Procès Bettencourt : François-Marie Banier, artiste surdoué et patron pervers ?

mercredi 28 janvier 2015

Le photographe François-Marie Banier s’est présenté mercredi devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux comme un créateur touche-à-tout n’ayant pas le sens de l’argent, un homme tout de même devenu multimillionnaire, aujourd’hui soupçonné d’avoir abusé de la faiblesse de la milliardaire Liliane Bettencourt.
Après deux jours consacrés à des questions de procédure, le tribunal s’est plongé au cœur du dossier, avec l’examen de personnalité de l’un des principaux prévenus, l’ex-confident de la femme la plus riche de France (30 milliards d’euros).
A la barre, le photographe, âgé de 67 ans, issu d’une « famille bourgeoise » et à « l’éducation conventionnelle », a raconté son entrée dans le monde de la culture avec la publication de son premier roman à 22 ans. 
Chroniqueur dans la presse parisienne, il côtoie les grands noms des rédactions – Françoise Giroud, Pierre Lazareff – et devient un familier des milieux de la mode, collaborant avec Pierre Cardin puis Yves Saint Laurent. Il se targue d’avoir créé les noms des « deux parfums les plus vendus dans le monde », qui lui rapportent à l’époque de confortables royalties.
L’artiste, sur la défensive et à l’emportement facile, assure ne pas avoir le sens des affaires : « Pour les chiffres, je suis dans la lune ! ». Il reconnaît toutefois posséder un conséquent patrimoine : biens immobiliers – deux appartements dans le très chic VIe arrondissement de Paris, deux riads à Marrakech, une propriété dans le Gard -, tableaux de maître conservés dans des coffres de banque, livres anciens, etc… 
« Dans ma vie, j’ai toujours travaillé, du matin au soir ! », se justifie le photographe. Avant de s’énerver lorsque la défense insinue qu’il a profité du mécénat de Liliane Bettencourt, rencontrée en 1987 et dont il a reçu plusieurs centaines de millions d’euros : « J’avais de l’argent avant ! », s’écrie-t-il. « C’était de l’argent qu’il lui faisait plaisir de donner, ça lui procurait une grande joie ! ».
Quant aux facultés mentales de la milliardaire, aujourd’hui âgée de 92 ans et placée sous tutelle, il proteste : « Mme Bettencourt avait toute sa tête et n’était pas le personnage risible que l’on a montré. » Un reproche adressé à « la plaignante », ainsi qu’il désigne Françoise Bettencourt-Meyers, fille unique de l’héritière du groupe de cosmétiques L’Oréal, qui a déclenché l’affaire en portant plainte contre lui fin 2007 et qui est partie civile au procès.

« Possesseur/possédé »
 
L’artiste dément aussi avoir été « omniprésent » auprès de la milliardaire, comme l’ont affirmé plusieurs employés de Liliane Bettencourt pendant l’instruction : « Ils se sont autant insinués dans ma vie que moi dans la leur ! », dit-il à propos du couple Bettencourt.
Deux de ses amis ont évoqué une personnalité « séduisante » et « aimant les autres » : l’homme de théâtre Jean-Michel Ribes et Corinne Paradis, mère de Vanessa Paradis. François-Marie Banier est le parrain de Lily Rose, fille de la chanteuse et de l’acteur américain Johnny Depp.
Mais le portrait de l’artiste surdoué et excentrique a pris une autre tonalité lorsque le tribunal a cité des témoignages d’ex-employés du photographe : « Il me considérait comme sa chose, me demandait de le regarder travailler pendant des heures, c’était un rapport possesseur-possédé », raconte un ex-cuisinier. « Il me disait ‘tu es vieille, tu es moche’, il aimait humilier », affirme une autre. 
« Mensonges absolus, calomnies ! », éclate le photographe, multipliant les références littéraires pour fustiger ces « gens de maisons » qui « inventent des histoires totalement pathétiques » pour se « venger » de la réussite des autres. 
Et lorsque le président s’étonne de la teneur de certaines pages des carnets où l’artiste s’inquiète du paiement par la milliardaire de droits liés à des donations – « J’ai 56 ans, je ne vais pas attendre 81 ans pour toucher les sous (…) elle (Liliane Bettencourt)  manque de classe, elle ne veut pas un reçu ? » – François-Marie Banier invoque la « liberté de l’artiste ». « Ce sont des propos grotesques, j’ai le droit de l’être », lance-t-il.
Interrogé sur ses relations avec Liliane Bettencourt, le compagnon de François-Marie Banier, Martin d’Orgeval, 41 ans, dément avoir été utilisé par ce dernier pour la « charmer » : « Pour moi, elle n’était pas une milliardaire, ce mot m’écorche, mais une femme que j’aime énormément. »
Le tribunal doit juger sur cinq semaines dix hommes, dont le député UMP et ex-ministre Eric Woerth, soupçonnés d’avoir profité entre 2006 et 2011 de la vulnérabilité de la milliardaire, pour des dons, donations ou legs portant au total sur des centaines de millions d’euros. 
L’audience de jeudi sera marquée par l’examen de personnalité d’Eric Woerth et de Patrice de Maistre, l’ex-gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt.

AFP

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