Réforme perlicole : des quotas de production, mais la qualité ne sera plus contrôlée

    jeudi 2 juin 2016

    Le président Édouard Fritch et le ministre de l’Économie Teva Rohfritsch ont présenté hier aux professionnels de la perle ce qui devrait être la dernière mouture du projet de loi du Pays consacré à la réorganisation de la filière.
    Dès l’ouverture des discussions, en octobre dernier, le gouvernement envisageait de “mettre des garde-fous” pour “maîtriser la production”, tout en libéralisant la commercialisation. C’est, en somme, ce qui semble être acté aujourd’hui.

    Au niveau du Pays, un “conseil de la perliculture”, conçu comme un “organe de concertation” entre les professionnels et le gouvernement, définira chaque année un quota de production global, qui sera décliné à l’échelle de chaque île par des comités de gestion (le maire et le ministre en seront membres de droit), en fonction de la superficie des concessions, de la stratégie des professionnels concernés et de critères environnementaux, comme le type de lagon.

    Application en janvier 2017

    “Au moment de la récolte, le producteur devra amener toute sa production à la direction des ressources marines pour un compté-pesé, explique le ministre. Donc demain, nous pourrons enfin dire ce qui sort de nos lagons. Je crois que c’est la principale avancée, parce que quand on connaît ce que l’on produit, on peut mieux le vendre.”
    Les professionnels reprendront, à partir de là, la main sur la commercialisation.

    Les contrôles visuels et de l’épaisseur de couche deviendront facultatifs, ce qui permettra de mettre en vente une grande partie des rebuts actuels (lire ci-dessous).
    Ce projet de loi du Pays, qui fond en un seul les neuf délibérations et lois qui existent actuellement, aurait reçu, hier, l’assentiment “unanime” des professionnels réunis à la présidence, selon Aline Baldassari, la présidente de la Tahitian Pearl Association of French Polynesia (TPAFP), qui regroupe six syndicats de producteurs et négociants perlicoles du pays.

    Elle assure que la possibilité de commercialiser des perles actuellement rebutées n’entraînera pas un nouvel effondrement des prix.
    “Nous avions souhaité pouvoir vendre plus de perles, rappelle-t-elle. Ça ne va pas faire remonter le prix tout de suite, il ne faut pas se voiler la face, mais je ne pense pas que ça va le faire baisser. Parce qu’aujourd’hui, les marchés sont demandeurs de perles de moindre qualité. C’est la crise économique mondiale. Le quidam quelconque, le cadre moyen ne peut plus acheter des perles à 1 million, comme on les vendait à l’époque.”
    Est-ce à dire que la priorité sera désormais donnée au bas de gamme ?

    “La qualité exigée par les grands bijoutiers sera toujours la même. Simplement, les fermiers pourront vendre un peu plus de perles que jusqu’à maintenant”, répond Sabine Lorillou, du Syndicat des négociants en perles de culture de Tahiti.
    En d’autres termes, l’éventail de l’offre sera élargi, mais pas nécessairement revu à la baisse. La mise en place de cartes professionnelles devrait favoriser la professionnalisation de la filière, tandis que l’épaisseur de la couche nacrière pourra toujours être certifiée gratuitement par la direction des ressources marines, si les producteurs souhaitent en faire un “atout de commercialisation”.
    “Pour les autres, nous irons vers l’appellation d’origine, qui consiste simplement à dire que la perle a été produite en Polynésie”, précise le ministre.
    Le projet de loi sera encore présenté aux bijoutiers dans les prochains jours, avant de passer en conseil des ministres dès ce
    mois-ci. Il devrait être adopté à l’assemblée dans la foulée, pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2017.

    Marie Guitton

    Aline Baldassari, présidente de la Tahitian Pearl Association of French Polynesia (TPAFP), qui regroupe six syndicats de producteurs et négociants perlicoles : “On nous empêchait de vendre 30 % de ce que l’on produisait”

    “C’est fait, c’est bon ! C’est la refonte complète de la filière perlicole, de la définition des produits à la production et la commercialisation.
    Nous avions souhaité pouvoir vendre plus de perles. Il y avait des contrôles draconiens sur la couche de la perle et sur le visuel, qui étaient vraiment pénalisants pour les producteurs et les négociants, et qui avaient coûté à peu près 6 milliards de pertes de chiffre d’affaires !

    La classification de 2005, complètement obsolète, était incohérente. On se battait sans arrêt avec le service du contrôle de la qualité des perles. Nous avions, par exemple, de très jolis drops, des gouttes A ou B qui faisaient 0,78 mm, et qui étaient rebutées, jetées à la poubelle alors qu’elles valaient, à l’époque, 20 ou 30 000 F ! On nous empêchait de vendre 30 % de ce que l’on produisait. Ce n’était pas possible. C’est nous, les professionnels, qui savons ce que les acheteurs veulent, ce n’est pas le gouvernement. Donc on voulait revenir là-dessus et on l’a obtenu. Tous les producteurs n’étaient pas d’accord, mais la majorité étaient pour, donc le ministre l’a accepté. Ça a mis un an…”

    Teva Rohfritsch, ministre de l’Économie bleue : “Nous avons assoupli un certain nombre de règles”

    “Désormais, les perliculteurs pourront commercialiser en fonction de leur stratégie de marché, parce que le Japon, la Chine, l’Europe et les États-Unis n’ont pas la même approche du produit perlier. On ne peut pas écarter tel ou tel type de perles sur des critères purement administratifs. Je ne souhaite pas que ce soit aux services de déterminer ce qui est vendable ou pas, mais aux commerçants.

    On voit bien que lorsque le Pays est venu renforcer les contraintes sur la qualité, ça n’a pas fait remonter le prix de la perle. Pourquoi ? Parce que les produits sont sortis sans passer par les contrôles de la direction des ressources marines, du fait d’une réglementation beaucoup trop contraignante. Donc on renverse la vapeur, on responsabilise.

    Nous avons assoupli un certain nombre de règles, et ce que je souhaite en contrepartie, c’est que le secteur joue le jeu des quotas de production.
    L’objectif est double : mieux maîtriser la production, mais aussi avoir une différenciation. Aujourd’hui, la perle de culture de Tahiti, c’est tout type de perles. J’espère pouvoir avoir, sur le modèle des vins, des crus régionaux, c’est-à-dire des appellations d’origine ou des labels qui viendront démarquer tel ou tel type de perles. Certaines îles obtiennent des teintes davantage bleues, ou aubergine, et pourraient en faire un label commercial. C’est cette différenciation, je crois, qui va permettre de tirer les prix vers le haut.”

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