La première pierre du futur pôle de santé mentale a été posée

    jeudi 24 novembre 2016

    Après la pose de la première pierre, hier, les travaux du futur pôle de santé mentale démarreront début décembre et devraient durer trois ans. (© Vaiana Hargous)

    Après la pose de la première pierre, hier, les travaux du futur pôle de santé mentale démarreront début décembre et devraient durer trois ans. (© Vaiana Hargous)

     

     

    L’ensemble du gouvernement a participé, hier en fin de matinée, à la pose de la première pierre du pôle de santé mentale, sur le site de l’ancien hôpital militaire Jean-Prince, à Taaone. Les travaux débuteront le mois prochain et le coût de l’ensemble de l’opération, hors équipement, est estimé à un peu plus de 4 milliards de francs. L’association des soignants de pédopsychiatrie de Polynésie française a profité de l’événement pour rappeler au Pays les urgences et réalités du terrain qu’elle a à affronter.

     

     

    Une pose de première pierre aura rarement rassemblé autant de monde. Ils étaient plus d’une cinquantaine à avoir assisté, hier en fin de matinée, à la pose de la première pierre du futur pôle de santé mentale, qui sera érigé entre l’hôpital de Taaone et l’actuel centre de psychiatrie. Des personnels de santé, des représentants à l’assemblée, le haut-commissaire, mais aussi et surtout l’ensemble du gouvernement. Car ce projet, d’un coût estimé à un peu plus de 4 milliards de francs, hors équipement, est porté uniquement par le Pays, via notamment un emprunt auprès de l’agence française de développement (AFD) de 3,257 milliards de francs.

    “Si je devais calibrer mon discours à la participation financière de l’État dans ce projet, je dirais juste bonjour et au revoir”, a d’ailleurs ironisé le haut-commissaire René Bidal, avant de confier que “l’État s’est retiré pour des raisons qui m’échappent (…), car ce projet répond à une nécessité en matière d’addiction et de délinquance”.

    Selon les chiffres fournis par le gouvernement, aujourd’hui, en psychiatrie adulte, la capacité d’accueil est l’une des plus faibles de l’outre-mer avec 26 lits de psychiatrie pour 100 000 habitants en Polynésie française contre 153 en métropole, 140 à la Martinique, 139 en Guadeloupe et 91 à La Réunion. Et les taux d’occupation en hospitalisation complète sont supérieurs  à 110 %. Le pôle de santé mentale a donc pour but d’augmenter l’offre en proposant un secteur d’hospitalisation psychiatrique de 40 lits et un secteur de prise en charge ambulatoire de 110 places.

    “Ce qui nous permettra de répondre correctement à une partie des besoins”, confiait hier le ministre de la Santé, Patrick Howell. “La santé mentale est restée trop longtemps un secteur non-prioritaire de la politique de santé du Pays, alors qu’il s’agit d’un enjeu de société et de santé publique majeur qui impacte même les plus jeunes, a, quant à lui, déclaré le président Édouard Fritch. Il y a une situation qui est alarmante aujourd’hui. Le haut-commissaire a parlé des conséquences sur la sécurité routière, des problèmes d’addiction, des problèmes de comportement… Et dans les difficultés intrafami-liales que nous connaissons aujourd’hui, il y a sûrement des gens qui ne doivent pas être là où ils sont, et qui n’ont pas été d’une façon préventive ou curative pris en charge par les structures parce que nous en manquons énormément. Il ne s’agit pas de courir après les malades, mais de prendre en charge ceux qui sont dans le besoin, qui veulent sortir de leur addiction. Beaucoup de personnes, qui sont aujourd’hui jugées au tribunal, veulent changer. Donc, à tous les niveaux, je pense que cette structure servira à un meilleur équilibre de la santé mentale de notre population.”

    Les travaux débuteront début décembre et devraient durer trois ans.

