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Présidentielle – Philippe Poutou « clairement pour l’indépendance »

mardi 11 avril 2017

philippe poutou

Philippe Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste. (Photo : photothèque rouge/Milo)


Dans le cadre de l’élection présidentielle, La Dépêche de Tahiti a fait parvenir un questionnaire à chacun des candidats déclarés, dès le lendemain de la validation de leurs candidatures par le Conseil d’État. Onze candidats, dix questions. À chaque candidat qui aura pris le temps de répondre, deux pages seront ouvertes pour exposer leur programme. À défaut, une page leur sera consacrée sur la base de leur programme pour l’outre-mer. Aujourd’hui, le candidat anticapitaliste, Philippe Poutou.

Le mandat présidentiel s’achève sur des promesses de François Hollande d’un Accord de Papeete qui crée de nouvelles relations entre l’État et la Polynésie française (fixation de la nouvelle dotation globale d’autonomie, reconnaissance du fait nucléaire, appui financier au service d’oncologie de l’hôpital du Taaone, mesure de simplification des procédures d’indemnisation pour les victimes des essais et autres mesures). Cet accord devra être signé par le futur président. Les signerez-vous en l’état ? Que souhaiteriez-vous y apporter ?

Les promesses d’un président sur la voie du départ n’engagent hélas pas son successeur ! Il faudrait se demander pourquoi, en cinq ans, François Hollande n’a pas eu le temps de mettre en œuvre cet accord, s’il pensait réellement que c’était important. C’est en effet la moindre des choses que l’État français reconnaisse enfin sa responsabilité dans le drame vécu par les populations de l’archipel en raison des essais nucléaires ou qu’il finance un service d’oncologie, vital pour les patients touchés par les différentes formes de cancer.

En ce qui me concerne, je ne ferai aucune promesse, car ce serait tromper les habitants de la Polynésie ! Car, d’une part, comme personne ne peut l’ignorer, je ne serai pas élu président de la République mais surtout, c’est aux populations d’ici de décider de leur sort et non à un président qui vit de l’autre côté de la planète !

 

Les conflits sociaux en Guyane sont le symbole de collectivités d’outre-mer toujours pas mises sur un pied d’égalité avec l’Hexagone. Quelles sont les mesures fortes que vous souhaitez impulser dans les départements et territoires d’outre-mer ?

Nous mettons en avant un programme d’urgence qui devrait s’appliquer, encore plus, dans tous les territoires encore sous domination française actuellement. Nous proposons un revenu décent minimum pour tout le monde à hauteur d’un Smic à 1 700 euros. Et comme le coût de la vie y est plus important, il faudra sans doute discuter de la somme. Et pour créer de l’emploi, nous ferons des embauches dans les services publics, nous développerons des structures de santé et de transports qui sont encore largement insuffisantes.

Pour protéger les salariés, nous interdirons les licenciements. La France a quand même pillé ses ex-colonies pendant des siècles et elle a un devoir de réparation. Elle doit au moins donner les moyens à ces peuples de vivre de manière autonome dans un rapport d’égalité, sans oppression et sans un détournement des richesses qui se poursuit.

Nous revendiquons aussi le droit à l’autodétermination pour que les peuples s’organisent par eux-mêmes pour vivre mieux.

 

Le tourisme en Polynésie française est une des principales forces économiques. Quelles mesures pourriez-vous prendre pour accentuer l’aide à son développement ?

C’est aux populations de l’archipel de décider s’il faut ou non accentuer le développement touristique… En tout cas, ce n’est pas aux multinationales du tourisme, qu’elles soient françaises ou non, de décider à leur place !

 

Les blessures du nucléaire peinent à se refermer et la loi Morin n’a pas joué le jeu des indemnisations. Serez-vous vigilant à ce que les indemnisations des victimes et de leurs ayants droit se fassent désormais dans la transparence ?

La moindre des choses est que l’État français paie désormais rubis sur l’ongle jusqu’au dernier franc polynésien tout ce qu’il doit encore à toutes les victimes des essais nucléaires. La loi Morin adoptée en janvier 2010, tout en reconnaissant les dangers potentiels, a été rédigée sur mesure pour durcir au maximum les conditions d’indemnisation.

Le ministère de la Défense a ensuite fait souvent appel des décisions de justice, même dans les très rares cas où elles le condamnaient à payer. Jusqu’à ce dernier jugement, c’est seulement une vingtaine d’anciens militaires du nucléaire qui avaient été indemnisés. C’est finalement suite aux protestations des associations de victimes lors de la visite de Hollande en Polynésie en 2016 qu’une clause a été introduite dans la loi égalité réelle adoptée en février dernier.

En supprimant l’appréciation de “risque négligeable” des essais nucléaires dans l’apparition de certaines maladies, elle a ouvert la voie à une plus large indemnisation des victimes… enfin ! Mais tout est encore à faire.

 

L’isolement est un des maux de la vie insulaire. Une continuité territoriale a été mise en place mais n’a jamais trouvé son rythme. Détournée de son but dans un premier temps, elle a été resserrée pour ne bénéficier qu’à des ménages qui ne peuvent de toute façon pas en profiter, faute de moyens. Pensez-vous changer le système et en quoi ?

Il faut avant toute chose permettre à tous les habitants de la Polynésie de vivre dignement. C’est la pauvreté et la précarité qui sont surtout les causes principales de l’isolement.

 

À cause du statut d’autonomie polynésien qui confère la compétence fiscale au Pays, le nouveau régime de défiscalisation métropolitain basé sur le crédit d’impôt ne peut s’appliquer ici. L’ancien système a été prolongé de quelques années mais rien n’assure sa pérennité. Souhaitez-vous engager sa poursuite ou mènerez-vous une réflexion pour mettre en place un nouveau système spécifique ?

Encore une fois, c’est aux populations elles-mêmes de décider, dans ce domaine-là aussi : référendums populaires et démocratie la plus directe possible !

 

Le Tahoera’a propose une modification statutaire qui transformerait la Polynésie en Pays associé à la République. Y êtes-vous favorable ?

La solution institutionnelle, pour nous, c’est un État indépendant. Il faut que les travailleurs, les jeunes, les pauvres, tous ceux que les élus ignorent, décident du statut qui permettra à la population polynésienne de vivre décemment. En tant qu’anti impérialistes, nous sommes clairement pour l’indépendance, mais pas une fausse indépendance comme tous ces pays d’Afrique, par exemple, qui continuent d’être vampirisés par les grands groupes français : une indépendance avec des compensations pour les souffrances occasionnées par la France, comme les essais nucléaires, par exemple.

 

Les addictions (alcool, drogue, sucre, tabac) pèsent lourd sur la facture santé des Polynésiens. Comment comptez-vous aider le Pays à venir à bout de ses problèmes, vecteurs par la suite de troubles sociaux ?

Avec une politique de santé publique qui s’appuie notamment sur l’augmentation des taxes et qui doit imposer l’utilisation du produit de ces taxes à la prévention et au traitement de la dépendance au tabac (idem pour l’alcool et la drogue) et en priorisant les publics les plus précaires et les plus fragiles.

Les substituts et autres traitements dont l’efficacité a été vérifiée scientifiquement doivent être d’accès gratuit. Nous refusons bien sûr toute stigmatisation des personnes dépendantes !

 

Un accord pour l’étude de faisabilité d’îles flottantes en Polynésie a été signé en janvier entre le Seasteading Institute et le gouvernement polynésien. Ce projet pose la question de l’impact écologique mais aussi sociologique (la population polynésienne est très attachée à sa terre et ses lagons). Quelle est votre position par rapport à ce type de projet ?

Ce projet évalué à 50 millions de dollars est totalement déraisonnable d’un point de vue social et écologique. Plutôt que de lutter contre les effets du réchauffement climatique, notamment la montée des eaux, il va faire la part belle à l’enrichissement de promoteurs internationaux et permettre la création de nouveaux paradis fiscaux. J’y suis radicalement opposé !

 

Comment l’État va-t-il poursuivre l’exercice de ses compétences régaliennes en Polynésie française (maintien de l’armée, relations internationales, protection de sa zone économique exclusive) ? De plus, êtes-vous favorable au processus de réinscription sur la liste des Pays à décoloniser, lancé à l’ONU sur demande du parti indépendantiste ?

Je répète qu’on défend un processus d’autodétermination de tous les territoires d’outre-mer, donc de la Polynésie. L’indépendance de la Polynésie passera également par son indépendance économique, mais seulement si celle-ci répond aux besoins de la population.

C’est pourquoi il ne suffira pas de quelques mesurettes, mais il faut un vrai changement radical, de société et de système économique. Ce qu’il faut à l’économie polynésienne, c’est substituer à une logique de pillage et de profits une logique de coopération et de réel développement. On peut inscrire la Polynésie sur la liste de l’ONU, mais on ne pourra réellement la décoloniser qu’en partant des besoins et de la mobilisation de la population.

 

Propos recueillis par Bertrand Prévost

 

Retrouvez l’intégralité de notre dossier dans notre édition du jour ou au feuilletage numérique avec :

• Qui est Philippe Poutou ?

• La cote du candidat

• La phrase

• Les points faibles de son interview

• Les points forts de son interview

 

 

 

 

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