Projet aquacole à Hao : un petit pas vers la concrétisation ?

    lundi 9 novembre 2015

    Une délégation d’une trentaine de personnes comprenant Édouard Fritch, le président du Pays, et Wang Shen, le président de Tian Rui Investment, s’est rendue hier à Hao pour faire un point avec les élus municipaux. La durée des travaux de construction de la ferme aquacole a été revue à la baisse. En passant de 36 à 24 mois l’entreprise devra augmenter la main-d’œuvre et prévoir environ 600 ouvriersau lieu de 350.

    Sur l’île de Hao, rien hormis une pierre siglée des mots Tahiti Nui Ocean Foods ne laisse deviner ce qui se trame.
    Cette stèle est le seul signe concret que les habitants ont de ce projet, attendu avec un mélange d’appréhension et d’impatience.
    Le maire de Hao compte sur la ferme aquacole de Tian Rui Investment, représentée par son président Wang Shen, pour redynamiser la vie de l’île qui garde encore des stigmates des essais nucléaires de l‘armée française.
    Hier, le président du Pays, Édouard Fritch, et le P-DG Wang Shen se sont rendus à Hao accompagnés d’une délégation d’une trentaine de personnes.
    Le but de cette visite était d’établir le dialogue avec les conseillers municipaux et de faire un état des lieux des avancements des travaux de la nouvelle route. Si la ferme aquacole Tahiti Nui Ocean Foods du groupe chinois Tian Rui Investment est accueillie avec bonheur par la plupart des élus, des voix discordantes se font entendre, notamment au sujet de l’environnement, elles n’étaient pas présentes hier.

    L’emploi et l’environnement

    La population locale est inquiète notamment à propos de deux sujets : l’emploi local et l’environnement. Le maire Théodore Tuahine a insisté à de nombreuses reprises sur l’emploi des jeunes de Hao, indiquant : “Hao comprend aujourd’hui 60 bacheliers dont 30 sont sans emplois, nous voulons nous assurer qu’ils bénéficieront d’une opportunité et que vous leur laisserez une chance.”
    Wang Shen et le président du Pays ont voulu tous les deux rassurer le conseil municipal en précisant que l’emploi local serait une priorité. Cependant, Wang Shen a précisé qu’il cherchait à employer des jeunes qualifiés. Or, aux Tuamotu, la plupart des jeunes s’arrêtent au bac, fait que n’a pas manqué de rappeler le maire de Hao.
    Par ailleurs, le président du Pays a précisé : “Nous devons préparer nos jeunes, leur apprendre à travailler, leur apprendre à respecter des horaires, être assidus.”
    L’autre sujet d’inquiétude des habitants est le respect de l’environnement, considérant avoir déjà suffisamment souffert et hérité d’une mauvaise réputation, le sujet leur tient particulièrement à cœur.
    La question des farines animales a été abordée, ainsi que celle des déchets rejetés dans le lagon. L’entreprise s’est défendue, indiquant que l’aquaculture n’est pas une pratique nouvelle et que partout ailleurs où ils sont implantés, ils n’auraient pas reçu de plaintes. Par ailleurs, Wang Shen a certifié vouloir suivre les lois du Pays et faire les choses correctement en respectant le cahier des charges convenu. “Nous voulons que les choses avancent vite, mais en conformité avec la réglementation locale. Nous allons implanter des luminaires solaires le long de la route par exemple.”
    La ferme aquacole a présenté dans ses plans, la construction de 56 bassins contenant au total 110 000 m3 d’eau à renouveler régulièrement.
    Face à l’inquiétude des conseillers municipaux, Édouard Fritch a tenu à préciser : “On ne vide que l’eau de surface à la mer, on ne vide pas tout le bassin. La saumure reste au fond des bassins.”
    Si la société chinoise s’est engagée auprès du président du Pays à utiliser les moyens locaux, son président Wang Shen a fait savoir qu’ils devraient quand même importer des matériaux et faire appels à des services étrangers.
    Ce à quoi le président n’a pas manqué de réagir.“Il faudra que l’on examine le planning d’exécution avec M. Wang Shen, mais c’est vrai qu’aujourd’hui on estime à 250 000 300 000 tonnes de matériels à bouger en Tahiti et Hao, les sociétés de transporteurs locaux ne pourront répondre qu’à 30 ou 40 % des besoins de la société. C’est pourquoi ils envisagent de faire venir un transporteur affrété par la société. Mais il a fait savoir qu’il utilisera avant tout les transporteurs locaux.”
    Enfin Wang Shen a indiqué espérer pouvoir commencer les travaux début janvier. “Le dossier a été déposé courant octobre. Nous espérons pouvoir entamer les travaux d’ici trois mois.”

