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Production, diffusion, formation : les doléances de l’audiovisuel ultramarin

mercredi 7 décembre 2016

audiovisuelle

Ces représentants de l’audiovisuel guyanais, guadeloupéen, martiniquais, réunionnais, calédonien et polynésien se retrouveront jusqu’à vendredi pour dégager des doléances communes à adresser à Paris. (© Marie Guitton)

 

 

Les premiers états généraux de l’audiovisuel ultramarin se sont ouverts, hier, à Papeete. Martinique, Guadeloupe, La Réunion… Si la filière n’en est pas partout au même stade de développement, les difficultés rencontrées sont globalement les mêmes. Accès aux financements, absence de dépôts de matériel ou de bureaux d’accueil des tournages extérieurs, besoin de formation, étroitesse de la diffusion : des doléances communes seront portées à Paris dans les prochains mois.

 

 

Des filières jeunes, aux forts potentiels, mais embourbées à différents stades de développement… Réunis au fenua, des professionnels de Guyane, Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Nouvelle-Calédonie et Polynésie française ont présenté, hier, l’état de leur secteur audiovisuel respectif.

Ces bilans doivent maintenant être rapprochés afin que la voix des outre-mer soit portée à l’unisson jusqu’aux décideurs parisiens : c’est tout l’objet des premiers états généraux de l’audiovisuel ultramarin, qui se tiennent jusqu’à vendredi à Papeete.

Les filières audiovisuelles ultramarines partagent la même histoire, et donc globalement les mêmes difficultés. Jusqu’aux années 2000, elles se limitent aux clips institutionnels ou publicitaires. En 2002, le fonds d’aide aux tournages en outre-mer ouvre la voie à de nouvelles productions. Apparaissent timidement les premiers documentaires et des mini-fictions. Aujourd’hui, l’appétit ne cesse de croître, mais les équipements sont encore trop légers et les possibilités de diffusion trop limitées. Ça coince parfois encore au stade de la production, “l’isolement compliquant la recherche de financements”.

Par exemple, alors que des territoires, comme la Polynésie française en 2013, ont signé une convention avec le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), ce qui les rend éligibles à ses aides, les professionnels martiniquais en sont privés. “Et puis les productions qui viennent de métropole arrivent le plus souvent avec leurs techniciens et ne veulent pas embaucher les nôtres, estimant qu’ils manquent de formation”‘, a aussi remarqué hier leur porte-parole.

“Les compétences ultramarines” ne demanderaient “qu’à s’exprimer” : tous les outre-mer réclament aujourd’hui plus d’aides à la production et une meilleure offre de formation, initiale mais aussi “plus pointue, de professionnalisation”.

 

France Télévisions appelé à faire un effort

 

Bien sûr, des exemples de réussite existent déjà. La Réunion est citée comme “l’élève modèle de la classe” et la Guadeloupe, avec ses 93 sociétés de production, cinq chaînes de diffusion et six festivals, n’a pas à rougir de sa série locale La Baie des flamboyants, 300 épisodes au compteur.

Côté polynésien, en 2016, le Pays a soutenu 31 projets pour 90 millions de francs, dont la série Al Dorsey qui sera présentée au prochain Festival international du film documentaire océanien. “Des subventions de fonctionnement sont également attribuées à TNTV et servent, pour partie, à l’achat de productions locales”, a rappelé hier Édouard Fritch. “Mais trop souvent, nos productions locales peinent à trouver des marchés en dehors de leur lieu de production.”

C’est la troisième grande revendication : pour faire vivre leurs fictions, les outre-mer souhaiteraient voir bien plus souvent leurs œuvres sur les chaînes nationales. Or “la vision audiovisuelle est quand même très parisienne dans notre pays”, a remarqué hier le haut-commissaire, René Bidal, en exhortant notamment France Télévisions, financé par de l’argent public, à faire “un effort supplémentaire”.

