Prison pour une famille d’accueil qui martyrisait ses pensionnaires

    mercredi 1 juin 2016

    “On juge du degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses fous. Et j’ai l’impression qu’on est au degré zéro de civilisation avec cette famille.”
    Dans ses réquisitions, la procureure n’a pas mâché ses mots à l’égard d’une femme de 72 ans, de deux de ses filles et du conjoint de l’une d’elles, qui officiaient, à la Presqu’île, comme famille d’accueil pour des adultes atteints de déficiences mentales.
    Des personnes lourdement handicapées et prises en charge, selon les textes, “sur la base d’un projet thérapeutique individuel”. Sauf qu’en guise de thérapie, elles ont connu l’enfer.

    Durant des années, de 2005 à 2009, les quatre prévenus ont fait endurer un véritable calvaire à dix de leurs pensionnaires victimes de sévices, de maltraitances, voire d’agressions sexuelles.
    Des hommes et des femmes sous tutelle, placés par les services sociaux, mais dont le sort n’intéressait pas grand monde.
    La procureure a d’ailleurs dénoncé, lors de sa prise de parole, “l’immobilisme du corps médical, des services sociaux et des délégués à la tutelle”.

    Il faut dire que les faits sont particulièrement sordides. À tel point que le président du tribunal n’a pu s’empêcher de lâcher : “Cela fait quarante ans que je fais ce métier, et ce dossier fait frémir”.
    Selon les témoignages des victimes, souvent corroborés par les constatations médicales, celles-ci étaient régulièrement frappées à coups de pied et de poing, brûlées à l’aide d’objets chauffés à blanc et contraintes à dormir “dans un cagibi”, à même le sol, parfois enchaînées. Enfermées à clé, elles devaient faire leurs besoins dans “une boîte d’ice-cream”.
    La famille d’accueil, payée 85 000 F par mois et par pensionnaire, incitait également certains d’entre eux à commettre des violences envers d’autres et/ou à avoir des relations sexuelles.
    Plusieurs des victimes gardent encore de profondes séquelles de ces maltraitances : l’une d’elles a notamment perdu l’usage définitif d’un œil.

    Et pour masquer ses agissements, la famille d’accueil était prête à tout.
    Ainsi, lorsqu’un infirmier, ou un membre des services sociaux, effectuait une visite à la Presqu’île, elle n’hésitait pas à grimer ses pensionnaires.
    Elle leur faisait porter casquettes et/ou colliers de fleurs et allait même jusqu’à leur recouvrir le visage de talc pour dissimuler les traces de coups.

    Il aura fallu attendre la fugue de l’une des pensionnaires (qui a depuis mis fin à ses jours), puis son témoignage, pour qu’une enquête soit ouverte.  
    À la barre, hier, la sœur la plus impliquée a reconnu, du bout des lèvres, une partie des faits. “J’ai tapé et giflé. Mais j’étais dépassée. Et c’était pas tout le temps”, s’est-elle défendue. Ses proches ont adopté la même posture.  
    Ce qui a irrité l’avocat des plaignants qui a rappelé que les experts n’avaient pas émis de doute quant à la crédibilité des accusations de ses clients.

    “Je n’arrive pas à comprendre l’écart qui existe entre les faits rapportés par les victimes, constatés par les médecins et ce qu’on nous sort. (…) Je ne suis pas du tout convaincu par la thèse qu’essayent de soutenir les prévenus.”
    Certaines des victimes étaient présentes dans la salle d’audience mais n’ont pas pris la parole.

    Leur actuel tuteur l’a fait pour elles : “Ils ont besoin d’amour. Ils ont été placés dans de nouvelles familles d’accueil et tout se passe très bien. Mais, aujourd’hui, ils m’ont dit qu’ils n’avaient entendu que des mensonges de la part des prévenus”.
    Le tribunal non plus n’a pas cru à la version présentée par la famille. Il a prononcé à son encontre des peines allant de deux ans de prison ferme à deux ans avec sursis, sans toutefois décerner de mandat de dépôt.
    Les prévenus ont désormais interdiction à vie d’officier comme famille d’accueil.

    Compte rendu d’audience J.-B.C.

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