    M-C.C.

    Un doublement de la population en quelques mois

    Le projet d’aquaculture pose plusieurs problématiques pour l’île de Hao, dont celles de la santé et de la sécurité. Certaines études prévoient un triplement de la population en l’espace de quelques mois. En effet, le Pays prévoit un certain nombre de travaux qui nécessiteront l’apport de main-d’œuvre, par ailleurs l’entreprise aura elle aussi des besoins de main-d’œuvre à deux niveaux : pour la construction des infrastructures, puis pour l’exploitation du site d’aquaculture.
    Ainsi rien que pour la construction, l’entreprise Tian Rui Investment estime un besoin de recrutement d’environ 500 personnes. Si l’on ajoute à cela, les ouvriers dont le Pays aura besoin pour la construction de la route et des diverses infrastructures qu’il a promis à l’entrepreneur chinois, on peut monter facilement à environ 1 000 nouveaux habitants sur le fenua, d’autant que nombreux seront les travailleurs qui viendront accompagnés de leur famille. Cela représente presque un doublement de la population, donc une hausse conséquente des besoins de soins et de police.
    Une source proche du dossier indique : “Il ne faut pas oublier que l’arrivée de ces travailleurs risque de provoquer des tensions entre les locaux et les nouveaux arrivants. Les problèmes d’alcool, de consommation de stupéfiants et la rivalité traditionnelle entre les Marquisiens, les Tahitiens et les Paumotu, ne vont pas faciliter les choses.”
    Ainsi, l’île d’avoir besoin de plus de personnel soignant, mais également d’une présence renforcée des forces de l’ordre, dans ce cas, la gendarmerie.

     

    Théodore Tuahine Maire de Hao : “C’est difficile, mais on se prépare doucement”

    Quelles retombées économiques attendez-vous de la ferme aquacole ?
    La première chose que nous attendons au niveau des retombées économiques se situe surtout au niveau de l’emploi. Nous sommes économiquement en difficulté, les gens désertent un peu Hao, donc l’idée c’est de faire revenir tout le monde, parce qu’il y a beaucoup de gens de chez nous qui sont sur Papeete et qui essaient de se débrouiller. En termes économiques, nous attendons tout ce qu’il faut pour que Hao relève la tête.

    On parle d’une multiplication par trois de la population, comment vous préparez-vous à cela ?
    C’est ce que disent certaines études, mais on ne sait pas encore combien de personnes vont arriver. Nous essayons de nous préparer pour accueillir tout ce monde. Nous avons un projet de construction de logements avec le pays, avons recensé un peu tous les patentés qui ont des maisons de locations pour leur dire de se préparer. Au niveau des magasins, nous essayons de leur dire de s’agrandir un peu pour pouvoir répondre aux besoins de cette population qui arrive. C’est difficile, mais on se prépare doucement.

    Les gens de l’île pensent-ils déjà à l’après aquacole ?
    Nous avons cette expérience du CEP et avons appris de nos erreurs. Aujourd’hui, nous sommes bien préparés et nous discutons de l’après aquacole dès maintenant. Le projet est en train de se mettre en place, mais on ne sait pas encore sur combien de temps, donc l’idée c’est de se préparer pour après.

     

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