“Alors qu’on parle aujourd’hui d’égalité réelle outre-mer, la filière audiovisuelle est un cas d’école d’inégalité”, a quant à elle affirmé Christine Tisseau-Giraudel, présidente du Syndicat de la production audiovisuelle en Polynésie française. “Si tous les accompagnements métropolitains étaient applicables en outre-mer, on pourrait peut-être tout simplement travailler comme tout le monde…”

Les doléances seront affinées cette semaine, avant leur restitution au mois de mars prochain au ministère de la Culture, à Paris. D’ores et déjà, la députée Maina Sage (lire ci-dessous) promet de les porter aux oreilles des décideurs nationaux.

 

Marie Guitton

 

Hervé Boitelle; créateur de Bleu lagon productions et vice-président du Syndicat de la production audiovisuelle en Polynésie française : “Aujourd’hui, on a des gens de talent”

hervé boitelle

(© Marie Guitton)

“La filière polynésienne a bien évolué depuis qu’elle s’est regroupée. Le point de départ a été le premier Fifo, il y a presque quatorze ans. On a obtenu en 2007 la mise en place d’un fonds d’aide local, préalable à l’accès au fonds d’aide du CNC.
Aujourd’hui, on a des gens de talent.

Pour la première fois cette année, on a produit ici une série fiction télévisée de six fois 52 minutes : Al Dorsey, avec une grosse implication locale. On a fait appel à plus de 25 techniciens polynésiens, pour seulement huit métropolitains. Pour les rôles, c’est pareil : les deux rôles principaux venaient de métropole, tout le reste a été joué par des locaux.

[…] Mais on a besoin de plus de soutien. À l’échelle locale, on sait que TNTV, qui n’a pas une enveloppe extensible, fait son maximum. Par contre, on attend réellement plus de soutien du groupe public national France Télévisions envers ses propres chaînes de l’outre-mer, dont Polynésie 1ère.”

 

 

Maina Sage, députée : “Ce sera à nous, parlementaires, de relayer ce message”

maina sage

(© Marie Guitton)

“Aujourd’hui, les professionnels de l’audiovisuel de l’ensemble des territoires ultramarins se réunissent pour peser plus fortement sur les décisions nationales, et ce sera à nous, parlementaires, de relayer ce message, voire de porter des amendements. Il y a des améliorations à porter, notamment au niveau législatif, pour une meilleure reconnaissance de l’audiovisuel ultramarin, un soutien financier, un soutien à la formation, et surtout un soutien à la production sur nos territoires.

Au niveau polynésien, je crois que la volonté des chaînes, qu’elles soient publique ou privée, est bien de diffuser de la production locale. Mais il faut des moyens et il faut maintenir l’audience. Au niveau national, par contre, je pense que l’outre-mer est en deçà, or c’est aussi le rôle du bouquet public de valoriser ce qui s’y fait. Ça fait déjà deux ans qu’on essaye de travailler avec France Télévisions pour donner une plus grande visibilité aux productions locales : ce n’est pas évident.”

 

 

Daphné Bruneau, chef du service de l’action territoriale du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) : “Les élus ont aujourd’hui un vrai rôle”

daphné bruneau

(© Marie Guitton)

“Le CNC est dans une politique d’accompagnement des collectivités territoriales, puisque ce sont elles qui connaissent les besoins de leurs territoires. Donc si vous n’avez pas de trio producteurs-distributeurs-politiques, c’est compliqué de structurer une filière.
Les élus ont aujourd’hui un vrai rôle, d’autant plus que c’est une filière qui a des impacts en termes social, économique et culturel.

Pour 1 euro investi par le CNC ou les collectivités locales, il y a 7,62 euros de retombées, dont 1 euro de retombées touristiques. Ça montre que la production audiovisuelle a un impact au-delà de son secteur premier, elle permet de faire connaître, de donner envie.

Donc elle a besoin d’être soutenue par les pouvoirs publics. Nous, au CNC, ce qu’on défend, c’est toujours un développement global, autant de la production que de la diffusion, l’éducation à l’image, l’exploitation… Parce que si vous ne mettez pas tous les chaînons, c’est assez bancal.”

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