PSG : “On n’est pas en train de refaire des négociations”

    mardi 14 février 2017

    Jacques Raynal et Bambridge

    Jacques Raynal, ministre des Solidarités et de la Santé, et sa directrice de cabinet, Maiana Bambridge, priorisent les dossiers
    en termes de santé. Au programme : un comité de pilotage pour réformer la protection sociale généralisée (PSG), la mise en place d’une maison médicale de garde à l’hôpital et la révision de la carte sanitaire. (© Jennifer Rofes)


    Jacques Raynal est le nouveau ministre des Solidarités et de la Santé, en charge de la réforme de la protection sociale généralisée, de la prévention et de la famille depuis le 13 janvier. Le ministre a une quinzaine de mois devant lui, avant les élections territoriales. Réforme de la PSG, pôle de santé unique privé, malbouffe et obésité, plan cancer,
    télémédecine… Quels vont être ses dossiers prioritaires ?

    Le temps qui vous est donné avant les élections territoriales est court. Est-il suffisant pour lancer des réformes en termes de santé ?
    Nous sommes en train de voir ce qui est nécessaire de lancer urgemment. Ces décisions sont éclairées par les différents services que nous côtoyons, comme la direction de la santé, l’hôpital et la direction des affaires sociales.

     

    Le 23 février, vous lancez un comité de pilotage concernant la réforme de la protection sociale généralisée (PSG), qu’en attendez-vous ?
    Réformer la PSG, on en parle depuis 2010, mais il n’y a toujours rien car ce n’est pas simple d’impacter tous les secteurs. Avec ce comité, on demande aux gens ce qu’ils en pensent et ce qu’ils proposeraient. Aujourd’hui, on veut que la société civile s’empare de ces mesures, certaines feront pleurer, d’autres feront plaisir. On n’est pas en train de refaire des négociations, on essaie de mettre tout le monde d’accord pour pouvoir enclencher les premières mesures sans que la population ne se sente mise devant le fait accompli.

     

    L’une des mesures fortes pour lutter contre l’obésité est d’augmenter la taxe sur les produits et boissons sucrées. Une mesure qui aurait dû être prise l’an dernier or, seule la taxe sur la publicité de ces produits est applicable depuis le 1er janvier 2017. En tant que ministre de la Santé, allez-vous vous saisir de ce dossier ?
    D’après ce que je crois savoir, cette mesure est simplement reportée pour examen plus attentif. Néanmoins en ce qui concerne l’obésité, sur le plan médical, il est certain que cela génère des prises en charge qui impactent très lourdement dans les finances de la CPS (caisse de prévoyance sociale, NDLR), ce qui nous oblige à nous emparer du problème.
    Taxer fortement les produits sucrés est une mesure coercitive qui a pour but de freiner l’accessibilité à certains produits dont on sait qu’ils vont faciliter l’entrée dans le surpoids. En tant que ministre de la Santé, je me dois de prendre des décisions dans ce sens. Cependant, penser que l’on va pouvoir réguler l’obésité et le diabète en prenant seulement ce type de mesure est une illusion. D’autres pistes comme inciter les gens à mieux manger et à bouger doivent l’accompagner.
    Et puis il faut penser à nos entreprises qui sont concernées par ces produits. On ne peut pas arriver avec un tank et les casser. Il faut leur laisser le temps de se transformer. Ce n’est pas si simple de diminuer le taux de sucre dans une boisson, encore faut-il qu’elle reste attirante, avec suffisamment de goût, pour que les gens continuent à l’acheter.

     

    Vous faites référence au pacte alimentaire, mais revenons à cette fameuse taxe. Des discussions en cours tendraient à l’abaisser pour les entreprises locales, mais à la maintenir pour les importateurs. Deux poids, deux mesures pour les mêmes produits, est-ce normal ?
    Ce n’est pas ma partie, je laisse ça au ministre des Finances de juger du montant des taxes.

     

    Mais pour que cela marche ne doit-on pas loger tout le monde à la même enseigne ?
    Bien évidemment, mais il ne peut pas y avoir que ça. Il faut inciter les entreprises à proposer des produits moins sucrés, mais tout aussi producteurs de revenus pour l’entreprise.

     

    L’hôpital est devenu l’établissement de premier recours. Résultat 40 % des soins pratiqués relèvent de la “bobologie” et non de vraies urgences, avez-vous des solutions à apporter ?
    En ce qui concerne l’engorgement du service des urgences, on est en train de régler ce problème par l’ouverture d’une maison médicale de garde à l’hôpital, en annexe du service des urgences avec une accessibilité horaire large et une prise en charge publique. Un médecin et une infirmière seront dédiés aux consultations qui ne sont pas, à proprement parlé, des urgences, mais qui sont vécues comme telles par les patients et qui sont surtout dues au fait que les dispensaires ferment à 15 h 30. L’organisation de ce service est en cours d’élaboration, nous travaillons en coordination avec l’hôpital. Les discussions sont très avancées, nous avons donc bon espoir que d’ici juin ou juillet, nous puissions ouvrir cette structure.

     

    En 2016, votre prédécesseur avait annoncé qu’il allait lancer l’appel à projets concernant le pôle de santé unique privé, mais à ce jour rien n’a été fait. Cela sera-t-il une de vos priorités ?
    Pour l’heure, ce n’est pas possible de faire un appel à projets dans la mesure où les conditions administratives de fonctionnement des établissements de soins, quels qu’ils soient, ne sont pas remplies à l’heure actuelle.
    Nous som-mes donc dans l’obligation, d’un point de vue administratif, et étant les garants de la légalité des opérations sanitaires dans le pays, de revoir un certain nombre de choses et notamment la carte sanitaire. Dès qu’elle sera revue, on pourra donner des dates pour lancer un appel à projets. Pour être clair, il y a eu une rupture dans un certain nombre de décisions administratives.

     

    C’est-à-dire ?
    Le paysage administratif actuel n’est pas compatible avec quelque chose qui serait nouveau. On ne peut pas faire du nouveau sur quelque chose qui n’existe pas. La réglementation est obsolète depuis plusieurs années. Nous travaillons donc dessus.
    En mai, après avoir reçu le bilan de l’existant de l’ensemble des établissements de santé, nous pourrons définir les besoins et savoir ce qu’il faut apporter en plus, par rapport à ce qui existe, et donc lancer des appels à projets.

     

    Cela fait bientôt quatre ans que vos prédécesseurs annoncent la mise en place d’un plan cancer en Polynésie. Aujourd’hui parle-t-on de réalité ou de fiction ?
    On m’a envoyé le dossier cette semaine. Je vais pousser pour que cela soit mis en route et que cela se fasse le plus tôt possible. Il y a 14 ans, avec Maiana Bambridge, nous avions lancé le service d’oncologie de l’hôpital. À l’époque, on avait fait venir un référent cancer qui s’appelait le docteur Geoffrey. Ce n’est donc pas d’aujourd’hui que l’on s’en préoccupe.

     

    Le schéma d’organisation sanitaire 2016-2021 prévoit le renforcement de la télémédecine dans les archipels éloignés. Est-ce un dossier qui peut avancer rapidement ?
    Il y a un texte qui va sortir qui va enfin positionner la télémédecine pour que ce soit une activité légale. Même si elle n’est pas tout à fait illégale aujourd’hui, il va permettre de mettre en place le cadrage.
    Il est tout à fait anormal, au XXIe siècle, que des personnes n’aient pas accès aux soins.

     

    Propos recueillis
    par Jennifer Rofes

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