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Le protocole d’accord entre le Pays et le Seasteading Institute dévoilé

jeudi 26 janvier 2017

seasteading

L’accord signé par le gouvernement concerne, à l’heure actuelle, un prototype d’île flottante de 7 500 m2, « soit la superficie d’un terrain de football », rappelle Marc Collins. L’île et une zone terrestre proche deviendraient une « zone économique spéciale » dont le statut précis reste à trouver. C’est l’enjeu principal. (© Dessin d’architecte : The Seasteading Institute)

 

Nous publions en exclusivité le « memorandum of understanding » signé par le Pays et le Seasteading Institute. Il pose les premières bases d’un projet qui devra, si les études sont convaincantes, faire l’objet d’un accord beaucoup plus élaboré par la suite. Son premier objectif, si l’on en juge par le nombre de mentions dans le texte, est la création d’une zone économique spéciale propice à l’investissement étranger. Le Seasteading Institute veut organiser cette année à Tahiti la première conférence internationale sur les îles flottantes.

 

Signé le 13 janvier, le protocole d’entente, ou « memorandum of understanding », entre le gouvernement polynésien et le Seasteading Institute a fait couler beaucoup d’encre. On a pu mesurer, notamment sur les réseaux sociaux, les réactions parfois hostiles à ce projet pas toujours très bien cerné.

Ce protocole, le voici, dans son intégralité. Marc Collins, qui porte désormais le titre d' »ambassadeur » du Seasteading Institute, nous a accordé un entretien exclusif.

« Nous sommes en accord avec le gouvernement sur une vision  », dit-il. « Il a fallu plusieurs mois d’échanges pour aligner nos vues. Cinq ministères ont été impliqués, chacun avec ses conseillers techniques et ses juristes. »

Pour mémoire, le coût des études à mener dans l’année est de l’ordre de 150 millions de francs et la construction ultérieure d’un prototype flottant de 7 500 m2 (la taille de la zone terrestre requise n’est pas encore définie) est estimée par le Seasteading Institute à 50 millions de dollars (5,59 milliards de francs). « Aujourd’hui, nous avons un contrat qui est non contraignant pour le Pays et pour lequel nous payons tout. »  

 

« Aucune ressource minière terrestre ou océanique »

 

En huit points préalables, le gouvernement polynésien affirme son intérêt pour le projet dans un contexte mondial de réchauffement climatique et sa volonté de développer l’économie bleue tout en limitant son impact environnemental.

Les signataires se sont mis d’accord pour « mettre en commun leurs efforts en vue de la réalisation d’un projet pilote d’îles flottantes en Polynésie française. L’élaboration de ce projet passe par diverses études abordant la faisabilité technique et juridique du projet (…) Les parties signataires comprennent qu’elles doivent agir dans le cadre d’une réglementation spéciale établie en vertu des lois et règlements de la Polynésie française. »

Le projet doit favoriser « le développement de nouvelles technologies dans la zone d’ancrage terrestre et dans la zone d’îles flottantes. Le projet d’îles flottantes respectera les normes environnementales définies par la Polynésie française. Il utilisera des énergies renouvelables. Il accueillera le développement de technologies innovantes pour la protection de l’environnement. Il ne s’intéressera à aucune ressource minière terrestre ou océanique. »

« Nous sommes une sorte d’incubateur pour des technologies qui n’existent pas encore », explique Marc Collins.  « Nous rassemblons énergie solaire, traitement des eaux usées et des déchets, etc., et nous mettons tout ça sur une infrastructure flottante. Personne n’a jamais fait ça, nulle part. L’autre aspect excitant, c’est la construction d’une communauté qui va vivre sur cette île. »

Le projet, précise l’accord, devra également « avoir un impact intéressant et significatif sur l’économie locale avec la mise en place de la zone économique spéciale qui facilitera la création et la gestion d’entreprises » et les signataires s’engagent à « collaborer à l’étude de cette réglementation spéciale ».

