Première récolte de champignons

    mardi 26 juillet 2016

    champignons

    Peter va proposer dans l’année à venir d’autres variétés de champignons. (Photo : Jean-Luc Massinon)


    Mahaena – Après trois ans d’obstination et de mise au point

     

    Il s’amuse à dire “qu’après Mururoa, il est le premier à produire des champions sur le fenua”. Mais ces champignons-là, Peter Heduschka sait combien ils sont bien meilleurs pour la santé.

    Le diplômé en agriculture, que l’on a vu souvent ces derniers mois bloquer des extracteurs pour défendre sa vallée de Mahaena, avait un secret bien gardé.

    Il mettait au point une production locale de champignons. Et le week-end dernier, il a procédé à la première récolte de pleurotes. Voilà trois ans, qu’il en rêvait. Sa passion pour l’agriculture et sa persévérance lui offraient un nouveau départ.

    Petit, Peter a connu le fa’a’apu avec sa maman qui cultivait des fleurs, comme beaucoup dans cette commune de la côte est. Après un bac, un BTS et une licence en agriculture, et des expériences professionnelles multiples, c’est dans sa vallée de Tefaarahi qu’il s’est lancé dans la production vivrière.

    Il délaisse le taro, la banane et la patate douce qui font difficilement vivre une famille pour faire des légumes, mais quand sur la côte ouest s’installent les grandes serres, le jeune agriculteur n’est plus compétitif.

    Alors il se lance dans les arbres fruitiers : orange, mandarine, citron… Mais sa conception respectueuse de la production naturelle ne lui permet pas de rivaliser avec ceux qui abusent des engrais et des pesticides.

    Alors, grâce à un ami qui lui prête de l’argent, Peter se lance dans l’ananas. C’est du « cash flow » car ce fruit se vend bien. Ça paie jusqu’à l’arrivée, il y a un peu moins de trois ans, de la petite fourmi de feu.

    Des terres apportées de l’extérieur ont contaminé la zone de son fa’a’apu. Il teste bien quelques molécules pour venir à bout de l’envahisseur, mais encore une fois, Peter ne veut pas polluer ses terres et empoisonner les consommateurs.

    C’est le KO. Doit-il chercher un travail ou s’adapter ?

     

    Un petit agriculteur à la fondation royale

     

    En 2013, il décide de faire un voyage en Thaïlande où il a des connaissances dans le monde scientifique. Dix ans plus tôt, en 2004, à Tahiti, il avait en effet accompagné une délégation de Thaïlande venue pour en savoir plus sur la production de la vanille de Tahiti.

    La princesse qui a fait le voyage, avec des scientifiques, arrive en plein basculement de gouvernement et la mission tourne au fiasco diplomatique.

    Malgré les efforts d’un producteur et d’un responsable du laboratoire de l’université de Outumaoro, le voyage est écourté. Mais depuis toutes ces années, Peter restera en contact avec deux des spécialistes internationaux, les docteurs Pya et Chana.

    Et en 2013, pour le remercier de l’accueil et de sa contribution, ils ouvrent au petit producteur de Mahaena les portes de la Royal Foundation.

    Encore une fois grâce à son copain qui lui a permis de se lancer dans l’ananas, Peter se fait prêter de l’argent pour partir en Thaïlande pour une quinzaine de jours.

    Il est accueilli dans une station du nord du pays et vit parmi les Thaïlandais, dans ce centre technique et technologique, où sont mis en application les travaux de recherche agricole.

    Peter découvre un autre monde. Les scientifiques échangent en permanence avec les agriculteurs. Peter veut surtout apprendre les méthodes des Thaïlandais sur les cultures en terrain escarpé.

    L’agriculteur polynésien a vu les rizières à flanc de montagne. Peter veut ramener ses techniques à Mahaena où il y a peu de plaines pour cultiver. Des labos au terrain d’application, Peter note tout ce qu’il découvre.

     

    Hanté par les champignons

     

    La veille de son retour au fenua, Peter est invité par un spécialiste qui a remarqué sa passion pour l’agriculture. Il lui fait visiter une propriété gardée : la station de multiplication des espèces de champignons.

    Ce laboratoire unique au monde fait des recherches sur les molécules des champignons à des fins thérapeutiques. Les travaux sont financés par l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean).

    Ce soir-là, Peter avoue : “Je n’ai pas pu dormir. Ce que j’avais vu hantait mon esprit.” Voyant sa frustration, le scientifique lui promet de demander une autorisation royale pour l’admettre lors d’un nouveau séjour dans cette station.

    Et en octobre 2014, Peter repart en Thaïlande. Au milieu de l’élite de scientifiques, matin, midi et soir, le petit agriculteur de Mahaena a tout appris du champignon, de la multiplication cellulaire à l’analyse.

    En échange, il a transmis son savoir sur la vanille afin que la fondation travaille localement sur leurs variétés. “Je n’avais plus que le champignon en tête”, reconnaît-il. “Ma vie allait changer. C’était une nouvelle étape. “

    Ne pouvant se fournir directement en Thaïlande, Peter a fait venir de métropole le mycélium qu’il développe et élève avant de l’implanter dans des poches de substrat au contenu gardé secret.

    À la chaleur et à l’abri de la lumière, dans des locaux aménagés, le blanc de champignon colonise le compost (non chimique) et, comme par miracle, des champignons semblent s’échapper par l’ouverture de la poche pour déployer leur chapeau.

     

    Champignon de Paris de Mahaena ?

     

    Si, le week-end dernier, a eu lieu la première récolte de pleurotes blanches, les poches ne font que donner maintenant. La production est vraiment lancée et il y aura bientôt les pleurotes jaunes et les roses.

    Peter envisage de mettre en culture d’autres variétés de champignons, même le célèbre champignon de Paris. L’agriculteur est certain que le climat de Mahaena est propice, et notamment en raison des deux rivières.

    L’eau y est riche et pas polluée. Peter entend bien continuer à lutter pour que cet environnement favorable le reste. Si le défi technique est relevé, désormais, Peter espère que la population reconnaîtra les bienfaits du champignon, adopté depuis des siècles par les pays d’Asie.

    Attaché à la sécurité alimentaire de ce qu’il a toujours produit, l’homme n’est pas peu fier de pouvoir proposer un produit alimentaire sain, riche en protéines, fibres, glucides, vitamines et minéraux.

    “À moins d’être allergique, jamais un médecin a déconseillé à un patient de ne pas manger de champignon”, assure-t-il. Cru en salade, en soupe, en omelette ou en fricassé comme tout autre légumes, le champignon de Mahaena devrait faire prochainement son entrée sur les tables des restaurants de la place.

    Peter distribue lui-même son produit frais en boîte de 70 à 100 grammes ou selon les besoins.

     

    J.-L.M.

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