Habillage fond de site

Procès d’Air Moorea (Jour 5) : les dernières secondes du vol

lundi 15 octobre 2018

FC 2 air moorea jour 5

L’intonation du juron du pilote puis son silence laissent place aux interprétations.

Son écoute avait été décalée à deux reprises en raison des retards pris depuis le début de l’audience. Vendredi dernier, le tribunal a finalement entendu le CVR (l’enregistrement sonore à bord du cockpit), le jour du crash du vol Air Moorea. L’une des pièces clefs de cette affaire alors que le tribunal a commencé à effectuer le tour des hypothèses des causes ayant mené au drame.

Les pistes criminelles, elles, ont en tout cas été écartées. Les nombreux témoignages des personnes ayant assisté à l’accident a permis de lever tout de suite l’idée d’un tir de missile par un éventuel terroriste. Il en est de même pour l’intervention d’une personnes étrangère dans la cabine de pilotage, le CVR ne faisant pas entendre de bruit d’un lutte dans le cockpit.

« Il est difficile d’entendre certaines choses, mais il est important que tout puisse être dit », prévient vendredi le président du tribunal pour préserver les parties civiles avant d’évoquer la thèse criminelle du pilote comme cela était arriver sur le vol germanwings du 24 mars 2013. De possibles difficultés psychologiques ont pu être mises en avant durant l’enquête, peut-être en raison de pressions exercées pour des raisons économiques sur les pilotes. Certains témoins ont fait état d’un pilote dépressif. L’après-crash laisse aussi la place au fantasme. Un agent commercial qui prend souvent l’avion aurait ainsi remarqué chez le pilote un comportement inhabituel et même d’expliquer qu’il n’avait pas crashé l’avion sur le vol précédent « parce qu’il y avait trop d’enfants ». Des déclarations que l’intéressé regrettera finalement, expliquant les avoir prononcé « sous le coup de l’émotion ». L’alliance du pilote, retrouvée quelques jours après, dans le vestiaire du pilote, a également posé une question à laquelle le tribunal devrait répondre dans les prochains jours.
La question d’une défaillance humaine et notamment dune mauvaise répartition des passages ou des bagages et un défaut de centrage des masses a également été étudiée. Il apparaît que le poids embarqué était bien inférieur aux capacités de l’appareil.

Le tribunal se consacre ensuite à la cause médicale. Après l’émouvante écoute du CVR (voir encadré), le Docteur Beaumont livre les résultats de l’autopsie pratiquée sur le pilote retrouvé avec les habits déchirés et la ceinture ouverte. Les très nombreux traumatismes liés au une décélération brutale ne laissent pas de doute sur les raisons de la mort. Un décès avant que l’avion percute la surface de l’eau est écarté. Pour le spécialiste, le cœur battait encore au moment où le pilote était dans l’eau, sans que cela prouve qu’il était encore conscient.

Seule deux hypothèses peuvent demeurer plausibles pour une éventuelle perte de conscience sans que celle-ci puisse être constatée par la médecine : une crise d’hypoglycémie ou un malaise vagal. Un créneau sur lequel insiste la défense en faisant citer deux cardiologues aux déclarations controversées.
Après une semaine de procès et, comme à l’issue de l’instruction, les raisons du crash demeurent encore à l’état d’hypothèses. « Le président du tribunal lui même n’a jamais parlé de certitudes quant à l’origine de l’accident, il parle d’hypothèses », confirme Me Quinquis. L’heure est désormais à la thèse privilégiée, celle de la rupture du câble avec l’examen des causes techniques qui occupera pendant plusieurs jours le tribunal.