Du côté du Seasteading Institute, on s’engage donc à financer intégralement les études nécessaires, tout d’abord sur trois points : la recherche d’espaces maritimes propices, les études de faisabilité technique et les études de faisabilité juridique et fiscale « au regard de toutes les attentes du Seasteading Institute en ce qui concerne la création de zones économiques spéciales innovantes, en particulier sur les aspects économiques, de gouvernance, du droit du travail, des droits douaniers, des relations internationales, de pavillon et d’immatriculation, de permis d’entrée et de séjour, etc. » 

Toutes ces études seront communiquées au Pays. En contrepartie, la Polynésie française s’engage à apporter aux études les éléments dont elle dispose et à faciliter activement « toutes les démarches nécessaires auprès de l’État français ».

En clair, il s’agit de regrouper dans un seul cadre différentes mesures propices à l’investissement étranger, dont certaines ont déjà été mises en œuvre au compte-gouttes, par exemple à Hao.

Et maintenant ? Les signataires se donnent jusqu’à la fin de l’année pour « finaliser le cadre réglementaire spécial ». Enfin, l’article 7 stipule que « ce protocole d’entente n’établit aucune obligation légale entre les parties » et que chacune d’entre elles « peut résilier ce protocole à tout moment ».

Le Seasteading Institute veut maintenant convaincre de façon plus large. Pour ce faire, il prévoit d’organiser cette année, sur deux ou trois jours, la première conférence internationale sur les îles flottantes, annonce Marc Collins.

« Une centaine de participants, des experts dans plusieurs domaines, viendraient de l’étranger. Ce sera également une façon de partager avec la communauté locale. Nous voulons aussi provoquer des rencontres avec les gens et les institutions de Tahiti : nous avons le cluster maritime, l’IRD (Institut de recherche pour le développement, NDLR), l’Ifremer, etc. Sans compter que toutes ces technologies nécessaires à une île flottante sont applicables à une île non flottante ! C’est là que le pays est gagnant. »

 

C.P.

 

 

Marc Collins, ambassadeur du Seasteading Institute : « Créer un aimant pour les meilleurs et les plus intelligents »

marc collins

Quelle est la prochaine étape ?
Elle se décline en trois points. D’abord, une étude sur le cadre environnemental – ce n’est pas une étude d’impact, parce que l’emplacement n’est pas encore décidé.

Nous devrons expliquer, par exemple, le choix des matériaux : est-ce que ce sera en béton ? Peut-être. Avec un revêtement antifouling ? Bien sur que non. Le gouvernement veut savoir comment la plateforme sera ancrée. Il y a des méthodes d’ancrage qui ne détruisent pas le corail. Nous avons un an pour produire cette étude.

Le deuxième point, c’est une étude économique et sociale. On nous demande de prouver que ce projet a des bénéfices pour le pays et pas seulement pour l’institut. Un de nos économistes va travailler avec le gouvernement, qui va nous communiquer ses chiffres. Un exemple : Internet.

Aujourd’hui, le pays entier consomme 10 gb/s, alors que la capacité est de 640 gb/s. Que se passe-t-il le jour où arrive une société qui a de gros besoins – disons 30 gb/s ? La consommation totale du pays passe à 40 gb/s et le prix de gros d’Internet baisse de 72 %.

 

Et le troisième point ?
Nous travaillons avec le gouvernement à un cadre réglementaire. Nous souhaitons bénéficier des mêmes exemptions de taxes d’importation que le projet aquacole de Hao. Nous voulons des règles plus simples sur l’emploi, qui est une des compétences du Pays. Prenez le Paul Gauguin, qui est ici depuis 12 ans. Le navire a ses propres règles en matière d’emploi.

Nous voulons créer un aimant pour les meilleurs et les plus intelligents, pas seulement en « high tech » mais aussi en « blue tech ».

En revanche, l’immigration de ce type de profil, c’est du ressort de l’État français, et nous échangeons sur ce point avec les services du haut-commissariat.

