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Punaruu : les déchets enfouis dans la vallée ramassés à l’embouchure

mardi 11 avril 2017

punaruu embouchure

C’est de leur propre initiative que les jeunes ont ramassé des tonnes de déchets sur plusieurs kilomètres de plage. (© Florent Collet)


Des jeunes du quartier de l’embouchure de la Punaruu, à Punaauia, ont effectué un nettoyage de leur plage durant les vacances scolaires. Ils se plaignent de voir des déchets venus de la vallée polluer le spot de surf à chaque grosse pluie. L’enfouissement sauvage est pointé du doigt par ces jeunes défenseurs de l’environnement.

Enfants du quartier et habitués du spot de surf, ils prennent souvent cinq minutes pour ramasser les déchets qui jonchent la plage à l’embouchure de la Punaruu, à Punaauia. Un tas de près de trois mètres cubes témoigne des moissons “fructueuses” réalisées sur le littoral.

“Celui-là est ici depuis plusieurs années”, précise un des jeunes du quartier ayant participé à un récent nettoyage intensif. À l’initiative d’un des leurs, ils sont en effet  une vingtaine à avoir profité des vacances scolaires pour passer trois journées entières à ramasser barres de fer, câbles et autres déchets imposants, rejetés lors des dernières périodes de fortes pluies.

“Les anciens du quartier ont toujours fait ce genre de nettoyage, nous faisons simplement la même chose qu’eux. Sauf que, dernièrement, un ami a lancé un événement à travers les réseaux sociaux”, explique Raimana Shreyer. “Nous faisons cela pour améliorer notre quotidien et celui de tous ceux qui viennent pêcher ou surfer ici. Nous le faisons sans aides du territoire. La brigade nature a déjà vu ces tas. Ils ont pris des notes, mais il n’y a aucun changement.”

Comme le constatent les jeunes du quartier, les déchets sont d’envergure. “C’est industriel, cela doit venir d’entreprises de la zone. Il faudrait mettre des amendes à tous, comme ça, ils se surveilleraient les uns les autres. Dans la zone, les entreprises brassent des millions et nous, on ramasse sans qu’on nous prête d’attention. L’oncle de l’un d’entre nous a appelés la mairie et, en gros, on lui a dit de se débrouiller.”

 

Une mission pour le service environnement

 

“Il ne faut pas dire que l’on n’aide pas, c’est faux, mais cela ne peut pas se faire en un claquement de doigts”, répond Anne-Lise Vii, responsable des services de proximité de la mairie de Punaauia.

“La brigade nature m’a fait un topo sur tous les tas. Nous avons donc dû trouver des accès à la plage des deux côtés de l’embouchure, pour pouvoir y amener un Case ou un container. Le service de l’environnement s’est rendu sur place. Il va falloir faire un premier tri du bois, des métaux et des déchets comme les canettes.”

Le service de l’environnement devrait donc s’atteler à cette tâche avant de débarrasser les tas.

“Il n’y a pas encore de calendrier pour le ramassage mais c’est dans les tuyaux”, assure cette responsable de la mairie.

Ensuite, grâce à une convention qui lie la commune avec Tahiti agrégats, les encombrants non recyclables seront envoyés sur le site de l’entreprise, à Paea. 

Mais les jeunes que nous avons contactés demeurent dubitatifs. “À la prochaine pluie, cela va être pareil. On sait comment cela se passe au fond, avec les dépotoirs sauvages. Nous n’avons pas confiance, c’est le même cinéma depuis des dizaines d’années. Il suffit d’une crue et c’est le bordel dans notre baie.”

Certains s’opposent même à l’enlèvement des monceaux de déchets.

“Ces tas, je préfère les voir devant chez moi. Au moins, je sais où ils sont, plutôt qu’ils soient emmenés je ne sais où dans la vallée”, explique John Tuaiva, président de l’association Te mata ara no te muriavai no Punaruu.

“J’ai pitié de ces jeunes. Je ne pense pas qu’ils ont été mis au monde pour nettoyer les saletés des autres. J’ai nettoyé cette plage, mais je n’en pouvais plus alors j’ai décidé de laisser faire les choses”, poursuit-il.

 

Trous monnayés

 

Depuis la fermeture du dépotoir l’an dernier, la mairie assure que “maintenant, il s’agit de dépôts sauvages d’administrés de la commune ou venus d’ailleurs qui profitent de la nuit ou du week-end pour venir déposer leurs saletés. Il y a effectivement un contrôle à faire, mais il faut pouvoir arrêter les gens en flagrant délit. La brigade nature a pour mission de faire de la prévention et de la sensibilisation, mais elle va travailler avec la police municipale qui peut désormais mettre des amendes pour les infractions environnementales. Maintenant, nous allons pouvoir passer à la répression, mais la commune est grande, les muto’i ne peuvent pas être partout, tout le temps.”

Coïncidence ? À peine entrés dans la Punaruu, nous surprenons une tractopelle vider des fûts vides et autres déchets métalliques sur un terrain en surplomb de la Punaruu.

Un employé qui travaille chaque jour en face de cette zone indique : “Ils creusent des trous et enterrent ce qu’ils ramènent à l’intérieur.”

Mise au courant, la mairie y envoie un policier municipal. De retour, il indique que la société a l’autorisation d’entreposer ce type de déchets.

Effectivement, l’installation classée dispose de cette autorisation d’entreposage mais pas d’enfouissement.

“Vous surveillerez bien cela dans les prochains jours”, demande Anne-Lise Vii à la brigade nature et à la police municipale.

“Les entreprises d’extraction monnayent leurs trous”, explique, furieux, John Tuaiva. “Cela fait des années et des années que cela dure. Des entreprises privées paient pour venir y mettre leurs déchets.”

À la direction de l’environnement, sous couvert d’anonymat, un agent dit “ne pas être étonné” par cette pratique mais souligne la difficulté de récolter des preuves.

Plusieurs procès-verbaux pour enfouissement sauvage ont ainsi été adressés au procureur et la justice est de plus en plus sensible à ce sujet.

À Moorea, une entreprise a été récemment condamnée à payer 4 milliards de francs, le prix de la réhabilitation d’un terrain où avait été enterré tout et n’importe quoi.

Reste que, même si l’enfouissement sauvage venait à cesser, la terre regorge de déchets enterrés à l’époque où cela n’était pas interdit.

Il suffit pour s’en convaincre de regarder la Punaruu. Certaines zones où les flots ont rongé le lit de la rivière laissent apparaître de multiples déchets prêts à être emportés.

“En 1999, plusieurs dépotoirs de la Punaruu ont été emportés, une entreprise d’extraction avait même récupéré les ferrailles de Moruruoa”, assure John Tuaiva.

Un passif connu de la nouvelle génération pleine de bonne volonté mais déjà désabusée. “Nous, c’est du court terme, nous nettoyons pour que notre plage soit propre, même si nous savons très bien que dans deux mois, voire demain, ce sera à nouveau sali. C’est triste à dire mais, en fait, notre spot de surf, c’est ça le dépotoir.” 

Florent Collet

 

 

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