Habillage fond de site

Reportage – À Taha’a, l’or est noir et les vocations se font rares

mercredi 1 août 2018

Des gousses de vanille, matures et semi-matures. (© Marion Lecas)

Des gousses de vanille, matures et semi-matures. (© Marion Lecas)


Poétiquement baptisée “or noir”, la vanille a fait la richesse de Tahaa. Toutefois, sa culture crée de moins en moins de vocation. Les producteurs chevronnés vieillissent et les jeunes ne restent pas sur leur île natale. Pour sauvegarder ce patrimoine, le Pays a lancé un vaste plan de subventions, encourageant la création d’ombrières.

Les marins qui écument le Pacifique savent que sur chaque île polynésienne se cache un trésor. À Tahaa, l’or se cueille en gousses et répond au nom de vanilla tahitensis. L’épice a bâti la réputation de la petite île, coincée entre Huahine, Raiatea et Bora Bora. Lorsqu’on en longe la côte est, un écriteau en bois indique la Vallée de la vanille.

Au milieu des trois- cents pieds qui composent l’exploitation familiale, la propriétaire Moeata Hioe s’exclame : “Venir à Tahaa sans acheter de vanille, c’est comme aller à Paris sans monter sur la Tour Eiffel !” Si la vanille tahitienne apparaît bien plus coûteuse que celle de Madagascar, elle mise sur une qualité reconnue mondialement.

Alfredo Teihotaata travaille dans la Vallée de la vanille depuis des années. Avec la maîtrise des habitués, il manie les gousses qui glissent habilement entre ses doigts. Il en choisit une dont la couleur verte signifie qu’“elle est semi-mature”. “Il faudra attendre encore huit mois avant qu’elle soit consommable”, déclare-t-il.

De la patience et du soin. Alfredo insiste : pour atteindre un arôme qui frôle la perfection, la production nécessite énormément de temps. “Chaque fleur de vanille est pollinisée à la main. Et cela prend deux ans avant qu’un plant donne ses premières fleurs.”

 

Des difficultés à trouver une relève

 

Des hommes et des femmes comme Alfredo, passionnés et bercés de savoir-faire, Tahaa en connaît de moins en moins. Quelques petits producteurs survivent, mais les grosses exploitations ont du mal à trouver une relève.

L’île compte une centaine de vanillères. Parmi elles, seules deux fermes, dont la Vallée de la vanille, demeurent capables de transformer l’épice en extrait, purée, huile ou sucre vanillé. “Avant, il y en avait une troisième”, déclare Alfredo, “mais elle a fermé.”

Après sa retraite, Éleanor Reva s’est installée à Faaha, près de la Vallée de la vanille. Lorsqu’elle évoque le Tahaa de sa jeunesse, son regard doux s’empreint subitement de nostalgie. “Avant, sur toute l’île, il y avait de la vanille”, regrette-t-elle. “Mais les parents vieillissent, les jeunes partent et ne veulent pas revenir au fenua s’occuper de la culture.”

Depuis son plus jeune âge, elle-même a vu son père, Bernard, faire de l’or noir sa richesse. Il a planté jusqu’à mille pieds dans l’ancienne vanillère de ses grands-parents, y consacrant ses journées. L’un de ses enfants est d’ailleurs né dans la ferme.

Sa fille Éleanor témoigne : “Il n’a pas eu besoin de nous transmettre de techniques, on a baigné dedans, on a vécu dans la vanille.” Lorsque son père a cessé son activité, vingt ans auparavant, elle aurait aimé reprendre l’exploitation. Mais elle ne pouvait quitter son travail à Tahiti. Depuis, Bernard a gracieusement cédé sa vanillère à un neveu, afin de s’assurer que la tradition familiale lui survive.

 

L’intervention du Pays

 

La lutte pour la sauvegarde d’un tel patrimoine a fini par mobiliser le Pays. En 2003, les pouvoirs publics créent un établissement public à caractère industriel et commercial (Épic) Vanille de Tahiti qui impulse la culture en ombrière sur le territoire. “Pour que la vanille redevienne un produit phare”, explique Emma Maraea, la responsable Épic Vanille de Tahaa, “on a voulu rapprocher les vanillères des habitations.”

Plus besoin pour les producteurs de grimper dans les vallées, y cultiver des terrains pentus. En subventionnant les ombrières à hauteur de 80 %, le Pays sert deux objectifs. “Déjà, on crée de l’emploi”, énonce Emma Maraea, “puisqu’on incite les jeunes au chômage à aller dans les vanillères. Et, en plus, ils y travaillent avec leurs aînés, qui leur transmettent leurs savoir- faire. Comme ça, on sauvegarde la tradition.”

Grâce à ces investissements publics, quatre-vingt trois ombrières ont vu le jour à Tahaa dès 2003. “On veut faire comprendre à nos jeunes que ce n’est pas la peine d’aller dans le jardin des autres”, sourit Emma Maraea. “On est bien, chez soi, à Tahaa.”

