Réforme des collèges : chacun ira à son rythme

    mardi 9 août 2016

    collèges

    Au collège de Tipaerui, les enseignants participeront aujourd’hui à une journée de formation sur la réforme du collège. (Photo : Vaiana Hargous)


    Les professeurs ont fait leur rentrée

     

    Si les élèves du second degré bénéficient d’un petit délai (les cours reprennent demain pour la plupart), les profs, eux, avaient pris dès hier le chemin de l’école.

    Rien que dans le public, ils sont 1 912 enseignants en collèges et lycées à avoir fait leur rentrée, parmi lesquels on retrouve 224 professeurs mis à disposition par l’État et 59 stagiaires.

    Et pour ceux qui officient en collège, cette rentrée ne ressemblera sûrement à aucune autre puis­qu’elle lance l’application de la réforme du collège.

    Une réforme qui comprend notamment l’enseignement obligatoire du tahitien en 6e (lire en encadré), ainsi que la mise en place d’enseignements pratiques interdisciplinaires (les EPI, des projets communs à plusieurs matières) et des accompagnements personnalisés (AP) pour les élèves les plus fragiles.

    Au collège de Tipaerui, “cette rentrée s’est très bien passée”, confie Isabelle Dinand, la nouvelle principale.

     

    Les enseignants sont curieux de la réforme et de la mettre en application, parce que tout le monde a bien conscience que c’est un plus pour la réussite des élèves et que l’enjeu de remettre en cause les pratiques qui étaient exercées depuis plusieurs années et d’enseigner autrement, c’est un défi à relever.

    Enseigner autrement, ça veut dire ne plus être tout seul dans sa salle de classe, mais enseigner en grand partenariat avec les collègues, mettre en exergue la pédagogie de projets et partir de ce que l’élève sait pour l’amener à construire ses connaissances et ses compétences. On est dans quelque chose de positif.”

     

    Toutefois, certains enseignants attendaient tout de même la formation d’aujourd’hui pour s’en faire une meilleure idée.

    On avait déjà eu pas mal de réunions d’information et de formation en métropole l’année dernière, explique Sébastien Lebon, professeur d’EPS fraîchement arrivé de Grenoble. Mais je ne sais pas encore comment ce sera appliqué ici parce que c’est la pré-rentrée. Concrètement, ça sera vu demain (aujourd’hui, NDLR). La journée sera consacrée à la réforme des collèges et j’attends de voir ça avec impatience.

     

    Une collègue, affiliée au syndicat national des enseignements du second degré (Snes), a un avis plus tranché sur la question. “Le Snes était contre cette réforme parce qu’elle est faite dans la précipitation« , confie-t-elle, sous couvert d’anonymat.

    « Tous les programmes, de toutes les classes, changent en même temps, donc les professeurs ont énormément de travail de préparation à faire. Je le fais parce que je sais que mes élèves ont besoin d’apprendre autrement. Mais quelque fois, on est désemparé parce qu’il y a beaucoup de belles paroles et pas assez de moyens.

    Beaucoup d’enseignants subissent la réforme et attendent que quelques-uns aient des idées pour tout le monde, pour être entrainé dans le mouvement, parce qu’ils ont du mal à comprendre cette réforme. Et changer ses pratiques d’enseignement, quand on est à cinq ans de la retraite, il y en a qui n’ont plus envie de faire des efforts.

     

    Le collège de Taaone règle quelques détails

     

    Au collège-lycée La Mennais, l’effervescence était déjà là. En salle des professeurs, des petits groupes se formaient pour commencer à préparer ces fameux EPI.

    De manière générale, les enseignants sont favorables à la réforme, qui correspond déjà de toute façon à des pratiques qu’ils avaient, explique Moea Chaumeil, la directrice de l’établissement.

    Si on regarde bien : le travail en équipe, autour d’un projet, avec une production des élèves, beaucoup faisaient déjà cela, donc je pense que les gens sont prêts et sereins. Ils avaient préparé des séquences et maintenant que les équipes pédagogiques sont connues, ils peuvent les mettre en œuvre avec l’équipe constituée, donc la journée va être longue !

     

    Enfin, du côté du collège de Taaone, les enseignants étaient déjà au peaufinage de leurs projets d’EPI.

    Il y a de tout, explique Philippe Pluchon, le principal du collège. Ça va de projets qui sont relativement classiques, tels que des EPI sur les lettres de Poilus en 3e, qui font appel à la fois au professeur de français et au professeur d’histoire, à des projets beaucoup plus originaux tels que la magie de la pâtisserie qui va intéresser les professeurs d’arts plastiques, de physique-chimie et de science, à travers les différentes formes de pâtisseries, tout ce qui fait appel à la chimie aujourd’hui, les nouveaux composants, etc.

    Il y en a d’autres qui font travailler ensemble les professeurs d’EPS, de technologie et de mathématiques, par exemple sur des parcours virtuels, sur l’aérobie etc. Ce sont des supports qui vont permettre à des enseignants de plusieurs disciplines de construire un projet qui a du sens pour l’élève en montrant par exemple qu’on ne fait pas des maths pour faire des maths, mais parce qu’elles peuvent servir à un projet concret.

     

    Chacun avançait donc à son rythme, hier, pour la mise en place de cette réforme. Et, selon Thierry Delmas, proviseur vie scolaire et chef du département de la vie des écoles et des établissements à la DGEE, “on va faire un point avec tous les établissements d’ici deux mois pour voir qui est en avance et qui ne l’est pas”.

    C’est une réforme qui touche au cœur de l’action pédagogique des enseignants, il faut les accompagner et ne pas les contraindre, pour faire en sorte qu’ils cheminent. Certains sont en avance, d’autres auront besoin de plus de temps pour déterminer les thèmes, mais ils ont tous les outils pour avancer.

     

    V.H.

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