Rencontre – Lala Rolls, réalisatrice de Tupaia

    mercredi 3 février 2016

    Interviewer Lala Rolls, c’est comme se retrouver avec une amie qu’on aurait quittée la veille. On oublie les formalités et on s’embrasse à la polynésienne. Un geste naturel pour celle qui est née et a grandi à Fidji.

    Lala Rolls, en marge d’avoir une personnalité agréable saupoudrée d’humour, est surtout la mère de Tupaia, un documentaire de 52 minutes en compétition au Fifo cette année. Et la première chose qu’elle confie à son sujet, c’est la frustration qu’il lui inspire.
    Mais qu’on ne s’y trompe pas, “j’aime le film que nous avons fait avec Polynésie 1ère”, rassure-t-elle. “Je suis triste parce que nous voulions faire une version de 70, voire 90 minutes, afin d’explorer, par exemple, la tradition des étoffes de tapa. Lorsque Tupaia apporta le tapa à Aotearoa, les Maori n’avaient plus vu ça depuis
    200 ans, donc ça représentait un gros moyen d’échange. Et on n’a pas pu l’aborder dans ce film trop court, ce qui me chagrine.”
    Car pour Lala, ce film est surtout l’opportunité de raconter de façon novatrice l’histoire des premiers contacts : d’un point de vue océanien.
    “J’ai grandi à Fidji et le fait que l’on entende toujours la version occidentale de l’Histoire m’a toujours intriguée, reprend-elle. Je me suis toujours dit : pourquoi n’entendons-nous pas la version fidjienne de l’Histoire ?
    Ça a été pareil quand je me suis installée en Nouvelle-Zélande. Et je pense que c’est là toute la force d’un documentaire, de donner aux gens le pouvoir de raconter leur histoire ; l’Histoire d’un point de vue polynésien et non comme les Européens la racontent.
    Aussi, une personne m’a dit un jour que nous ne venons pas de petites îles, mais du plus grand océan.
    Et je suis consciente que, si Aotearoa et Tahiti ont été séparées par le passé, elles l’ont été davantage en étant colonisées par des nations différentes, même si le lien reste très fort aujourd’hui.
    Donc pour moi, ça a été une passion de découvrir l’histoire de Tupaia et la porter à la connaissance des gens.
    Mais il s’agissait également de tenter de recréer les liens du Pacifique et des Polynésiens par-delà l’océan et en dépit de la colonisation, car ces cultures sont profondes.”

    “Ils respectaient Tupaia comme s’il était un ariki”

    Tupaia a nécessité cinq ans de tournage, en Polynésie, en Nouvelle-Zélande, mais aussi en Angleterre.
    Et si notre version du film ne dure que 52 minutes, les cousins maori auront droit à trois épisodes de ce même format.
    “Dans le premier, nous présentons Tupaia ainsi que Michel Tuffery, Paul Tapsell and Kirk Torrence dans leur expédition sur les traces de Tupaia (des personnages également présents dans notre version, NDLR).
    Dans le deuxième, nous les suivons dans les musées d’Angleterre où se trouvent certains artefacts que les Maori ont offerts à Tupaia et d’autres que Tupaia lui-même avait emporté en quittant la Polynésie.
    Il y avait ce magnifique collier avec un tiki maori en pendentif qui avait été donné à Tupaia.
    Cependant, Tupaia est mort en Indonésie pendant leur traversée vers l’Angleterre et n’y est jamais arrivé. Alors le capitaine Cook prit le tiki et le présenta au roi Georges, sans jamais dire qu’il appartenait à Tupaia.
    Aujourd’hui, on est sûr que c’est le sien car tous les journaux de bord relatent que les Maoris ne voulaient pas le leur donner.
    Mais parce qu’ils respectaient Tupaia comme s’il était un ariki, ils lui en ont donné un. Il y a aussi une histoire qui n’est pas dans votre version.
    Aux temps anciens, les Maori faisaient beaucoup d’aller-retour en waka, jusqu’à 200 ans avant que Tupaia n’arrive.
    Un tsunami avait fait disparaître tous les waka et les Maori arrêtèrent de venir ici. Mais ils se rappelaient de Tahiti, surtout parce qu’ils sont reliés au marae Taputapuatea, à Raiatea.
    Donc lorsque Tupaia arriva, c’est comme si leur tupuna était arrivé. Pour eux c’était extraordinaire parce qu’ils connaissaient les histoires, mais avaient perdu le contact.
    Donc d’une certaine manière, Cook leur a fait une faveur en embarquant Tupaia !” Lala est intarissable au sujet de Tupaia, et souhaiterait obtenir le plus d’avis possibles de Polynésiens concernant ce documentaire. Donc si vous la croisez au Fifo, n’hésitez pas à aller à sa rencontre.

    Vaiana Hargous

    Plus d’informations sur le Fifo en cliquant ici

    Tupaia

    52 minutes – Polynésie française/Nouvelle-Zélande – 2015
    Version française sous-titrée en français et en anglais
    Réalisation : Lala Rolls
    Production : Oceania Film/Island Film Productions/Polynésie 1ère
    Projections : jeudi 4 février à 18 h 55 au grand théâtre, vendredi 5 février à 9 h 25 au petit théâtre, samedi 6 février à 9h30 au petit théâtre, dimanche 7 février à 9 heures au grand théâtre.
    Le pitch : Nous connaissons tous le capitaine Cook, mais qu’en est-il du navigateur tahitien Tupaia qui contribua à faire de son voyage en Nouvelle-Zélande une réussite ? Ce grand prêtre polynésien se révéla être un diplomate, un politicien et un artiste. Le film relate l’aventure de Tupaia et traduit la fascination des Maoris pour ce personnage, qu’ils avaient reconnu comme l’un des leurs, et aujourd’hui toujours très présent dans la mémoire de tous les Néo-zélandais. Il montre la version océanienne du premier contact entre les Anglais et les Maori.

    Pitch-dating : les idées folles sont encore les bienvenues

    Le village du Fifo accueille aujourd’hui, de 14 h 30 à 16 h 30, la 2e édition du pitch-dating.
    Et les réalisateurs locaux sont invités à se manifester jusqu’au dernier moment.
    Inspiré du fameux concept du “speed-dating”, série d’entretiens courts mettant rapidement les gens en relation, le pitch-dating permettra aux candidats de rencontrer des producteurs, diffuseurs, acheteurs ou distributeurs et de trouver le partenaire idéal pour mener à bien leur projet de film. Seul face à un professionnel, le candidat aura 8 minutes pour convaincre et “vendre” son projet. Le pitch-dating favorise les rencontres et crée des circonstances heureuses, il permet aux réalisateurs et producteurs désireux de voir aboutir leur projet, d’accéder au monde professionnel de la réalisation.
    C’est ouvert à tous, pourvu que vous ayez un projet sérieux de film documentaire, quel que soit son stade de réalisation. Vous pouvez choisir de rencontrer des producteurs internationaux, des chargés de programmes de chaînes internationales ou bien encore des distributeurs.
    Si les inscriptions sont closes sur le site Internet www.oceaniapitch.org, les inscriptions de dernière minute sur place, avant ou pendant le pitch-dating, sont toujours possible.

     

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