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PROCÈS RADIO TEFANA – La question indépendantiste est-elle politique ?

jeudi 20 juin 2019

“Bien sûr que l’on fait passer un message politique”, a reconnu Oscar Temaru lors du deuxième jour du procès radio Tefana. (© Florent Collet)

“Bien sûr que l’on fait passer un message politique”, a reconnu Oscar Temaru lors du deuxième jour du procès radio Tefana. (© Florent Collet)

Après une journée de bataille juridique mardi pour tenter en vain de retarder le procès ou de l’enrichir par de nouveaux actes judiciaires, l’affaire dite radio Tefana est véritablement entrée dans le vif du sujet pour tenter de répondre à cette question : Oscar Temaru et les deux gestionnaires successifs de la radio, Vito Maamaatuaiahutapu et Heinui Le Caill, pour la période allant de 2009 à 2017 ont-ils commis une prise illégale d’intérêt en subventionnant radio Tefana avec de l’argent public, celui de la mairie de Faa’a au profit des intérêts du maire ?

Autrement dit radio Tefana a-t-elle servi d’outil de propagande pour les intérêts politique d’Oscar Temaru et de son parti, le Tavini huiraatira ?

Comme durant tout son interrogatoire, le leader indépendantiste a nié les faits qui lui étaient reprochés lorsqu’il s’est présenté à la barre après une matinée consacrée à la présentation des faits.

À la première question du juge au créateur de radio Tefana sur l’intérêt personnel, moral ou politique, Oscar le tribun se lance dans une longue remise dans le contexte. Le premier tir à Moruroa, ses premiers proches malades ou décédés, le complot de la DST à son encontre lors de son premier voyage à New York, son premier mandat de maire au moment où le cyclone Veena avait ravagé la commune, des pressions du haut-commissaire pour qu’il abandonne son combat politique ou l’impossibilité de ses administrés d’être aidés par les autorités du Pays “sans montrer patte blanche ou plutôt orange, ou s’ils n’étaient pas copains/ coquins”.

Pour Oscar Temaru, Faa’a s’apparentait à cette époque à “la bande de Gaza” dont l’Uranie et Punaauia étaient les frontières avec Tahiti. “Comment communiquer à la population les dangers de la radioactivité ?” Radio Tefana avait ainsi pour objectif “la santé de nos populations. Les médias avaient tous le même objectif que le haussaire, parler de souveraineté était le seul média d’opposition”.

 

Où est le message politique ?

 

Reste qu’aujourd’hui, Oscar Temaru réfute toute idée d’un outil de propagande en débit de déclarations de certains de ses employés durant l’enquête. “Je suis militant avant d’être journaliste”, assume l’un, “la radio n’a pas seulement pour l’intérêt politique mais aussi pour celui de la commune”.

Selon le maire de Faa’a, seul 5 % du temps d’antenne est consacré à la politique en se conformant au temps de parole édicté par le CSA et en laissant la parole aux autres partis, les 95 % restant étant consacrés à l’actualité de la commune, des associations, des confessions religieuses.

Lorsque le juge l’interroge sur les déclarations des anciens employés mettant en doute la neutralité à l’antenne, Oscar Temaru n’hésite pas : “Si tout le monde écoutait Radio Tefana, ce pays serait indépendant”.

Les avocats de la défense se regardent d’un air gêné et un assesseur rebondit. “Pourquoi le Pays deviendrait indépendant alors que vous parlez à 95 % de sport ou de la vie associative ?” “Car c’est la seule radio qui dit la vérité”, répond le prévenu.

Sur les questions de financement ou du personnel détaché de la mairie mais identifié comme des ouvriers spécialisés appartenant au service voirie, Oscar Temaru répond aux juges. “Nous avons les mêmes soucis que vous, les deniers publics, nous avons respecté toutes les recommandations de la chambre des comptes, mais la modification du personnel est lente à mettre en place.”

Les juges rappellent qu’il n’est pas interdit d’avoir une radio avec une ligne éditoriale marquée mais qu’elle ne doit pas profiter de l’argent public, le parti aurait pu avoir sa propre radio si elle trouvait des recettes. “C’est très dur de trouver des sponsors pour une radio indépendantiste”, répond Oscar Temaru. Nouveaux regards gênés sur les bancs de la défense.

“C’est une radio communale ou indépendantiste ?”, rebondit le juge. “Bien sûr que l’on fait passer un message politique”, reconnaît le leader bleu ciel.

Un peu plus tard, il aura l’occasion de répondre à deux questions d’un avocat pour clarifier : “Non, être antinucléaire n’est pas illégal. Il n’y a rien de plus légal. Non, ce n’est pas illégal d’être pour la souveraineté, c’est inscrit dans la Constitution, dans la charte des droits de l’homme et dans la charte des Nations unies”.

Promouvoir l’indépendance et dénoncer le nucléaire est- il un message politique ? C’est le nouveau cœur du débat sur lequel vont s’étendre les avocats lors d’un procès qui, au final, pourrait durer un ou deux jours de plus que prévu.

 

Compte rendu d’audience F.C.

 

 

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