Habillage fond de site

Bannière sur-titre PI

Le président de Kiribati, Taneti Maamau, a fait escale à Tahiti

lundi 13 février 2017

président kiribati Taneti Maamau

La visite du président kiribatien, en escale au fenua de vendredi dernier à hier, n’était pas des plus protocolaires. S’il s’est rendu à l’assemblée de la Polynésie française samedi dernier, c’est avant tout pour faire du shopping au Salon de la bijouterie d’art polynésien ! De nombreuses rencontres avec des responsables locaux ont toutefois émaillé son séjour. (© Marie Guitton)


Croiser une délégation officielle de Kiribati au fenua est un fait rare.  En matière environnementale, les préoccupations de cette petite République, dont l’immense espace maritime s’étale entre la Micronésie et la Polynésie, sont pourtant proches de celles de nos archipels. Outre le shopping, elles ont donc été au cœur de la courte escale à Tahiti, ces trois derniers jours, du président Taneti Maamau et de quelques-uns de ses ministres. Entre des échanges avec le gouvernement polynésien, le haut-commissaire et les porteurs du projet d’île flottante au large de nos côtes, le chef de l’État océanien a accepté de répondre aux questions de La Dépêche de Tahiti sur la montée des eaux et la surpêche, deux problématiques qui ne manqueront pas de faire parler d’elles aux prochains sommets internationaux sur le climat, notamment la COP23, organisée à la fin de l’année par Fidji. Le responsable kiribatien est persuadé que les petites îles du Pacifique y seront écoutées… “Si nous joignons nos voix, ensemble.”

 

Au vu des prévisions scientifiques alarmistes (le niveau de la mer pourrait monter d’un ou deux mètres d’ici à 2100), Kiribati est devenu un symbole mondial de l’urgence de la lutte contre le réchauffement. Quelle est la situation chez vous aujourd’hui ?
Le changement climatique est un problème. À l’heure actuelle, certaines de nos îles sont déjà affectées et la montée de l’océan sur les côtes est un enjeu dans beaucoup d’autres. Il y a des îles où les routes sont sérieusement touchées par les eaux. Ça affecte aussi les écoles, les transports…

Vous êtes président de la République depuis près d’un an. Que pouvez-vous faire contre cela ? Plusieurs experts estiment qu’à Tarawa (l’île capitale), par exemple, ce sont avant tout l’activité humaine et la mauvaise gestion des côtes, comme l’extraction de sable pour construire les maisons, qui sont responsables de l’érosion. Votre prédécesseur avait acheté des hectares de repli à Fidji. Quelle est votre solution ?
Les terres ont été achetées avec l’approbation du parlement pour une migration éventuelle. C’était l’objectif de cet investissement. Mais les gens ne veulent pas partir pour ça, pour ces terres. Nous essayons donc d’éduquer notre population, de construire les capacités de résilience et de planifier la construction de digues autour des îles avec le fonds vert pour le climat.

Donc le but n’est plus de fuir, mais de rester et s’adapter ?
Oui. Rester à la maison. Planter plus de mangrove et élever le niveau des terres d’au moins deux mètres par rapport à la mer.

Avez-vous les moyens financiers pour ces projets ?
Ils n’arrivent pas soudainement. Nous avons plusieurs programmes et nous avons sollicité le fonds vert. Des pays, comme la Nouvelle-Zélande, sont aussi prêts à nous aider dans nos investissements pour élever nos terres de deux ou trois mètres. L’Australie nous aide plus spécialement pour l’éducation. Nous sommes voisins, ils nous aident depuis longtemps !

Avez-vous entendu parler du projet d’île flottante, ici, en Polynésie ? (La délégation kiribatienne a finalement rencontré les porteurs du projet samedi dernier) Qu’en pensez-vous ?
Bien sûr ! Je n’en connais pas les détails, mais c’est un projet fascinant. Une idée folle, mais…

Mais qui pourrait être une solution pour vous ?
Exactement. Notre projet est d’élever le niveau de nos terres, nous n’avons pas de projet d’île flottante, mais ça pourrait peut-être faire l’objet d’un nouvel accord. Rien n’est impossible, avec des talents, des efforts… et la croyance que Dieu pourra rendre cela possible !

Autre sujet, qui affecte votre économie : la surpêche, qui épuise les ressources de votre immense zone économique exclusive (3,5 millions de km²)…
Oui, c’est un grand sujet de préoccupation pour nous. Nous ne pouvons pas assurer une bonne surveillance autour de notre zone économique exclusive. C’est pourquoi j’ai estimé que c’était une bonne opportunité, pendant mon séjour, d’engager le dialogue avec le vice-président de la Polynésie, des représentants de l’État français, la marine… Nous sommes les voisins du nord de Tahiti. Nous devons trouver une manière d’assurer la surveillance de notre bassin maritime.

Kiribati (800 km² de terres émergées pour 110 000 habitants) et la Polynésie française sont de très petits pays. Pensez-vous que nos voix seront entendues par les grandes nations ?
Bien sûr, si nous joignons nos voix, ensemble. Et c’est bien l’idée. Une voix seule ne sera pas efficace. Les îles du Pacifique sont si petites. Mais nous avons un si grand océan… 

 

Propos recueillis par
Marie Guitton

28
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

C'est la semaine de la mobilité, dans votre quotidien, faites-vous des gestes comme :

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete