Quatre ans ferme pour les agresseurs de papy Gilles

    vendredi 8 juillet 2016

    1

    “Pour 3 500 F, on aurait pu tuer. Cela ne peut plus continuer. Papeete, ville sûre ? On finit par en douter. En juin, déjà, deux jeunes ont agressé un papy qui circulait en chaise roulante. Cela fait beaucoup”, a déclaré Me Céran-Jérusalémy, ici aux côtés de son client, Gilles. (Photo : Jean-Baptiste Calvas)


    “Papeete, ville sûre ? On finit par en douter”

     

    “Il y a eu papy Fat, M. Ley, deux papys décédés.” Dans sa plaidoirie, hier après-midi, Me Céran-Jérusalémy, l’avocat du vieil homme molesté pour 3 500 F, dimanche dernier, non loin de la base marine à Papeete, a égrené les noms des matahiapo tombés, ces dernières années, sous les coups de leurs agresseurs.

    Des patronymes qui ont résonné dans la grande salle d’audience du tribunal correctionnel alors que dans le box des prévenus, Warren et Sandy, 26 et 27 ans, ne semblaient pas mesurer la gravité des faits qui leur étaient reprochés.

     

    Le premier, électricien à ses heures perdues, a reconnu avoir été celui qui a porté des coups au vieil homme, prénommé Gilles. Une agression “venue comme ça, à l’improviste”. S’il l’a bien cogné, a-t-il dit comme pour minimiser son geste, ce n’était pas pour le “mettre KO” mais pour qu’il  “lâche” les billets de banque qu’il tentait vainement de conserver dans sa main.

    “Mais je trouve que c’est pas bien quand même”, s’est-il empressé d’ajouter, sentant que ses déclarations agaçaient au plus haut point les magistrats. Et ce, d’autant que des témoins, notamment le ressortissant japonais ayant eu la présence d’esprit de prendre des clichés de la scène, ont décrit une agression bien plus violente.

    L’un des deux hommes n’a en effet pas hésité à “marcher sur le visage” du septuagénaire qui fait, à l’heure actuelle, l’objet d’un placement sous curatelle suite, déjà, à une agression lui ayant laissé de lourdes séquelles. Et les coups reçus dimanche dernier ont provoqué, outre d’importants hématomes, une déchirure de la paupière nécessitant une intervention chirurgicale.

    “Vous n’avez pas vraiment l’air désolé. Vous tenez un discours assez atterrant et pourtant, cela fait longtemps que je fais ce métier”, n’a pu s’empêcher de lâcher le président du tribunal suite à d’énièmes “regrets” formulés, sans réelle conviction, par les prévenus.

     

    Tous deux sont des habitués du palais de justice. Le plus jeune se trouvait sous surveillance électronique au moment de l’agression alors que le casier judiciaire du plus âgé porte mention de 14 condamnations, souvent pour des vols avec violences.

     

    “On exilait les gens comme eux”

     

    “Au début, ils ont nié les faits et, aujourd’hui, ils viennent dire : “désolé”. C’est une farce”, s’est de son côté agacé Me Céran-Jérusalémy.

     

    Et l’avocat de poursuivre, remonté : “Pour 3 500 F, on aurait pu tuer. Cela ne peut plus continuer. Papeete, ville sûre ? On finit par en douter. En juin, déjà, deux jeunes ont agressé un papy qui circulait en chaise roulante. Cela fait beaucoup.”

    Au vu du passif judiciaire des deux agresseurs, le conseil a estimé que la prison ne “suffisait plus” les concernant : “Il faut autre chose. Du temps de la reine Pomare, on exilait les gens comme eux.”

    L’avocate de Warren et Sandy, “désarmée”, a eu bien des difficultés à défendre ses deux clients. Me Ayoun a “essayé d’apporter un peu d’humanité au dossier” en évoquant l’enfance des prévenus, l’une marquée par l’abandon maternel, l’autre par des conflits familiaux.

    “Des jeunes comme ceux-là, on ne sait pas quoi en faire”, a-t-elle regretté. “Je suis triste de voir toute cette jeunesse qui passe devant votre juridiction, et pour laquelle on ne fait rien. Quand prendra-t-on des mesures pour sauver ces enfants ? Ils ont des torts mais aussi des excuses.”

    Invité à prendre la parole en dernier avant que le tribunal ne se retire pour délibérer, Warren ne semblait toujours pas avoir pris la mesure de ce qui se jouait : “L’armée, ça m’intéresse. Et le travail d’électricien avec mon père aussi”, a-t-il déclaré, comme s’il était persuadé qu’il retrouverait la liberté une fois l’audience finie.

     

    Il passera pourtant les quatre prochaines années dans une cellule de Nuutania, tout comme son comparse. La peine que leur a finalement infligée le tribunal correctionnel.

     

    Compte rendu d’audience J.-B.C.

        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete