitaux de la direction de la santé, l’obsolescence du statut des praticiens hospitaliers de la Polynésie française et les cotisations pour la retraite ne couvrant pas la majorité des revenus.

Or, malgré les engagements rédigés dans le protocole de fin de conflit et validés par les juristes du ministère de la Fonction publique et du ministère de la Santé, représentés à l’époque par Jean-Christophe Bouissou et Patrick Howell, seul un point a, en partie, été résolu. Il s’agit du paiement des gardes et astreintes des praticiens hospitaliers de Uturoa.

Aucune des promesses concernant les cinq autres points n’a été tenue et ce, bien que les deux ministres se soient engagés à présenter une loi du Pays et une délibération à l’assemblée de la Polynésie française, au plus tard à l’ouverture de la session budgétaire 2016.

 

Depuis 2009 aucun engagement respecté

 

Mais ces ministres ne sont pas les seuls à s’être, par le passé, engagés à reprendre l’ancienneté des médecins, et ce, qu’ils aient exercé en France ou à l’étranger comme cela se fait dans l’Hexagone.

En septembre 2009 déjà, le ministre  de la Santé, Nicolas Bertholon, s’était engagé à proposer au ministère de la Fonction publique, un projet de texte reprenant la rédaction de l’article R61 52-15 du code de la santé publique, concernant les conditions de reprise d’ancienneté. Un engagement réitéré en juin 2010, en juillet 2011 puis en mars 2013 par Pierre Frébault et Charles Tetaria.

Les promesses sont restées lettre morte. Aujourd’hui le SPHPF n’est plus prêt à croire aux promesses du gouvernement et se dit décidé à aller jusqu’au bout.

D’autant que la reprise d’ancienneté des médecins, chirurgiens et spécialistes variés est le point qui paralyse aujourd’hui le Pays dans le recrutement de professionnels de santé.

Pourtant, le ministre actuel, Jacques Raynal, l’a annoncé, il y a quelques semaines, il manque actuellement 57 médecins sur le territoire.

Cependant ministère et direction de la santé ne sont pas les seuls maîtres à bord. La direction générale des ressources humaines intervient.

Il  y a encore quelques semaines, c’est un chirurgien viscéral de Uturoa qui en a fait les frais.

En effet, après avoir exercé son métier en Polynésie durant plusieurs années, celui-ci passe neuf ans à travailler en Afrique et ailleurs.

De retour à Raiatea en 2016 pour y passer sa retraite, il apprend que deux postes de chirurgiens, orthopédiste et viscéraliste, sont à pourvoir à l’hôpital de Uturoa.

 

Pas de chirurgien viscéral pour Raiatea

 

Amoureux de la population de l’île et n’ayant que 58 ans, il décide de proposer ses services en renonçant à sa pension de retraite militaire. Une aubaine pour le directeur de l’hôpital et la direction de la santé, qui déterminent, en fonction de ses années de carrière, qu’il doit être engagé à l’échelon 13.

Mais quelques jours avant de prendre son poste, la DGRH lui stipule qu’il est rétrogradé à l’échelon 11, son ancien contrat de travail ayant été signé à Genève, les neuf années en dehors du territoire national ne sont pas retenues.

Qu’à cela ne tienne, le médecin refuse le poste.

“C’est une question d’honnêteté intellectuelle. On ne peut pas vous dire, au vu de votre parcours et carrière professionnels : ‘Vous êtes référencés à l’échelon 13’. Et ensuite dire : ‘Vos neuf dernières années de travail, nous n’en tiendrons pas compte car vous n’étiez pas en France’. J’ai renoncé à ma pension de retraite pour ne pas cumuler, je ne demande ni de frais d’hébergement, ni de frais de déménagement, ni même de frais de transports parce que je suis sur place. Alors…”

Un médecin de l’île s’est dit atterré. “On parle d’égalité des soins mais c’est faux.  Je connais personnellement ce chirurgien, c’est un excellent spécialiste et je trouve terrible de se priver de ses compétences, qui sont juste à portée. Si demain un habitant de l’île fait une péritonite, qui va s’en occuper ? Aurons-nous le temps d’évacuer la personne à Papeete, rien n’est sûr, et c’est ce qui me révolte.”

Ce médecin s’est lui aussi vu rétrogradé d’un échelon lors de sa prise de poste, mais il avoue avoir été moins tatillon que son collègue, à l’époque.

“J’avais pris mes dispositions. J’avais démissionné, ma famille me suivait, de ce fait je n’ai pas fait machine arrière, mais c’était injuste.”

Et cette pratique est loin d’être anecdotique en Polynésie. Un grand nombre de médecins s’en sont dits victimes.

“Un médecin a été recruté pour un remplacement aux Marquises. On lui avait annoncé qu’il serait rémunéré sur la base d’un échelon 10 et une fois arrivé sur le territoire, on lui a fait signer un contrat à l’échelon 4.  Ça s’est très mal passé et à son retour dans l’Hexagone, il a fait un portrait peu glorieux de la Polynésie. Or les médecins font partie d’un petit milieu. Quand il y en a un qui dit de ne pas y aller, qu’on vous y traite mal et qu’en plus on vous paie mal, et bien plus personne ne veut venir.”

 

Les candidats se font rares

 

Et il est vrai que la Polynésie ne fait pas partie des lieux qui incitent les médecins à venir s’installer. Pour preuve, l’hôpital de Taaone vient d’ouvrir, sur concours, plusieurs postes en radiologie. 

Or aucun candidat n’a déclaré être intéressé. Pourtant,  de respecter les engagements passés et de modifier la réglementation de la fonction publique territoriale, en y incluant l’application du code de la santé publique français en termes de reprise d’ancienneté, permettrait de régler ces problèmes de recrutement.

Les cartes sont entre les mains du ministère de la Fonction publique.

Jennifer Rofes

 

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