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Reportage – À Moorea, le roi, c’est l’ananas Queen

vendredi 3 août 2018

Les conditions de travail sont dures : certains planteurs portent des chaussettes sur les bras, pour éviter les coupures dues aux têtes d’ananas. (© Marion Lecas)

Les conditions de travail sont dures : certains planteurs portent des chaussettes sur les bras, pour éviter les coupures dues aux têtes d’ananas. (© Marion Lecas)


À Moorea, pousse l’ananas Queen Tahiti, une espèce dont la résistance (aux insectes et champignons) est presque unique au monde. Les planteurs n’utilisent que des herbicides et de l’engrais, souvent chimiques, dont l’impact inquiète certains habitants. La solution d’une agriculture entièrement biologique est envisagée par certains, mais a beaucoup de mal à se répandre.

Voûtés sous le cagnard matinal, formes minuscules dans un immense champ pentu, les cultivateurs d’ananas s’activent à Moorea. Certains ont découpé de longues chaussettes de sport et les portent sur les avant-bras, afin d’éviter les coupures dues aux têtes d’ananas. “Dans le champ ? J’y passe la journée !”, s’exclame le propriétaire de l’exploitation, avec un haussement d’épaules comme pour signifier “c’est dur, mais c’est comme ça”. Accompagné par ses quatre employés, le planteur consacre énormément de temps à sa production, d’autant plus qu’un champ d’ananas doit être renouvelé tous les cinq ans, faute de quoi les fruits deviennent trop petits.

Des conditions de travail dures, vécues comme une fierté par l’exploitant. “Cela fait des années que je suis cultivateur d’ananas. J’ai repris l’exploitation familiale.” Il faut dire qu’à Moorea, l’ananas fait office de roi. Les Queen Tahiti, du nom de l’espèce cultivée, s’érigent en incontournable symbole de l’île.

 

99 % d’agriculture conventionnelle

 

Pourtant, le Queen Tahiti est loin du poids de son homologue costaricain, l’ananas Comosus qui accapare 85 % du marché mondial. “C’est normal, explique Jean-Michel Monot, directeur général de l’usine de jus de fruit Rotui, basée à Moorea.

“Là-bas, les ananas sont chargés à la seringue (…) Ici, on n’a pas d’ananas trafiqué ou d’ananas hybride.” Le Queen Tahiti jouit d’un avantage presque unique au monde puisqu’il ne subit ni attaque d’insectes, ni de champignons. “Seuls les ananas du Vanuatu et des Fidji y échappent aussi”, s’enchante Jean-Michel Monot.

Conséquences : les planteurs peuvent se passer d’insecticide et de fongicide et se limiter aux engrais chimiques, souvent de l’azote et de la potasse, et aux herbicides. “Je suis raisonnable”, témoigne le planteur rencontré plus tôt. “Je ne traite que l’herbe, au moins trois mois avant la récolte.”

Toutefois, certains habitants de Moorea évitent de se baigner dans la mer au lendemain de fortes pluies, par peur que les herbicides chimiques aient dévalé les cours d’eau. L’agriculteur dit “faire attention aux rivières” et rejette la faute sur d’autres genres de plantation. La solution à ces inquiétudes serait évidemment un passage à l’agriculture biologique. Une tendance très loin d’être répandue puisque 99 % des plantations actuelles sont de type conventionnel, c’est-à- dire qu’elles utilisent des produits chimiques.

“Je propose de passer au bio depuis longtemps, déclare Jean-Michel Monot, mais les planteurs n’y croient pas. (…) C’est humain, c’est toujours difficile de remettre des méthodes de travail ancestrales en question.” Afin de prouver qu’une exploitation biologique peut être productive, l’usine Rotui s’apprête à lancer une parcelle naturelle de 2 500 m2.

 

Impossible passage au bio ?

 

D’autres ont franchi le pas depuis longtemps. À la fin de la route des ananas, sur le long chemin qui descend du belvédère, on trouve la “ferme pilote bio” de Moorea. S’y côtoient des agrumes, des cochons, du compost et bien sûr, un petit champ d’ananas. La moitié de la production est biologique, l’autre moitié est en transition : “Au lieu d’utiliser des herbicides chimiques, on met des toiles tissées et ou du plastiques entre les pieds pour empêcher l’herbe de pousser.”

L’engrais, du lisier de porc, est naturel, le charbon actif utilisé pour provoquer la fleuraison en basse saison également. “On sort de beaux calibres, se félicite Pascal, entre 1 et 2 kg.” Toutefois, le producteur admet que le passage au bio s’avère “très difficile” : “Là, on travaille sur une centaine de mètres carrés. Pour les planteurs, qui ont cinq hectares ou plus, la toile tissée est hors de prix et le désherbage à la main est long, très très long.”

Pourtant grand adepte de la production biologique, dont il juge le goût “bien meilleur, sans ce petit picotement dans la bouche”, Pascal considère “impossible” d’atteindre la quantité produite en agriculture conventionnelle. Tout en gardant l’espoir d’un changement : “Un jour, il n’y aura plus de produits chimiques, alors tout le monde, y compris les planteurs de Moorea, devra s’en passer !”

 

Marion Lecas et Victor Le Boisselier

 

Usine Rotui et Copam : “Je t’aime moi non plus”

Près de la baie Cook, à Moorea, le site de l’usine Rotui dépend à 60% de la production de l’ananas. (© Marion Lecas)

Près de la baie Cook, à Moorea, le site de l’usine Rotui dépend à 60% de la production de l’ananas. (© Marion Lecas)

Lorsqu’on parle d’ananas, sur l’île sœur, il y a deux interlocuteurs incontournables : la Coopérative des planteurs d’ananas de Moorea (Copam) qui regroupe l’essentiel des producteurs de l’île et l’usine Rotui, près de la baie Cook, grosse consommatrice d’ananas puisque plus de la moitié de son activité en dépend. Sur le papier, les deux entités sont partenaires, la Copam est d’ailleurs actionnaire à 16% dans Rotui. En réalité, leur relation apparaît très houleuse.

 

Relation de dépendance

 

Désormais propriété de La Brasserie de Tahiti, l’usine est d’abord créée par la Copam en 1981, car les agriculteurs peinent à écouler leur surplus d’ananas. Aujourd’hui, la situation a radicalement changé. Les planteurs n’ont plus de surplus et l’usine est la première à en pâtir : “En 2007, notre meilleure année, on a traité 1 800 tonnes d’ananas. L’année dernière, on en a fait 900 tonnes”, se désole le directeur marketing de l’usine, Étienne Houot. “Depuis trois ans, on se retrouve très fréquemment en rupture de notre pur jus d’ananas.”

Problème : les planteurs sont engagés, via un contrat annuel, à livrer une quantité déterminée à l’usine. “Depuis 10 ans, les contrats ne sont pas respectés (…) et chaque année on est en rupture”, s’agace Étienne Houot. Lorsqu’on demande à l’industriel pourquoi il ne change pas de fournisseur, la réponse est claire :“Nous n’avons pas d’autres sources d’approvisionnement local.”

 

70 F le kilo d’ananas vendu à l’usine

 

Entièrement dépendante de la Copam, l’usine obtient parfois l’autorisation exceptionnelle d’importer du concentré d’ananas, venu du Costa Rica.

Côté coopérative, la défense semble légitime : l’usine propose des tarifs bas, qui asphyxient les producteurs. Temere*, cultivateur depuis 10 ans et membre de la Copam, explique : “Normalement, entre 60 et 80 % de notre production part à l’usine.” Mais il préfère vendre une bonne partie de ses produits sur le marché du frais (hôtels, restaurants…) à Tahiti, quitte à ne pas honorer ses engagements. En effet, depuis la fermeture d’une grosse exploitation sur la presqu’île, Tahiti n’est plus auto-suffisant en ananas et séduit les producteurs de Moorea avec des prix attractifs. Ananas dans la main, il se justifie : “Pour mille paquets (de 5kg) vendus à Tahiti, je fais 850 000 F de chiffre d’affaire. Si je les vends à l’usine, j’en ferai 350 000 F.”

Pour 2018, l’usine a fixé son tarif à 70 F le kilo et se défend de faire des efforts : “Sur les dix ans, la courbe est comme ça”, explique Étienne Houot en levant sa main droite, symbole d’une nette augmentation. “On a beau hausser les prix, ça ne fait pas venir plus d’ananas.” Quant au directeur général de l’usine Rotui, Jean-Michel Monot, il déplore surtout l’absence d’une culture d’entreprise au sein de la Copam. “C’est bête parce qu’ils sont actionnaires, ils ne se rendent pas compte que leurs dividendes augmenteraient et compenseraient leur manque à gagner si la production était respectée.”

Parmi tant de divergences, un point fait consensus entre producteurs et industriels : la nécessité d’aides publiques. Contrairement au coprah ou à la vanille, la production d’ananas n’est pas subventionnée et peine à subvenir à tous les besoins. Encouragée par les cadres de Rotui, la Copam rencontrera bientôt des représentants du Pays.

L’objectif, d’après Temere, est “que le prix d’achat de l’usine passe à 100 F le kilo ; Rotui continuerait à payer 70F et les 30 F supplémentaires seraient pris en charge par les services publics.”

Le directeur Jean-Michel Monot lui, défend une autre mesure : “Que le Pays trouve 40 hectares de champs d’ananas à Tahiti ! Avec ces 40 hectares, Tahiti sera en mesure de livrer à Tahiti et Moorea livrera à l’usine. Et tout le monde pourra travailler sereinement.”

 

ML et VLB (* prénom d’emprunt)

 

La recette de Jérémy Martin, chef cuisinier du Méridien : Gâteaux en cocotte à l’ananas et au rhum, sorbet ananas

recette cuisine

Ingrédients (pour 6 personnes) :

Pour le gâteau :

2 ananas

50 gr de beurre

10 gr de sucre

1 cl de rhum

200 gr de farine

200 gr de sucre

1 gousse de vanille

30 gr de levure chimique

2 œufs

80 gr de crème liquide

33 cl de lait

33 cl d’huile de tournesol

40 gr de sorbet ananas

Préparation : Préchauffez le four à 180°C. Pelez et taillez les ananas, l’un en dé et l’autre en lamelles. Faites revenir les ananas coupés dans 50gr de beurre, saupoudrez de 10gr de sucre. Laissez cuire jusqu’à ce qu’ils soient caramélisés puis déglacez avec 1cl de rhum. Dans un saladier, mélangez la farine, la vanille (grattée) et la levure. Formez un puits et y casser les deux œufs, mélangez ensuite en partant du centre tout en incorporant la crème, le lait, et l’huile. Travaillez bien la pâte. Beurrez les cocottes et versez la pâte et les dés d’ananas. Sur le dessus, ajoutez les lamelles d’ananas puis couvrez.
Enfournez pendant 1 h et retirez le couvercle 10 minutes avant la fin de la cuisson. Laissez reposer 15 minutes avant dégustation. Vous pouvez servir un sorbet d’ananas en accompagnement.

 

Bon appétit !

 

 

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