Réforme de la plongée : petites structures et gros clubs s’opposent

    mardi 7 mars 2017

    plongée sous-marine débat

    Le projet de réforme
    concernant la plongée
    sous-marine fait débat. (© Marie Guitton)


    Les professionnels de la plongée sous-marine se sont réunis, hier, pour débattre d’un projet de réforme concernant leur activité. Certaines évolutions envisagées mettraient en péril la pérennité des petites structures. La question de l’ouverture du marché du travail aux moniteurs Padi met, quant à elle, en lumière le fait que la formation française reste trop peu accessible aux Polynésiens.

    Une trentaine de professionnels de la plongée sous-marine était invitée, hier, à l’appel de la Direction de la jeunesse et des sports, à donner son avis sur le projet de réforme concernant cette activité en Polynésie française.
    La Dépêche de Tahiti annonçait la semaine dernière que le débat serait houleux (lire notre édition du 2 mars 2017).

    Aujourd’hui, si tous s’accordent sur la nécessité d’une évolution de la réglementation de 1992, les points de vue semblent irréconciliables entre les gros et les petits clubs de plongée.
    Premier point d’achoppement : l’ouverture envisagée du marché du travail aux instructeurs Padi (lire l’encadré ci-contre).

    Cette question n’a toutefois été que survolée hier, puisqu’elle doit faire l’objet d’une réunion ultérieure, avant l’adoption de l’arrêté qui fixera la liste des diplômés habilités, au fenua, à accompagner des plongeurs contre rémunération.
    Plus importantes étaient donc, hier, les autres mesures contenues dans le projet de loi du Pays lui-même, qui devrait être présenté à l’assemblée dès juin.
    Sur le terrain, les petits clubs s’interrogent sur la logique du texte, qui durcit certains critères de sécurité, tandis qu’il en assouplit d’autres.

    Désormais, par exemple, un surveillant devrait rester à bord du bateau durant toute la durée de la plongée en cas de sortie en dehors du lagon.
    Tandis que d’un autre côté, en plongée d’exploration à l’air entre 0 et 40 mètres, tout guide de palanquée pourrait encadrer jusqu’à six plongeurs, contre quatre à cinq actuellement.
    “C’est complètement ridicule, observe donc Nicolas Billy, du club Api Diving Tahiti. Ils nous parlent toujours des normes de sécurité et, en même temps, veulent ouvrir le marché du travail à des moniteurs qui ne sont pas formés à la française, et prendre six personnes par palanquée, ce qui ne va pas vers la sécurité. Pourquoi ? Pour que les gros clubs gagnent de l’argent, puisque nous, les petits clubs, on n’a généralement même pas cinq personnes par sortie.”

     

    “Pour une petite structure, c’est la mort”

     

    L’Association nationale des moniteurs de plongée (ANMP), les Fédérations française et polynésienne d’études et de sports sous-marins (FFESSM et FPESSM), et le Syndicat national des moniteurs de plongée (SNMP) font la même analyse :
    “Quand tu as un bateau de 25 plongeurs, c’est facile de mettre une sécurité surface (un surveillant à bord du bateau, NDLR). Par contre, pour gagner plus d’argent, il vaut mieux mettre six plongeurs dans l’eau avec un seul moniteur…”, souligne Valérie Stoessel, de l’ANMP, qui craint des prestations de masse peu en phase avec les exigences des touristes qui payent si cher pour venir au fenua.

    “Donc, si on regarde en filigrane, on voit que ça avantage particulièrement les gros exploitants et désavantage les petites structures, qui sont quand même majoritaires en Polynésie.”
    Les professionnels assurent que de tous petits clubs, comme celui de Maupiti, par exemple, pourraient même “fermer demain” si on les obligeait à mettre en place une sécurité surface.

    Une surveillance sur le bateau, “pour une petite structure, c’est la mort”, confirme Nicolas Billy. À moins “qu’on nous donne les moyens de la faire”, observe Lionel Hertrich, de Tahiti Iti Diving (lire la réaction ci-contre).
    Du côté des “gros poissons”, c’est Paul Ramos, le propriétaire et gérant des centres de plongée Topdive, qui est accusé par les “petits” de mener la danse et de dicter sa loi à la Direction de la jeunesse et des sports.
    Passer à six le nombre de plongeurs par palanquée ne serait pas risqué, selon lui : “Parce que c’est le directeur de plongée qui va décider, en fonction des courants, de la qualité de l’instructeur et des plongeurs, combien il y aura de personnes dans la palanquée. Si c’est des débutants, on ne va se risquer à en prendre six, évidemment.”

    Au contraire, il estime que la limitation de profondeur (à 50, 40 et 20 mètres contre 60, 49 et 29 aujourd’hui) “est un élément de sécurité” et que la sécurité surface est “absolument nécessaire”.
    “Moi, je dépense de l’argent en sécurité surface. Ça va à l’encontre des intentions qu’on me prête de vouloir uniquement faire du ‘profit’.”
    Quoi qu’il en soit, les parties ont pu avancer leurs arguments hier. “On a été écoutés, reconnaît Valérie Stoessel. Mais si on a été entendus, c’est l’avenir qui nous le dira.”
    Aucune autre réunion n’est prévue avant la présentation de la loi à l’assemblée.

    Marie Guitton

     

     

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