Reprise et rechute pour le gouvernement

    mercredi 26 août 2015

    La session extraordinaire s’est ouverte hier par la mise en échec d’un texte présenté par le gouvernement. L’UPLD et le Tahoera’a ont demandé le report de l’étude de la proposition de loi du Pays sur l’organisation du transport interinsulaire maritime et aérien. Comme un avant-goût de ce qui se prépare pour la session budgétaire à venir.

    Hier, les élus de l’assemblée de la Polynésie française ont rendu hommage dans la matinée à deux disparus : Maco Nena et la stabilité institutionnelle du Pays. Le premier a eu droit à un long discours du président de l’hémicycle, rappelant l’engagement de l’homme dans le monde associatif et sportif. Plutôt qu’une minute de silence, Maco Nena, représenté hier par quelques membres de sa famille, aura droit aux applaudissements des élus.
    Quand à la défunte stabilité politique, les élus de l’assemblée se sont là encore entendus pendant trois heures pour lui rendre hommage. Un projet de loi du Pays relatif à l’organisation du transport interinsulaire maritime et aérien a été étudié. Un projet de texte qui doit instituer, entre autres, la mise en place de la délégation de service public dans les transports. Une démarche dénoncée par les armateurs, mais qui serait un préalable à l’accession à la défiscalisation métropolitaine pour les armateurs et les compagnies aériennes locales.
    Une proposition de loi qui doit se mettre au diapason avec le prochain schéma directeur des déplacements durables interinsulaires. Et c’est là que le bât blesse. Ce schéma directeur, les élus de l’opposition affirment n’en avoir qu’une connaissance partielle et souhaitent l’étudier avant de voter. Conséquence immédiate, l’ULPD et le Tahoera’a, de concert, ont demandé à repousser l’étude du projet de loi du Pays sur l’organisation des transports interinsulaires. Du côté d’ATP et du Tapura, on a crié au report motivé pour des raisons politiques.
    “Vous mettez la charrue avant les bœufs”, a reproché hier Gilda Vaiho-Faatoa après une longue intervention de son collègue Tahoera’a Evans Haumani pour démonter le texte. “L’adoption de ce texte intervient de manière prématurée et devrait se faire à la lumière du schéma directeur.” Une sortie qui a fait bondir Lana Tetuanui : “Le schéma directeur est en préparation depuis le mois de mars. Vous avez brillé par vos absences.” Et de poursuivre : “On gueule à chaque budget, mais quand on fait un comité de pilotage, il n’y a personne.”

    L’absence de majorité se fait sentir

    Malgré cette intervention, Tony Géros a lui aussi abondé dans le sens du Tahoera’a en demandant le report du texte de loi.
    Hier, la majorité à Tarahoi était propriété du Tahoera’a et de l’UPLD, préfiguration de ce qu’Édouard Fritch va devoir affronter les prochains mois. “Je n’ai pas les 29 élus pour faire voter cette loi du Pays”, a-t-il constaté. “Je renvoie le dossier en commission en espérant qu’il sera voté avant la fin de sa session extraordinaire.”
    Une décision qui a fait sortir la sénatrice Tetuanui de ses gonds. “Certains ont décidé de casser tout ce qui vient de ce gouvernement. (…) Les prochains textes, ce sera la même sérénade.” Et de regarder Édouard Fritch dans les yeux : “Je vous préviens, si vous faites ça aujourd’hui, je ne sais pas qu’elle sera la suite.”
    La suite s’annonce compliquée. Le président de la Polynésie française le sait. Tant qu’il n’aura pas 29 élus fixes qui se rangeront derrière son action, il sera le jouet du bon vouloir du Tahoera’a et de l’UPLD.
    Dans une récente interview, le président de l’assemblée de Polynésie française, Marcel Tuihani, expliquait avoir hâte de reprendre les sessions après les vacances pour connaître quelle sera la tonalité des discours à un mois de la session budgétaire.
    En moins de trois heures, le ton était donné.

    Bertrand Prévost

     

    Édouard Fritch, président du Pays : “Des élus viennent mentir à l’assemblée”

    Que pensez-vous de l’aller-retour de Jacques Raioha entre le Tahoera’a et le Tapura ?
    (Faussement surpris) Ah, je ne sais pas. Il a changé d’avis ? Vendredi, il est venu à la réunion. Il a signé au Tapura. Aujourd’hui, il dit vouloir rester au Tahoera’a. Il est libre, je ne vais pas lui courir après pour le faire changer d’avis.

    Il avait signé dans le groupe Tapura ?
    Maintenant, il faut lui demander pourquoi il a signé. Je sais que ce n’est pas pour mes beaux yeux, c’est ce qu’il a dit. On verra.

    Vous croyez encore à d’autres arrivées dans le groupe ?
    Je n’y ai jamais cru. Je laisse le temps faire son travail. C’est gênant. C’est très gênant. Je ne passerai aucune loi du Pays dans ces conditions. On essaye d’aménager les choses. Je pense que cette loi du Pays aujourd’hui passera lors de cette session… Il faut être optimiste.

    N’avez-vous pas peur que le rejet du texte ce matin soit le premier d’une longue série ?
    Cela nous demandera beaucoup de travail, beaucoup de temps à discuter. Si les motivations sont fondées, nous avons des réponses. Si elles sont politiques comme ce matin où des élus viennent mentir à l’assemblée… Il y a eu des commissions, des réunions sur ce texte. On commence à raconter des histoires, on mélange tout. Je ne vois pas ce que vient faire EDT dans les transports interinsulaires par exemple. Oui, c’est du blocage.

    Marcel Tuihani, secrétaire général du Tahoera’a : Jacques Raioha “est revenu à la raison”

    Jacques Raioha avait signé son départ du groupe et le voilà revenu. Comment l’expliquez-vous ?
    De ce que j’en sais, un document aurait été signé vendredi soir pour m’indiquer sa démission du Tahoera’a. Mais ce matin, Jacques Raioha m’a adressé un courrier pour confirmer sa présence au sein du groupe Tahoera’a, précisant que tous les documents qu’il a pu signer auparavant sont nuls et non avenus. C’est là sa volonté de rester Tahoera’a, même si des événements se sont produits en fin de semaine dernière.

    Comment cela s’explique-t-il ?
    C’est une volonté de sa part. Je l’ai eu au téléphone ce matin et il m’a indiqué qu’il était dans un contexte instable, ce qui l’a amené à faire ce choix. Je considère aujourd’hui qu’il est revenu à la raison.

     

    Dauphin Domingo, Heifara Izal, Jacques Raioha, même combat

    Hier matin, tous les regards étaient tournés vers le siège vide de Jacques Raioha. L’élu des Tuamotu a affirmé tout le week-end vouloir quitter le Tahoera’a pour le Tapura, avant de se raviser lundi soir et de le faire savoir mardi matin.
    C’est en effet sur les réseaux sociaux vers 23 heures lundi que Jacques Raioha a fait savoir qu’il faisait machine arrière. À un commentaire qui disait : “C’est une véritable vente aux enchères à laquelle ces girouettes participent. Le gouvernement met en vente ses postes les plus convoités pour attirer des girouettes et créer des vocations, à l’image de Jacques Raioha”, l’élu Tahoera’a répondait : “ Vous m’avez ouvert les yeux, je rentre à la maison. Au Tahoera’a Huiraatira.”
    Mardi matin, il officialisait ce retour par courrier à la présidence de l’assemblée, tout en esquivant la séance pour éviter d’avoir à se justifier devant la presse. Il nous le dira d’ailleurs par téléphone, très remonté que l’information soit sortie dès samedi dernier et faisant comprendre que le gouvernement l’avait doublé. Un retour express qui rentre dans la grande ligne des élus indécis, comme Dauphin Domingo ou Heifara Izal.
    En avril 2006, l’actuel maire de Hitia’a o te Ra a changé près de quatre fois de camp sur trois jours. Les 18, 19 et 20 avril, il passe de l’UPLD au Tahoera’a, deux fois, avant de se voir offrir un ministère par Oscar Temaru pour le calmer.
    En décembre 2009, c’est Heifara Izal qui fait la valse-hésitation pour négocier au mieux les intérêts d’un Ai’a Api en difficulté. En l’espace de deux heures, la compagne d’Émile Vernaudon quitte le Tahoera’a pour l’UPLD avant de revenir. Téléphone à l’oreille, les militants Ai’a Api derrière elle, elle a joué au jeu du chat et de la souris toute la journée… Pour finir non inscrite quelque temps après.

     

    Louis Bresson 2015-08-26 15:55:00
    Le but de cette opération "veto" du Tahoera et de l'UPLD est d'accréditer l'idée que l'Assemblée est toute puissante et que le gouvernement ne peut rien faire sans elle. Ce qui est faux bien entendu. Edouard Fritch a reçu un mandat d'une majorité pour gouverner, et il peut parfaitement le faire, avec l'arsenal législatif existant, en évitant le piège des manoeuvres de politique politicienne. Il y a tellement à faire sur le terrain, avec la société civile, avec les forces économiques, avec les communes.
    Lors des prochains scrutins, qu'ils arrivent à l'échéance normale ou qu'ils soient anticipés à cause d'un blocage budgétaire, il sera facile aux électeurs de faire la différence entre ceux qui ont agit et ceux qui leur ont mis des bâtons dans les roues.
    lebororo 2015-08-26 11:49:00
    La vie politique est surtout un avantage pour la "mousse"...
    le peuple n'est pas le plus important pour eux.
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