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Le raira ou requin gris : maintenant, vous savez pourquoi il mord !

jeudi 27 avril 2017

requin criobe

Capture d’un requin gris en vue du prélèvement d’un échantillon d’ADN qui permettra des analyses génétiques à l’échelle d’une sous-population, notamment pour déterminer la variabilité génétique au sein de cette sous-population et les relations entre sous-populations qui peuvent être distantes de plusieurs centaines, voire milliers, de km. (© Criobe)


Presque toujours présent dans les passes de nos îles, le raira, ou requin gris fait aujourd’hui l’objet d’études de chercheurs du Criobe. Objectif des scientifiques : mieux comprendre les motivations des attaques enregistres récemment et pouvant être dangereuses sur des pêcheurs. Parallèlement, une fondation internationale a lancé un projet d’évaluation de la population des requins, la Polynésie française est concernée depuis novembre 2016 et cette évaluation devrait aboutir en juillet 2017.

Les Polynésiens l’appellent raira, les popa’a l’appellent requin gris et les chercheurs du Criobe (centre de recherche insulaire et observatoire de l’environnement) parlent de Cacharhinus amblyrhynchos. Mais tous désignent le même squale. Un corps fuselé, un museau relativement pointu, une robe grise et un ventre de couleur blanche…

L’extrémité de ses nageoires pectorales et ventrales porte souvent des tâches noires plus ou moins marquées. En revanche, le raira se reconnaît entre tous les requins par la présence d’un liseré noir vertical à la fin de la queue, systématiquement présent. “Le requin gris est l’espèce omniprésente dans les passes de récifs et aux abords des pentes externes de barrières en Polynésie française, lorsqu’il n’y a pas fait l’objet d’une surpêche par l’homme. Il lui arrive de pénétrer dans les lagons, ou de fréquenter les eaux océaniques de certains hauts-fonds, mais ce ne sont pas ses habitats préférés”, explique Eric Clua chercheur au Criobe, spécialiste des requins.

Le chercheur rappelle que le raira est une espèce présente dans tout le Pacifique, moins facile à observer que le requin à pointe noire qui affectionne davantage les lagons aux eaux translucides, mais dès qu’on prend la peine de mettre un masque et des palmes, il est assez facile à observer. Il fait le bonheur des clubs de plongée par sa territorialité, car on est pratiquement sûr de le rencontrer à l’endroit où il vit. “Cette territorialité peut néanmoins nuire à sa résilience, c’est-à-dire sa capacité à résister aux stress, notamment la pêche”, explique Eric Clua qui précise : “lorsqu’un banc de raira est décimé à un endroit, la probabilité que d’autres raira recolonisent l’endroit est faible. De la même façon, les scientifiques ne sont pas sûrs que les raira se mélangent beaucoup sur le plan génétique et ont tendance à se reproduire sur place.” Ce manque de mélange peut nuire à la diversité génétique et à la résilience, c’est un sujet d’étude du Criobe qui pêche régulièrement des raira (sans les tuer évidemment) pour prélever de l’ADN et étudier les relations génétiques entre les diverses îles et archipels en Polynésie française.

 

Attention : requin territorial !

 

La territorialité du raira a des conséquences, notamment sur son comportement vis-à-vis de l’homme et le danger potentiel de morsures accidentelles assez fréquentes. En Polynésie, les morsures de raira représentent environ 50 % des morsures de requin en Polynésie, soit 2 ou 3 par an, très rarement mortelles. En Polynésie, un seul cas de mort par morsure de raira a été documenté par le Dr Bagnis dans les années 1970, la victime ayant succombé d’une grosse hémorragie, probablement par manque de soins appropriés tels qu’ils sont pratiqués aujourd’hui.

La plupart du temps, les morsures sont infligées aux chasseurs sous-marins en action de pêche, mais pas toujours. Quelle que soit la motivation exacte pour la morsure, elle implique quasiment toujours la notion de territoire, que le raira va défendre, comme le ferait un chien de garde. “On parle de morsure accidentelle car le raira ne cherche pas à se nourrir sur l’homme, mais le mord pour défendre le poisson blessé qu’il considère lui appartenir, ou cherche à mordre le poisson blessé dans la main du chasseur et attrape la main au passage par maladresse.”

Une autre caractéristique du comportement du raira qui doit inciter à la prudence est sa capacité à entrer en frénésie alimentaire très facilement, en présence d’un stimulus (une motivation) alimentaire. L’accès à un aliment en quantité réduite conduit à une compétition très forte entre individus. Les requins redoublent alors d’activité en se déplaçant à grande vitesse, en mordant tout ce qui leur passe à portée, qu’il s’agisse de la proie convoitée, d’un autre requin ou même d’objets inertes (hélices de bateau, palmes, etc.). Inutile de préciser qu’il vaut mieux battre sagement en retraite en présence d’individu en pleine frénésie alimentaire ! 

Dossier réalisé par notre correspondant
Jeannot Rey avec Eric Clua

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