Quand le germon est là, le prix du thon blanc est bas

    mercredi 17 juin 2015

    Sur les étals des marchés, la longe de thon blanc se vend aujourd’hui en moyenne à 650 F le kilo quand, en début d’année, elle se vendait 1 250 F. La demande n’a pas baissé, mais c’est l’offre sur le marché qui est plus importante. Les campagnes des thoniers, ces dernières semaines, sont en effet plus fructueuses.  Un changement qui correspond au passage des thons germons dans les eaux où vont les pêcheurs polynésiens. Cette année, ils semblent en avance sur leurs habitudes.

    Au gré de ses allers et venues dans nos eaux, le germon fait la pluie et le beau temps au port de pêche, aux roulottes et in fine dans nos estomacs. Quand il est là, poisson cru et sashimi fleurissent plus aisément sur les tables. Lorsqu’il repart vers Pitcairn ou la Nouvelle-Zélande, il mord moins aux hameçons de nos pêcheurs locaux et sa chair se fait plus chère.
    Manger carpaccio, tartare ou fafaru de thon blanc n’est alors plus à la portée de toutes les bourses. Le Thunnus alalunga ou a’ahi tari’a en reo Tahiti tient ainsi le premier rôle sur les étals de poissons polynésiens. Il représente à lui tout seul 60 % des prises des thoniers palangriers.

    Juillet-août, période d’abondance

    Et depuis quelques semaines, ces derniers reviennent au port les cales pleines de thons germons. “Les pêcheurs ont de bons rendements et ils jouent le jeu en vendant le poisson à bas prix, de façon à ce que la population en profite et que la consommation de poisson augmente”, confirme Yann Ching, directeur de Pacific Tuna, un groupe local qui est à la fois armateur et mareyeur. Selon ce dernier, l’augmentation des hameçonnages et la baisse du coût du thon blanc remontent à un mois.
    Un constat confirmé par Soukoune, l’une des vendeuses emblématiques de poisson du marché de Papeete. “Les clients ont remarqué que ce n’est pas cher, ils achètent plus.”
    Comme c’est la tradition au marché, la longe ne se vend pas au kilo, mais toujours pour 1 000 F le morceau. En quelques mois, ce dernier a ainsi quasiment doublé de volume pour le même prix.
    Les pêcheurs ont-ils utilisé de nouveaux appâts ou tenter de nouvelles techniques de pêche depuis le début de l’année quand le prix au kilo valait quasiment le double de ces dernières semaines.
    Pas du tout. “C’est simplement parce le poisson est là”, explique  Yann Ching. “C’est un poisson migratoire et c’est la saison.”
    Une information confirmée par les spécialistes. “Ce poisson a une migration à l’échelle de tout le bassin du Pacifique Sud. On connaît encore relativement peu ses déplacements, on ne sait pas par où il arrive dans notre zone, mais nous savons qu’il y passe puis y repasse”, détaille Cédric Ponsonnet, directeur adjoint de la direction des ressources marines.

    Une flottille à l’autonomie limitée

    Selon les observations, le thon germon serait ainsi dans la zone de pêche traditionnelle de la flottille polynésienne, à savoir le nord de l’archipel de la Société, et le nord-est des Tuamotu, en juin et juillet, puis en octobre-novembre, même si les rendements sont généralement plus faibles.
    Sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi, Soukoune est habituée à ces variations. “Chaque année, c’est la même chose. Des moments, ça monte, à d’autres, ça descend.”
    Si seul le germon est concerné par cette saisonnalité, la baisse de son prix tire l’ensemble des autres vers le bas. Pour rester concurrentiels, mahi mahi et thazards doivent ainsi être vendus à plus bas prix pour trouver preneur.
    Si ces variations sont donc bien connues, pour les armateurs, en revanche, c’est une surprise de retrouver les thons germons aussi tôt, eux qui n’arrivent habituellement qu’au moment du heiva. Une arrivée anticipée probablement liée aux conditions météorologiques.
    “Il y a actuellement un refroidissement des eaux, les vents de sud-est commencent à être plus marqués, donc les masses d’eau chaude ont tendance à se déplacer vers le nord-ouest. Nous avons constaté que le poisson est plus abondant lorsque l’on observe ces conditions”, explique ainsi Cédric Ponsonnet, pour qui le phénomène El Niño ne serait pas responsable de cette arrivée plus hâtive dans nos eaux. “Cela varie de quelques semaines. Les baleines aussi semblent arriver plus rapidement cette année.”
    Les consommateurs polynésiens sont donc appelés à profiter de cette période d’abondance avant de voir la ressource se raréfier. Il serait pourtant possible d’avoir du thon germon à bas prix toute l’année. La flotte de thoniers est en effet limitée en capacité de recherche car tous les bateaux ou presque ont comme port d’attache Papeete et disposent d’une autonomie limitée qui les empêchent de sortir de la zone économique exclusive.
    “C’est justement parce que les bateaux ne sont pas capables de sortir de la zone pour suivre le poisson que l’on a ce phénomène de période creuse et d’abondance”, analyse Cédric Ponsonnet. “En suivant la ressource, la flotte aurait le rendement qu’elle a actuellement toute l’année.”

    Florent Collet

     

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