 

Marion Lecas et Victor Le Boisselier

 

La qualité comme fond de commerce

Employé de la ferme, Alfredo choisit une gousse verte « semi-mature ». Il faudra encore attendre plus de huit mois avant qu’elle mûrisse. (© Marion Lecas)

Employé de la ferme, Alfredo choisit une gousse verte « semi-mature ». Il faudra encore attendre plus de huit mois avant qu’elle mûrisse. (© Marion Lecas)

Pour travailler à la Vallée de la vanille, mieux vaut être multilingue. Devant une famille américaine, Alfredo Teihotaata, employé de l’exploitation, disserte dans un anglais bien à lui. “Hier, on a eu des Suisses et des Californiens”, explique- t-il. “En général, il y a principalement des Français, et beaucoup d’Américains.”

Nul besoin d’enquêter pour vérifier les propos d’Alberto. Dans les rangs de visiteurs, les accents se mélangent, mais les touristes venus de l’Hexagone affluent sans discontinuer. “C’est notre meilleure clientèle”, s’enthousiasme Alfredo. “La France utilise beaucoup plus la vanille que nous. Ils l’achètent en gousse, alors que les Américains préfèrent l’extrait de vanille.”

Mis à part les simples vacanciers, les chefs cuisiniers aussi se pressent dans les plantations de l’île. Ils cherchent à y débusquer l’arôme manquant à leur dessert ou à leurs nouvelles inspirations. En haussant un sourcil, perplexe, Alfredo s’amuse : “Maintenant, ils font même du poisson à la vanille. Et si tu n’aimes pas le poisson, ils font du poulet à la vanille.”

Moeata Hioe, propriétaire du domaine, confesse : “Ce sont les chefs français qui ont fait notre réputation. Ils sont là pour la production haut de gamme. Par contre, ils ne viennent que pour des petites quantités.” La qualité plutôt que la quantité, les exploitants de Tahaa en ont fait leur credo.

À raison : la concurrence malgache constitue 85 % du marché international. Ne pesant que 2 % de la production mondiale, la vanille tahitienne s’illustre par ses gousses plus grasses et fruitées que la variété bourbon.

 

60 000 F le kilo de gousses

 

“Aujourd’hui, on est victime de notre succès”, plaisante Moeata Hioe. Les cinq tonnes transformées par la ferme, cette année, partiront facilement avant janvier. La quasi totalité sera expédiée en direction du Danemark, principal client de la Vallée de la vanille.

L’exploitation exporte depuis dix ans, mais la place de la vanille de Tahaa sur le marché international remonte à bien plus longtemps. Avant les Français, les Américains ou les Danois, il y avait les Chinois.

Fille de producteur, Éleanor Reva se souvient être allée négocier pour son père, durant les années 2000. “Il nous envoyait en bateau à Tahiti pour rencontrer les acheteurs chinois. On leur vendait à très bas coût : les gousses de 19 centimètres valaient environ 25 000 F le kilo, contre 60 000 aujourd’hui.”

Tributaire de l’industrie agro-alimentaire, le cours de l’épice avait fortement chuté à cause de l’introduction de la vanille artificielle, dans les années 1960. Plus récemment, l’essor du bio a revigoré l’intérêt des acheteurs les plus exigeants envers Tahaa.

Deuxième épice la plus chère du monde après le safran, la vanille est désormais un produit de luxe. Toutefois, si l’horizon semble dégagé, un nuage plane sur les vanillères de l’île : celui du réchauffement climatique.

 

ML et VB

 

La recette de Jérémy Martin chef cuisinier au Méridien : Ceviche de mahi mahi, pulpe de tomate à la vanille de Tahaa, chip’s de uru

(© Marion Lecas)

(© Marion Lecas)

Ingrédients :

Pour le poisson :

600 gr : mahi-mahi

20 cl :sauce soja

2 citrons verts

4 gr : piment d’Espelette

4 gr : fleur de sel

4 gr : ondashi

 

Pour la pulpe :

1,6 kg : tomates

2 gousses de vanille de Tahaa

15 cl de liqueur de vanille

10 gr d’ail 30 gr de céleri en branche

10 cl d’huile d’olive

 

Condiments :

50 gr oignon vert

50 gr olive noire

60 gr oignon blanc

 

Chip’s :

15 gr d’ail

1/2 Uru

80 gr : pain rustique

 

Préparation :

D’abord, taillez le mahi mahi en sashimi. Réservez au frais. Pour la pulpe de tomate, mixez tous les ingrédients cités (tomates coupées en quartier, ail, céleri en dé, vanille grattée, liqueur et huile d’olive). Taillez les oignons verts en biseaux. Tranchez les oignons blancs. Émincez l’ail et le faire frire à 160°. Mixez les olives, les faire sécher au four à 110° pour en faire comme un sel. Tranchez finement le pain et le faire sécher au four à 110°. Assaisonnez les sashimis avec le ondashi, le jus de citron, le soja et le piment.

Pour le dressage : dans le fond d’une assiette creuse, versez la pulpe de tomate, disposez les sashimis en rosace, rajoutez les chips et les condiments.

 

Bon appétit !

 

Éleonor Reva et son père Bernard ont “vécu dans la vanille”.

Éleonor Reva et son père Bernard ont “vécu dans la vanille”. (© Marion Lecas)

Un plan de vanillier. vanille

Un plan de vanillier. (© Marion Lecas)

vallée de la vanille

Chaque année, la Vallée de la vanille, principale ferme de Tahaa exporte environ cinq tonnes d’épice. (© Marion Lecas)

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Retraites : Selon-vous, la réforme de la Protection sociale généralisée est-elle nécessaire, même si cela suppose des efforts de tous pour la survie du système ?

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete