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Jour 1 du procès d’Air Moorea : “Utile d’y aller doucement”

mardi 9 octobre 2018

FC 1 air moorea jour 1

Les familles des victimes, tout de blanc vêtues, occupent l’ensemble de la grande salle d’audience. (Crédit : Florent Collet)

“Il est utile d’y aller doucement.” Ce sont les derniers mots, lundi, du président du tribunal correctionnel au moment de suspendre l’audience du procès d’Air Moorea, avant qu’elle  reprenne ce mardi, à 8 heures, où la journée est consacrée à dépeindre le portrait des vingt victimes du crash du Twin Otter, le 9 août 2007. Au-delà de l’émotion des familles d’assister à un procès attendu depuis onze ans, seule l’absence d’un prévenu a marqué la journée d’hier, où le programme n’a pas donné lieu à d’échanges vifs entre les avocats (voir encadré) ou de moments riches en émotion comme celle qui devrait être générée par l’écoute de l’enregistrement du pilote dans le cockpit quelques secondes avant le crash ou encore le témoignage des familles des disparus.

Mais c’est d’abord le soulagement et l’angoisse qui ont dominé le début de ce procès. Comme lors de chaque anniversaire du crash, des croix marquées de noms des victimes ont été plantées devant le palais de justice. Après des années à presser la justice, Nicolas Fourreau, président de l’association 987, retrouve enfin les responsables d’Air Moorea et de l’aviation civile devant des juges. “Il y a une forme de soulagement parce que cela commence, nous sommes dedans. Et il y a une vraie agression d’être là au milieu d’un tribunal pour cela, à revivre tous les événements comme aujourd’hui avec les témoignages de personnes ayant assisté à l’accident. Mais du coup, nous sommes plongés au cœur du drame que nous avons revécu des centaines et des centaines de fois.”

Une souffrance à laquelle le président du tribunal a voulu faire écho dans un discours de présentation de l’audience. “Le procès dit “Air Moorea”, avant d’être un procès “hors norme”, est tout à la fois le procès d’une tragédie, le procès d’une compagnie aérienne, de ses responsables, de la sécurité et du contrôle aérien, et le procès de la complexité et du temps long, qui nous interroge sur notre capacité à pouvoir rendre justice dans un délai raisonnable, onze ans après l’accident survenu le 9 août 2007”, a-t-il expliqué rappelant que l’attente avait été longue du côté des parties civiles et de la défense, avant de prévenir : “Je sais que la tristesse, l’incompréhension, la colère peuvent être présentes chez beaucoup d’entre vous, à l’aune du début de ce procès. Ces sentiments, s’ils peuvent être à maints égards légitimes, ne doivent pas compromettre la tenue de débats sereins, sans lesquels aucune vérité judiciaire ne saurait voir le jour.”

La défense, elle, a donné en filigrane quelle serait sa ligne de défense. D’abord, à l’issue de la lecture de plusieurs témoins ayant assisté à l’ascension puis à la chute de l’appareil. “Il est difficile d’avoir un avis sans l’avoir vu soi-même”, a relativisé le directeur technique d’Air Moorea. “C’est compliqué de se faire une idée des causes, vu que les témoignages divergent”, a estimé, de son côté, le directeur général d’Air Moorea au moment des faits, avant de donner les trois composantes susceptibles de mener au crash : “le pilote, la chaîne de commande et le moteur”. L’instruction a penché pour la chaîne de commande et la rupture du câble de gouverne, écartant quelque peu des problèmes de moteur et de pilotage. La défense, elle, devrait concentrer ses efforts sur la troisième éventualité : “D’autres pistes peuvent être explorées”, a expliqué Me Quinquis l’avocat d’Air Moorea au sujet de l’état de santé du pilote, évoquant pêle-mêle “un malaise le matin du crash”, “une fête la veille” et “une erreur de pilotage dans la manipulation des manettes”. Un angle de la défense qui constituait la crainte principale des familles des victimes à l’aune de ce procès. “Il y avait une certaine angoisse de découvrir les axes de défense des prévenus. Ils sont finalement assez conformes à ce que nous attendions, mais ils sont troublants. La seule chose que la défense peut faire, c’est de créer un doute, une incertitude entre le pilote, le câble et d’autres événements indéterminés. Ils ne vont pas trouver de réponses”, résumait Nicolas Fourreau à l’issue de l’audience. Autant de propos prononcés hors audience mais qui arriveront forcément au sein du prétoire. La journée lancée “doucement” hier ne sera lors plus qu’un lointain souvenir.

Florent Collet

 

 

 

Le contrôleur de production n’est pas venu

Parmi les sept personnes renvoyées devant le tribunal correctionnel pour homicides involontaires, une manquait à l’appel du président du tribunal, hier. Didier Quemeneur, le contrôleur de production d’Air Moorea, n’a pas fait le déplacement depuis la métropole.

Pour Me Usang, son ancien avocat mais pas mandaté pour le représenter, son ex-client n’aurait pas été cité à la bonne adresse alors qu’il avait signalé son changement de domicile. Didier Quemeneur a bien signé la réception, mais pas à la bonne adresse. Un incident de procédure qui a valu quelques minutes de suspension avant que les juges ne reviennent pour annoncer qu’ils “l’invitaient solennellement à se présenter à l’audience pour défendre ses droits et par respect des droits de chacune des parties civiles” avant d’ajouter que “des moyens coercitifs pourraient été employés s’il ne se présentait pas rapidement”.

Nicolas Fourreau, président de l’association 987, se montrait, lui, bien moins diplomatique sur les raisons et l’issue de cette absence. “Pour une raison de mauvaise foi. Il était venu ici pour répondre aux accusations de maintenance sur la mauvaise gestion d’un câble d’un avion pour les Marquises où il a été condamné comme la compagnie aérienne. Là, il n’est pas venu alors qu’il a signé le papier comme quoi il avait l’information. Son avocat, qui n’avait pas à agir, s’amuse à dire que ce n’est pas la bonne adresse. En attendant, cela veut dire qu’il a échangé avec lui. Il était parfaitement conscient des choses. Cela n’est pas très malin. Il arrivera menotté à Tahiti, c’est tout.”

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