Florent Collet

 

« Ah putain »

Silence monacal dans le prétoire. La diffusion du CVR vient de débuter. Dans la salle, chacun est à l’écoute des moindres détails. Le premier enregistrement est celui du micro fixé près de la bouche du pilote. Il permet d’entendre son souffle, sa voix et le bruit des moteurs. Tout est parfaitement normal, le pilote souhaite « bienvenue à bord, veuillez attachez vos ceintures ». Il obtient ensuite l’autorisation de décoller. L’avion monte durant 54 secondes, arrive à la bonne altitude pour 3 secondes avant que le pilote jure « Ah putain ! ». « On voit bien qu’il est tout-à-fait aux prises avec une difficulté extérieure à lui-même », analyse Me Bellecave pour la partie civile. « L’intonation de la voix laisse penser à une douleur », remarque pour sa part Me Quinquis pour la défense. Le juron lâché, le pilote ne se fait plus du tout entendre, laissant la voie libre aux interprérations. Le bruit de l’avion se modifie pour devenir de plus en plus aigu durant les 10 secondes que dure la chute, jusqu’au bruit violent, tel un claquement, de l’appareil qui s’écrase sur l’eau. Dans la salle, il est aussi tôt suivi de hoquets d’effroi, de pleurs retenus ou insurmontables. La salle est sous le choc. Le président suspend la séance, mais peu sont ceux qui quittent la salle, comme paralysés. Dans le box, les prévenus qui n’avaient jamais eu accès à l’enregistrement se réunissent aussi tôt autour de leurs avocats. « Il semblerait que ce que nous entendons après l’exclamation du pilote soit immédiatement une rupture du régime des moteurs et le bruit qui subsiste est simplement celui des hélices, mais cela demande à être confirmé. La transcription de l’enregistrement le dit également expressément », explique Me Quinquis, après la deuxième écoute. L’enregistrement du son d’ambiance où ne sont audibles que les bruits des moteur sera lui aussi diffusé deux fois, laissant à chaque fois la salle glacée par ces 10 secondes avant le crash.

 

Audience sous tension

Elle était déjà là lors des batailles procédurales précédant le procès. La tension qui règne entre les parties civiles et la défense a grimpé d’un cran lors de l’audience de vendredi, donnant lieu à deux nouveaux incidents. Le premier a lieu après la lecture du rapport d’un cardiologue cité par la défense lorsque le parquet fait état d’un courrier du même spécialiste indiquant ne pas avoir la qualité d’expert et ne pas avoir eu connaissance des éléments du crash ni de la personne en question avant d’indiquer ne pas comprendre pourquoi il était cité dans cette affaire.

« Cette attestation est un faux », résume Me Rosenthal pour la défense. « Sans aller aussi loin, il y a un doute sur la sincérité de l’attestation. Soit cette personne perd la mémoire, soit il s’agit de quelqu’un d’autre. » Me Quinquis ne cache pas son agacement et intime à la partie adverse de porter plainte pour faux avant d’aller voir l’intéressé lors de la suspension d’audience « Il y a des mots que l’on doit maîtriser, ce n’est pas le cas depuis le début de cette audience. »
Deuxième épisode de tension, avec l’audition du docteur Fontan, cardiologue au CHPF, et créateur de la page Aviation geeks en Polynésie. Ce dernier est rapidement mis à mal par le tribunal lorsqu’il reconnaît baser ses dires sur ce qu’il a entendu depuis le début du procès auquel il n’aurait pas dû assister, comme la loi le prévoit. Le spécialiste se risque pourtant à interpréter le son du CVR et « la crispation très importante de sa voix ». Le juge lui demande de rester dans le cadre de sa spécialité et lui rappelle qu’il intervient dans un « cadre un peu ric-rac au niveau légal. »

Le spécialiste avoue avoir eu accès au rapport d’autopsie. Son blog lui a permis certaines proximités avec le personnel d’Air Tahiti pour l’obtenir et il finit par avouer que c’est Freddy Chanseau, le directeur d’Air Moorea à l’époque du crash qui lui a remis. Cris d’effroi dans la salle. Me Quinquis se lève. « Cette mise à mal me gêne quelque peu. On s’ingénie à fragiliser cette thèse parce que ce n’est pas la pensée unique. » Le procureur prend la parole et s’adresse au Dr Fontan. « Vous avez été manipulé. » La salle applaudit. Me Quinquis s’insurge. « Après être accusé d’usage de faux, c’est désormais la manipulation. Il semble que l’on perde ses nerfs de l’autre côté de la barre. »

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Retraites : Selon-vous, la réforme de la Protection sociale généralisée est-elle nécessaire, même si cela suppose des efforts de tous pour la survie du système ?

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete