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Le ras-le-bol des infirmiers de bloc opératoire

lundi 25 septembre 2017

bloc opératoire infirmier

Les infirmiers de bloc sont les aides opératoires du chirurgien. Comme eux, ils ont des spécialités comme l’ortho, la gastro, etc., qui leur permettent non seulement d’assister le médecin, mais aussi d’anticiper les gestes et besoins du chirurgien lorsque l’opération se complique. (© archives LDT)


Les infirmiers de bloc opératoire diplômés d’État du Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF) sont en colère. Depuis le début de l’année, la situation de ces spécialistes s’est totalement dégradée, notamment sur la durée de leur temps de travail hebdomadaire, avec des semaines de 50, 55 heures et plus. Les effectifs réduits ne sont pas seuls mis en cause. Le manque d’infirmiers polynésiens spécialisés dans ce domaine est lui aussi pointé du doigt.

La colère gronde chez les infirmiers de bloc opératoire diplômés d’État du Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF), plus communément appelés Ibode.

La situation de ces spécialistes s’est totalement dégradée depuis le début de l’année et certains commencent à tirer la sonnette d’alarme.

“Nous travaillons avec huit personnes en moins. Cela arrive fréquemment que nous fassions des semaines de 50, 55 heures et plus”, explique l’un d’entre eux.

Pour la première fois en trois ans et demi, les professionnels de santé n’avaient pas d’infirmiers de bloc d’astreinte, le week-end dernier.

De plus, seules six salles de bloc sur huit, en fonctionnement habituellement, sont ouvertes. Une situation qui devrait encore durer jusqu’à fin octobre.

“Il n’y a pas assez de personnels de bloc pour rouvrir les deux salles que nous avons l’habitude de fermer durant les vacances pour permettre aux chirurgiens et personnels de partir en congés, donc pour l’instant on va continuer de fonctionner sur six salles”, confirme un infirmier, qui assure comprendre la détresse de ses collègues.

“Ils sont en effectif réduit. Ceux qui sont là enchaînent les heures supplémentaires depuis plusieurs mois pour permettre de maintenir les opérations. De nombreux collègues qualifiés ont dû partir parce qu’ils arrivaient au bout de leur quota de CDD. Les nouveaux arrivant ne sont pas formés. Donc, forcément, les gens sont à cran.”

 

Le concours de la fonction publique pointé du doigt

 

Mais que s’est-il donc passé depuis le mois de janvier pour que la situation se détériore de la sorte ?

Selon un Ibode, les problèmes sont survenus après la mise en place du concours de la fonction publique, en décembre dernier. Une dizaine d’Ibode de l’hôpital, en poste mais non titularisés, décident de passer ce concours car tous arrivent au terme de leurs cumuls de contrats.

En effet, après trois ans de petits CDD renouvelables, le CHPF ne peut plus les renouveler, à moins qu’ils passent le concours et le réussissent.

Malheureusement, sur la dizaine d’Ibode ayant passé ce concours, seuls trois l’obtiennent. Les autres n’ont d’autres choix que de repartir dans l’Hexagone ou d’être embauchés en clinique.

Mais un infirmier de bloc est indispensable et ne se remplace pas au pied levé car il bénéficie d’une spécialisation qui ne s’obtient qu’après 18 mois de formation supplémentaire, après l’obtention du diplôme d’infirmier d’État.

Par ailleurs, sans Ibode, aucune salle d’opération ne peut être ouverte. Or pour chaque salle, il en faut deux : un Ibode circulant et un Ibode assistant.

“Concrètement, le rôle de l’infirmier de bloc, c’est d’assister le chirurgien. Mais comme eux, nous avons des spécialités, souvent deux, dans lesquelles nous sommes forts car nous connaissons le matériel, nous connaissons le temps opératoire, nous savons anticiper lorsque l’opération devient plus compliquée que prévue.
En tant qu’infirmier de bloc, tu ne peux pas débarquer dans une spécialité du jour au lendemain et dire que tu vas assurer, comme ça peut fonctionner dans d’autres services où les gens peuvent remplacer en fonction des besoins.
Même si les premiers jours sont difficiles, ces personnes vont très vite assurer. Chose qui est impossible au bloc car la spécificité, c’est qu’il s’agit d’un autre métier sans être un autre métier. Concrètement, tu ne fais pas la même chose que dans les services et tu dois savoir des choses que l’on n’apprend pas en école d’infirmiers”, analyse un Ibode du CHPF.

 

Un savoir qui ne s’invente pas

 

En effet, instrumenter une opération, connaître les temps opératoires, savoir le nom de chaque instrument, connaître les règles d’hygiène spécifique à l’opération, les habitudes et manies du chirurgien qui opère, sont autant d’éléments qui ne peuvent s’acquérir qu’avec le temps.

Un chirurgien de l’hôpital le confirme : “Savoir qu’en face de moi, j’ai un petit nouveau qui ne capte pas ce qui se passe alors que j’opère, c’est un stress supplémentaire qui peut altérer le travail car clairement l’Ibode, c’est l’aide opérationnel du chirurgien”.

Mais le manque de personnel ne serait pas l’unique raison du ras-le-bol des infirmiers de bloc car d’ici quelques semaines le nombre de personnes manquantes devraient être comblé.

“En termes d’effectifs, l’hôpital va retomber d’ici peu sur ses pattes. Mais le problème, c’est que les nouveaux, il faut les former et cela prend plusieurs mois. De plus, ils sont dans la même situation de précarité que les précédents. On les embauche pour une durée de deux mois, puis un mois, puis trois mois jusqu’aux trois ans de possibilité de renouvellement de CDD. Ces personnes ne peuvent pas se projeter, ni rien construire durant tout ce temps.
Quant à l’ancienneté de l’infirmier Ibode, elle n’est reprise qu’en partie. Par exemple, un infirmier qui aurait travaillé dix ans comme IDE puis trois ans comme Ibode, l’hôpital ne lui reprend que ces trois dernières années, chose qui n’existe pas dans l’Hexagone.
Donc aujourd’hui, on se retrouve avec un infirmier mieux payé qu’un Ibode. Rien n’est fait pour inciter les gens à venir, à rester et à s’impliquer. Et des Ibode polynésiens, il n’y en a pas.”

Jennifer Rofes

 

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