La France vient de passer une nouvelle loi sur le « passeport talent » et le « French Tech Visa » (une carte de séjour de quatre ans accessible à certains profils, NDLR) et elle répond à la plupart de nos attentes. Il s’agit donc de créer ici une zone économique spéciale. Il y en a 4 000 dans le monde. Si vous allez aux îles Caïmans, vous vous connectez à Internet, vous créez une société…

 

Justement, pourquoi Seasteading ne va pas aux Caïmans ou dans l’une de ces 4 000 zones économiques ? Installer le projet à Tahiti représente énormément de travail juridique en amont…
Cela a à voir avec la vision de l’institut : un critère vital, après avoir exploré plusieurs options, c’est l’ouverture d’esprit, la transparence et l’absence de corruption.

Quoi que certains puissent penser, la Polynésie offre une combinaison de ces facteurs que l’institut n’a pas trouvée ailleurs. Nous avons des changements de gouvernement, mais ce ne sont pas des coups d’État militaires comme dans certaines îles.  Pour les Américains, la Polynésie et ses institutions sont stables.

La position géographique est également importante. Durant nos premiers échanges, ils voulaient des informations sur les tsunamis et les tempêtes tropicales.

Les Caraïbes, de ce point de vue, vous pouvez faire une croix dessus, ils sont durement touchés tous les deux ans ! Un autre élément important sur lequel j’ai attiré leur attention, c’est que nous sommes une culture maritime. Les Polynésiens savent vivre sur l’eau.

 

De quelle taille sera la zone terrestre dont vous aurez besoin ? Où sera-t-elle située ?
Nous n’avons pas de chiffres à donner à ce stade. Nous avons besoin d’une zone terrestre à proximité de la concession maritime parce que l’île flottante ne va pas se matérialiser du jour au lendemain.

Nous aurons besoin de la construire et nos partenaires techniques voudront commencer rapidement, avoir un endroit où tester leur travail, comme par exemple la société qui s’intéresse à l’énergie houlomotrice. Il nous faut une côte plus protégée, comme la côte ouest.

 

Vous penchez donc plutôt pour une implantation à Tahiti qu’à Raiatea ?
Rien n’est encore décidé, mais le coût est un facteur.

 

Si, à la fin de l’année, les deux parties décident de poursuivre le projet, que se passera-t-il ?
Il faudra que la nouvelle réglementation soit actée et c’est là que nous pourrons lever entre 30 et 50 millions de dollars. Personne ne va investir ce genre de sommes sur un simple protocole d’accord.

Le MOU (« memorandum of understanding », NDLR) nous permet de lever quelques millions, c’est vrai, pour faire les études et amener des gens, mais pas pour construire.

 

Si le projet continue, quel impact attendre à Tahiti en termes d’emploi ?
Il y aurait effectivement de l’emploi peu qualifié durant la phase de construction. Nous ne voulons pas avancer de chiffres tant que les études ne sont pas plus avancées. Mais il faut bien se rendre compte que la fuite des cerveaux est une réalité à Tahiti.

Il existe des Tahitiens avec de solides diplômes en sciences de l’environnement et dans des matières technologiques qui ne trouvent pas de travail ici. Je reçois déjà des CV !

Les jeunes comprennent immédiatement l’intérêt du concept et ils nous contactent en disant « Qu’est-ce que je peux faire ? » Dans un premier temps, ils pourront faire des stages avec nous. Mais je sais qu’éventuellement, nous embaucherons des Tahitiens hautement qualifiés.

 

Quels bénéfices pour la Polynésie française, alors ?
L’un des bénéfices du projet est la publicité pour la Polynésie française. Parce que le projet est si visionnaire, avant même d’avoir signé le protocole, l’intérêt régional et international était énorme. On m’a déjà demandé d’aller présenter le projet à Fidji.

Les Polynésiens de la région à qui j’ai parlé – des gens de Hawaii, de Fidji, des Samoa – m’ont tous dit : c’est ça dont nous avons besoin, non pas à cause des réfugiés climatiques, mais pour le concept d’infrastructures flottantes : 15 cm de plus du niveau de la mer et nos aéroports disparaissent !

C’est une très bonne opportunité pour nous tous, pour devenir des leaders régionaux.

 

Propos recueillis par C.P.

 

Le protocole d’entente entre le gouvernement polynésien et le Seasteading Institute dans son intégralité  : Memorandum of Understanding MOU French Polynesia The Seasteading Institute Jan 13 2017

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