Procès Bettencourt : la fille de la milliardaire accable « l’escroc » Banier

    vendredi 30 janvier 2015

    Françoise Bettencourt-Meyers, la fille de la multimilliardaire héritière de L’Oréal, a dressé vendredi un impitoyable portrait de François-Marie Banier, ancien confident de sa mère poursuivi à Bordeaux pour abus de faiblesse, un « escroc » qui « brisa une famille pour y régner ».
    Le tribunal correctionnel de Bordeaux, clôturant une première semaine d’examen des personnalités, a aussi entendu les petits-fils de Liliane, Jean-Victor et Nicolas, décrire, dignement mais sans fard, une grand-mère « fragile », qui « déraillait » depuis 2006, point de départ des présumés abus de faiblesse, blanchiment ou recel pour lesquels dix hommes sont jugés. « C’est une très longue histoire. Une histoire totalement invraisemblable », a lancé d’emblée Françoise Bettencourt, 61 ans, partie civile au procès dont M. Banier est l’un des principaux prévenus, notamment pour des dons, donations, libéralités et contrat d’assurance-vie dépassant 400 millions d’euros.
    Son père -André Bettencourt, ministre sous Pompidou- l’avait prévenue peu avant de mourir en 2007, dit-elle: « Banier est un escroc, un jour il y aura un procès. Nous y voilà. » Françoise Bettencourt, vêtue de noir, a brossé deux heures et demie durant, d’une voix monocorde où la rancœur se mêlait à la tristesse, un tableau assassin de celui qu’elle accuse d’avoir éloigné sa mère d’elle pour mieux profiter de sa fortune.
    Liliane Bettencourt, 92 ans, très affaiblie psychiquement et sous tutelle, est la grande absente du procès. « Elle souffre de sa pathologie sévère, mais elle est sereine », a précisé sa fille vendredi.
     
    « Son besoin de tout savoir »
     
    « Était-elle sous emprise, sous influence, embobinée, ou les trois à la fois ? » s’est interrogée Françoise, décrivant « la présence montée crescendo », à partir de 1993, de l’artiste dans la maison Bettencourt. Et si elle confirme les « relations amicales » qu’il entretenait au début avec sa mère, elle souligne ensuite « son besoin de tout savoir et tout gérer » des affaires de la vieille dame.
    Relancée par le président Denis Roucou, Françoise a égrené les jalons de cette dérive : lorsque sa mère lui fit savoir qu’elle ne voulait plus la voir en 2006 ; lorsqu’un « mandat de protection future » (contrat choisissant la personne qui s’occupera des affaires de Liliane une fois que son état ne le lui permettra plus) est établi, mandatant le médecin Gilles Brücker, dès 2007, sans qu’elle ne soit consultée ou informée. « La devise » de Banier, « ce n’était pas diviser pour régner, mais briser pour régner, briser toute une famille ! Une destruction programmée », a dit Françoise Bettencourt, qui explique avoir porté plainte en décembre 2007, après la mort de son père, pour « protéger » sa mère.
     
    « Elle déraillait, crescendo »
     
    Interrogée sur des sommes (plus de 700.000 euros entre indemnités et prêt) versées à l’ex-comptable de Liliane, Claire Thibout, un témoin clef à charge, Françoise Bettencourt a expliqué avoir honoré une demande de son père, qui pressentait le licenciement de l’employée, puis l’avoir aidée dans des difficultés passagères.  
    Mais elle a nié avoir « donné un centime à qui que ce soit » pour obtenir des informations sur ce qui se passait chez sa mère. Même si, c’est vrai, « il y avait deux clans ». Et même « si certaines personnes venaient m’expliquer comment (ma mère) était ».
    Jeudi, une ex-secrétaire du gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, lui aussi prévenu, l’avait accusée d’avoir acheté des informations venant de la maison de Liliane contre « monnaie sonnante et trébuchante ».
    Le degré de vulnérabilité ou de lucidité de Liliane Bettencourt au moment des dons ou actes controversés sera au cœur de la deuxième semaine de procès. Mais dès vendredi, ses petits-fils ont évoqué une grand-mère qui « n’était plus la même » depuis une chute en Espagne en 2006. « On peut dire qu’elle déraillait. Dès septembre 2006, c’est très clair, et après ça a été crescendo jusqu’à maintenant », a ajouté Jean-Victor Meyers, 28 ans. Il se rappelle de « plages de lucidité » chez la vieille dame, mais s’interroge sur la possibilité d’être assez lucide pour signer le matin des « actes compliqués » et l’après-midi « ne plus savoir si on est chez soi ou que son mari est décédé… »
     
    AFP

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