     

    Vaiana Hargous

     

    Le projet dans le détail

    (© DR)

    (© DR)

    Le projet de pôle de santé mentale consiste en la construction d’un bâtiment sur le site de l’ancien hôpital Jean-Prince, entre l’hôpital de Taaone et l’actuel bâtiment de psychiatrie. Ce positionnement géographique permettra une synergie fonctionnelle et logistique avec l’hôpital. Le bâtiment rassemblera à la fois des fonctionnalités d’hospitalisation psychiatrique et de prise en charge ambulatoire (activités thérapeutiques, consultations médicales) et se déploie sur trois blocs : deux sur quatre niveaux (dont un sous-sol) et un de plain-pied.
    Les trois blocs rassemblent les entités suivantes :
    – Le secteur d’hospitalisation regroupera trois unités distinctes : un centre de crise psychiatrique adolescent de 8 lits, une unité d’hospitalisation de psychiatrie adulte de 18 lits et une unité de soins de suite alcoologie-toxicologie de 12 lits.
    – Les prises en charge ambulatoires se déclinent en plusieurs entités : un centre d’aide médicosociale précoce destiné aux nourrissons, un centre médicopsychologique destiné aux enfants et adolescents, un centre d’accueil à temps partiel et hôpital de jour pour enfants, un centre d’accueil à temps partiel et hôpital de jour pour ados, un centre d’accueil à temps partiel et hôpital de jour pour adultes, ainsi qu’un hôpital de jour et un espace de consultations alcoologie-toxicologie.
    Outre l’extension capacitaire, ce projet regroupera des services aujourd’hui éclatés et devrait permettre des mutualisations et un décloisonnement des activités actuellement assurées par le CHPF et par la DSP.

     

    “Une première pierre qui ne nous laisse pas de marbre”

    (© Vaiana Hargous)

    (© Vaiana Hargous)

     

    L’association des soignants de pédopsychiatrie de Polynésie française (ASPPF) a profité de la cérémonie de pose de la première pierre du futur pôle de santé mentale pour interpeller le Pays sur les urgences et les réalités de terrain qu’elle a à gérer.
    “On s’occupe d’enfants entre 0 et 18 ans qui souffrent de troubles psychiques ou de maladies mentales, explique Lætitia Roger, membre fondateur de l’association et psychologue. Et la façon dont on soigne ces enfants, c’est d’une part en leur donnant une place dans la société, et d’autre part avec des moyens humains et des locaux pour les accueillir. La pédopsychiatrie défend ce que l’on appelle une politique de secteur qui vise à développer le soin au plus proche possible des populations, donc là où elles sont, dans les cinq archipels de la Polynésie française, et pas uniquement à Tahiti. (…)”

    “Et ce qui nous interpelle dans cette première pierre qui est posée, c’est qu’on parle d’un bâtiment qui, certes, sera très intéressant et très sympathique, mais qui, au final, ne permettra pas de couvrir l’ensemble du territoire de la Polynésie française. Et surtout, on ne parle pas des moyens humains. En tant que soignants, aujourd’hui, on est débordé par le travail. On a une file active de plus de 1 000 patients, on est tous éclaté entre le travail à Tahiti et le travail dans les îles Sous-le-Vent, aux Marquises, aux Tuamotu, aux Gambier et aux Australes. On a aussi besoin de locaux pour travailler. Les locaux pour les adolescents, on les a obtenus en 2015. Et ces locaux, aujourd’hui, ne nous permettent pas de travailler dans de bonnes conditions avec les adolescents, donc le personnel du centre des ados s’est mis en droit de retrait depuis mi-mai cette année. Au 16 décembre, c’est-à-dire dans trois semaines, on ne sait pas ce que l’on va faire des 150 adolescents et leurs familles qui sont suivis à Faa’a et qui vont se retrouver sans locaux. Donc la première pierre de cet édifice, c’est sympathique, mais ça ne répond à nos questions de terrain qui sont : qu’est-ce qu’on fait, dans trois semaines, des familles et des patients que l’on suit à Faa’a ? qu’est-ce qui va se passer pour les moyens humains qu’on nous octroie ?

    Le Pays s’est engagé à nous trouver des locaux et donc aujourd’hui, c’était une façon de les interpeller à nouveau et de leur redemander de l’aide.”

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