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Projet de pêche industrielle aux Marquises : Les habitants et les associations de défense de l’environnement montent au créneau

mercredi 31 mai 2017

marquises pêche industrielle thon

D’après les scientifiques, la population de thon obèse (principalement ciblée dans ce projet) a été réduite de 84 % dans le Pacifique Sud à cause de la surpêche. Dans ces conditions, la Fape se demande combien de temps dureront les emplois s’il n’y a plus guère de poissons. (Photo : M Edragas/LDT)


Le projet de pêche industrielle aux Marquises initié par la communauté de communes (Codim) continue à soulever inquiétude et interrogation. La pétition en ligne sur “change.org” a jusqu’à présent recueilli près de 2 500 signatures. Les associations de protection de l’environnement sont également mobilisées. Car au-delà de la possible création d’emplois grâce à cette pêche industrielle, l’inquiétude quant à la gestion et surtout, la pérennité de la ressource en thons obèses et autres espèces, est quasi générale.

“Marquesas fisherie project” (MFP) initié par la communauté de communes des Marquises (Codim), est un projet de développement de la pêche industrielle dans l’archipel. Il prévoit l’arrivée de douze thoniers de la société Big eye d’Eugène Degage dès le mois de septembre puis un total de quarante unités en fin d’année.

L’an prochain d’autres thoniers viendront encore s’ajouter à ce chiffre. L’objectif de ces bateaux est d’exporter vers les États-Unis et le Japon notamment 3 000 tonnes de poisson par an (principalement le thon obèse “big eye”) ce qui augmentera de 50 % la production de la pêche hauturière polynésienne. Deux bateaux usine, des salles de mareyage puis des dépôts d’hydrocarbures devraient prochainement être mis en place aux Marquises pour le traitement et l’exportation du poisson.

Les initiateurs du MFP et les investisseurs annoncent que 600 emplois directs seront créés grâce à ce projet.

Cependant, depuis son annonce dans les médias il y a deux mois, le projet suscite le mécontentement d’une grande partie des populations marquisiennes, pour qui de nombreuses questions restent en suspend.

En très peu de temps, la pétition sur Internet “change.org” a recueilli près de 2 500 signatures contre ce projet. À Nuku Hiva et Hiva Oa puis depuis cette semaine à Ua Pou, Tahuata, Fatu Hiva et Ua Huka, des pétitions sur papier circulent également. La population est bien décidée à se faire entendre et son principale argument est : la ressource.

Dans notre édition du 19 mai, page 30, Moehau Peterano de Hiva Oa, faisait ce constat : “On fait un pari sur le garde-manger de nos enfants. Les thoniers, ce n’est pas comme les bonitiers, quand ils lâchent leurs lignes sur des kilomètres, ils ravagent tout. L’argent prend le dessus comme toujours, alors quand on nous dit qu’on va gérer les ressources, que l’emploi sera pour les Marquisiens, je n’y crois pas.”

“Des emplois durables c’est du bla-bla”, précise Rarahu Lecouteux de Ua Pou. “Quand il n’y aura plus de thons, que feront-ils ? Pourquoi piller nos eaux pour nourrir d’autres pays ? Nous voulons des zones protégées et non des zones pillées. Ce projet est en totale contradiction avec la mission scientifique de 2012 “Pakaihi i te moana- respect de l’océan”. Cela m’attriste vraiment.”

“Ces thoniers vont tout ramasser, je ne suis pas d’accord”, explique Cécile Gendron de Nuku Hiva. “Je veux continuer à pêcher des ature (chinchard) avec mes petits enfants comme quand j’étais moi-même enfant.”

Quant aux associations de protection de l’environnement, elles ont aussi décidé de monter au créneau ces derniers jours afin de sensibiliser les autorités de l’archipel, mais aussi celles du Pays, face au danger de cette pêche intensive.

 

Le thon obèse victime de la surpêche

 

Malheureusement, sur les 40 pages du projet Marquesas fisherie project”, la Codim ne fait pas état de la ressource. Et c’est justement cet oubli qui, pour les habitants des Marquises et les intervenants de l’environnement, décrédibilise le projet.

En effet, d’après la FAO (Food & agriculture organisation des Nations unies), la population de thon obèse a été réduite de 84 % dans le Pacifique Sud à cause de la surpêche. Toujours d’après la FAO, les pratiques de pêche intensive nuisent à la croissance et à la reproduction des espèces, ce qui fragilise l’ensemble de la biodiversité des milieux marins.

La Fédération des associations de protection de l’environnement de Polynésie française (Fape) n’a pas caché son inquiétude face à cette négligence relative à la “non prise en compte” de la ressource. Elle indique : “Nous rappelons que le thon obèse est une espèce surexploitée dans le Pacifique et considérée comme menacée par les scientifiques et les experts de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), et que la commission thonière internationale WCPFC, qui régule la gestion durable des ressources dans le Pacifique sud et central, appelait récemment à une diminution de 36 % de l’effort de pêche de cette espèce pour retrouver un niveau de prélèvement durable du stock. »

 

La durabilité de la ressource et des emplois au cœur des interrogations

 

« Par ailleurs, l’ONU recommande d’interdire les subventions à la pêche qui contribuent à la surcapacité des flottes et à la surpêche. Bien entendu, nous pensons qu’il faut encourager la création d’emplois dans l’archipel des Marquises, cependant nous nous interrogeons sur la viabilité économique et écologique à long terme de ce projet de pêche très intensive et donc sur la durabilité de la ressource et des emplois qui seront créés.”

C’est en effet l’interrogation générale : comment créer de l’emploi avec une ressource en péril ?

La population marquisienne, à travers ses pétitions, suggère que la Codim travaille plutôt à développer l’agriculture (agrumes, miel et vanille), le tourisme, et l’artisanat d’art.

Quant à l’incompatibilité du MFP avec la préservation des océans, elle sera défendue par le président de la Fédération des associations de protection de l’environnement, Wikini Sage, lors de la conférence des Nations unies pour les océans qui se tiendra du 5 au 9 juin à New York.

Édouard Fritch, le président du Pays y sera également.

 

De notre correspondante Marie Edragas

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