Relance – Première édition de la conférence économique

    mercredi 18 mai 2016

    Annoncée par Édouard Fritch en avril, la première conférence économique s’est ouverte hier matin. Elle réunit les acteurs économiques en trois tables rondes, dont la restitution a lieu aujourd’hui. Le gouvernement a lancé un appel à l’investissement privé local.

    Organisée par le ministre de la Relance économique, Teva Rohfritsch, la première conférence économique rassemblait ministres, membres des cabinets, chefs de service, membres de l’assemblée, du conseil économique, social et culturel (CESC) et de la Chambre de commerce, d’industrie des services et des métiers (CCISM), et représentants de l’État.

    Dans son discours d’ouverture, le président Fritch a notamment réitéré son engagement de mener à bien la réforme de la protection sociale généralisée, pour “ne pas plonger nos enfants dans un océan de dettes”.
    Il a surtout appelé de ses vœux le redémarrage de l’investissement privé, en faveur duquel plusieurs mesures sont annoncées, et insisté sur le fait qu’il comptait “avant tout” sur les investisseurs polynésiens.

    Il a ensuite énuméré les projets portés par le Pays (lire ci-dessous) en affirmant : “Le Pays se bouge et est en marche à vos côtés”. Le chiffre du jour était les 60 milliards d’investissement, direct ou sous forme d’incitations, pour les trois prochaines années.

    Ce fut ensuite un état des lieux – plutôt encourageant – donné par les responsables de l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF) et de l’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM), avec les chiffres de 2015 et du premier trimestre 2016.
    Tous s’accordent à dire que la Polynésie rattrape les niveaux d’avant la crise financière de 2008, soutenue notamment par le faible cours du pétrole et la reprise de la commande publique.

    Mais attention toutefois : il n’y a “aucun regain majeur à attendre de l’extérieur”, a insisté Pierre-Yves Le Bihan, directeur de l’IEOM.
    Le salut viendra donc de notre marché intérieur et de la commande privée qui devra prendre le relais de la commande publique. L’épargne privée est actuellement de 20 milliards de francs et le gouvernement entend la mobiliser.

    Teva Rohfritsch a ensuite pris la parole pour annoncer plusieurs actions au niveau législatif (lire ci-contre).
    Les textes nécessaires à la mise en place de nombreuses mesures seront présentés à l’assemblée, pour partie durant la session administrative en cours, pour partie lors de la session budgétaire, et le gouvernement pourrait demander une session extraordinaire entre les deux.

    Trois ateliers ont ensuite été constitués : refondation de l’économie polynésienne, fiscalité et emploi. Cet après-midi, les ateliers restitueront leurs travaux. À lire dans notre édition de demain.

    C.P.

    Les mesures réglementaires à venir

    – Loi sur la protection du consommateur
    – Réforme de la liste des PPN (la concertation avec la Fédération générale du commerce (FGC), la CCISM et les organisations patronales devrait se tenir bientôt)  
    – Opération “véhicules propres” avec une prime pouvant aller jusqu’à 200 000 F en fonction du taux de pollution et une prise en charge de la mise à la casse (discussions avec les professionnels de l’automobile prévues “dans les quinze jours qui viennent”)
    – L’enveloppe de l’aide à l’investissement des ménages passe de 200 à 400 millions de francs et les extensions et rénovations seront désormais éligibles (texte en juillet à l’assemblée)
    – Exonération de dix ans d’impôt foncier pour toute construction démarrant avant fin 2017 (texte en novembre à l’assemblée)
    – Extension de la réduction des droits d’enregistrement et de transcription aux plus de 30 ans, jusqu’à fin 2017 (texte en novembre à l’assemblée)
    – Mise en place d’un fonds spécial pour aider les familles à sortir de l’indivision
    – Exonération des charges patronales sur le premier CDI signé par une entreprise avant fin 2017
    – Mise en place d’un cadre réglementaire pour les métiers de services à la personne
    – Appels à projets dans les domaines de l’économie circulaire, l’agro-durable et l’économie numérique (15 millions pour chaque secteur)
    – Appels à projets pour la création d’immobilier d’entreprise avec mise à disposition du foncier du Pays (exemple : l’ancien Royal Papeete), possibilité de partenariat avec les communes qui disposent de foncier mais n’ont pas la compétence du développement économique
    – Développement de zones d’activités économiques et artisanales
    – Augmentation de la dotation de la Sofidep au prochain collectif budgétaire
    – Offres de prêts par la Banque publique d’investissement (BPI) pour la petite hôtellerie et la restauration, en partenariat avec la Sofidep (début juillet)
    – “Micro-crédit” de type Adie avec “coaching”, dans une limite de 10 millions de francs par projet
    – Aides aux commerces en difficulté, jusqu’à 5 millions par projet
    – Protection du patrimoine de l’entrepreneur individuel et texte sur la création de fondations
    – Installation à la présidence d’une “délégation aux investissements”
    – Possibilité de ressusciter un bureau d’accueil des tournages, en partenariat avec Film France
    – Coup de pouce à la construction navale pour la pêche par défiscalisation augmentée pour deux ans (texte à l’assemblée au 2e semestre)

    Investissement : les annonces du Pays

    – Pôle de santé mentale (3,5 milliards de francs)
    – Swac de l’hôpital, qui doit démarrer “dans les semaines qui viennent”
    – Swac de l’avenue Pouvana’a a Oopa
    – Renforcement du programme de centrales hybrides dans les Tuamotu (2 milliards de francs)
    – Système de stockage collectif d’énergie solaire sur Tahiti (1 milliard de francs)
    – Études pour le centre culturel de Toa’ta et Vaiami
    – Études pour un complexe multisport de type “arena” (3,5 milliards de francs)
    – Viabilisation du site du pôle biomarine de Faratea au 3e trimestre
    – Valorisation du site du golf de Temae à Moorea – appel aux investisseurs privés
    – Enveloppe de 3 milliards de francs en défiscalisation hôtelière
    – Relance de la construction navale
    – Mise à disposition de foncier du Pays, notamment pour des zones d’activités industrielles ou artisanales

    Qu’attendez-vous de cette conférence ?
    Une marche en commun. On va mobiliser pas mal d’argent public, ça ne peut pas se faire sans les entreprises. Nous, côté Pays, on râle en disant : “Mais ça va mieux, pourquoi ils n’embauchent pas ?”, et eux râlent en disant : “C’est trop cher et on n’a pas de visibilité”.
    On ne peut pas rester inactif quand il y a 20 000 chômeurs qui aujourd’hui constatent que ça va mieux mais n’ont toujours pas de boulot. Ça veut dire qu’il faut qu’on se prenne en main, mais quand on a dit ça, concrètement, quelle échéance, quelle mobilisation de moyens publics ou privés ? Donc j’attends beaucou
    p de ces ateliers, parce que ce sont les vingt ans qui viennent qu’il faut écrire.

    Vous avez parlé de 60 milliards de francs d’investissement pour la relance économique, comment se décompose cette somme ?
    On doit injecter 60 milliards dans l’économie, mais ce ne sont pas 60 milliards de fonds publics. Il y a un volet d’une vingtaine de milliards d’investissement public, c’est-à-dire Pays et État. Pour le reste, on va aussi s’appuyer sur les banques puisqu’il y a un effet démultiplicateur. Dès lors qu’on aide un projet, par exemple à hauteur de 30 % avec la défiscalisation, il y a au moins 30 % complémentaires qui sont financés par les banques, plus la part des porteurs de projets. On a remis trois milliards sur la rénovation hôtelière, par exemple. Soixante milliards, c’est le montant complet si chacun joue son rôle.

    Le grand absent de cette conférence, c’est le ministre des Finances. Où est Nuihau Laurey ?
    On a travaillé tout le week-end ensemble pour le séminaire du gouvernement. Il a dû reprendre l’avion parce qu’il est aussi sénateur, mais néanmoins son équipe est là, son directeur de cabinet et ses conseillers techniques animent la table ronde sur la fiscalité. Je vais lui demander d’être présent en septembre pour la prochaine conférence économique.

    Les réformes envisagées par le gouvernement supposent l’adoption de beaucoup de textes de loi. Comment voyez-vous ce calendrier parlementaire ?
    Ça fait un moment que je travaille sur ces mesures et j’ai bon espoir qu’on puisse passer au moins cinq à six textes pendant cette session administrative. Je ne vous cache pas que c’est depuis qu’on a une majorité qu’on peut se permettre d’annoncer ce genre de plan, parce que je ne voulais pas annoncer des choses que je ne pouvais pas maîtriser devant l’assemblée. Le reste des textes passera en session budgétaire et s’il le faut également en session extraordinaire entre les deux.

    Propos recueillis par Caroline Perdrix

     

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