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“Rien ne se fera sans que la population locale ne soit consultée”

mardi 11 juillet 2017

Taputapuatea

Thomas Moutame, maire de Taputapuatea et président
du comité de gestion du site classé, le ministre de la Culture Heremoana Maamaatuaiahutapu et Richard Tuheiava, président de l’association Na papa e va’u, il y a deux jours, à Cracovie pour la réunion sur le patrimoine mondial. (© Photo : Facebook/Ariihau Richard Tuheiava)


Taputapuatea est, comme le souligne le ministère de la Culture, le premier paysage culturel français d’outre-mer et le quatrième de la grande aire du Triangle polynésien –  avec le  parc national de Rapa Nui  et les biens mixtes Papahanaumokuakea (aire marine) à Hawaii et Tongariro en Nouvelle-Zélande – à intégrer le petit nombre de biens culturels reconnus par la communauté internationale. Reste maintenant à préciser le plan de gestion du site, car l’Unesco n’impose pas de réglementation et la classification n’a pas de portée juridique en tant que telle. Les précisions de Richard Tuheiava, très impliqué dans ce dossier depuis douze ans et président de l’association Na papa e va’u.

 

Qui va s’occuper de la gestion du site de Taputapuatea ?
La gestion administrative est laissée au service de la culture et du patrimoine, qui est l’affectataire. À chaque fois qu’il y a un statut particulier, comme c’était le cas pour la Nouvelle-Calédonie, c’est le “propriétaire” qui gère – le Territoire. L’État a joué un rôle de portage du dossier, un rôle technique et d’assistance. Il faut savoir aussi qu’un comité de gestion a été créé, comme pour chaque site de l’Unesco, qui regroupe les représentants de la société civile dont fait partie l’association Na papa e va’u que je préside. C’est le maire (Thomas Moutame, NDLR) qui est président du comité de gestion.

 

L’Unesco ne demande qu’un rapport de suivi tous les six ans, est-ce exact ?
C’est l’obligation normale, mais telle qu’elle a été adoptée, la résolution contient des recommandations qui doivent être remplies dans les six mois et qui ont essentiellement trait au plan de gestion. Par contre, au niveau de la gestion, le plan n’a pas encore réellement transpiré, donc il faut qu’il fasse ses preuves.

 

Quelles obligations, par exemple du point de vue environnemental, la Polynésie devra-t-elle remplir pour que Taputapuatea reste inscrit ?
Le dossier, tel qu’il a été approuvé, contient des dispositions qui ont trait aussi bien à la conservation, c’est-à-dire que le site ne se dégrade pas, qu’à la gestion, c’est-à-dire l’animation. Pour l’instant, les obligations ne sont pas hyperstrictes, c’est le minimum qu’un dossier Unesco puisse contenir. Bien sûr, il ne faut pas que les activités viennent complètement dégrader le bien. Mais toutes les activités de pêche, les activités traditionnelles et ne sont pas du tout impactées.

Toutes les activités agricoles, si elles sont sur des parcelles privées, sont libres. C’est uniquement sur le plan urbanistique qu’il y a des contraintes, puisque c’est un paysage qui a été classé, pas uniquement les vestiges.
Une zone tampon est également prévue. Quel est son rôle et en quoi limite-t-elle l’activité ?
C’est une zone sur laquelle les obligations sont moins strictes que sur la zone classée. Elle sert de bouclier, pour éviter les tentatives de dégradations qui pourraient toucher l’intégrité du bien.

 

Pour la population de Raiatea, est-ce que le classement va créer de nouvelles contraintes ?
Pas vraiment, en fait. C’est beaucoup plus un encadrement et une mise en forme de la manière dont les visites pourront être faites à l’avenir, avec une forme à respecter, par exemple en se déchaussant – comme une espèce de mini-PGA (plan général d’aménagement, NDLR), ou de règlement intérieur. Par contre, ce qui est important, c’est surtout l’activité commerciale qui va certainement croître, et il est important que la population réalise le plus rapidement possible l’importance de cette mesure.

 

Le comité de gestion aura-t-il une activité commerciale ?
A priori, le comité de gestion ne gère pas de fonds, en revanche, il a un pouvoir qui est supérieur, puisque non seulement il est présidé par le maire de qui dépendent toutes les infrastructures communales, mais en plus, il délivre les autorisations – lorsqu’une école souhaite se rendre sur le site ou qu’une activité particulière est envisagée, le comité de gestion est saisi.

 

Donc ni sur le site, ni sur la zone tampon il ne peut y avoir de construction, par exemple un resort ?
C’est justement là le point fort : comme c’est l’aspect paysager qui a été classé, l’inscription prévoit des restrictions en matière urbanistique. Tant que le caractère authentique et naturel du paysage est respecté, tout ira bien, mais dès lors qu’il y aurait des projets de construction qui sortent de l’ordinaire, que ce soit en termes de hauteur ou de matériaux, là, effectivement, le comité de gestion s’en saisirait. Mais rien ne se fera sans que la population locale ne soit consultée, c’est véritablement l’un des points victorieux que nous avons réussi à assurer dans ce dossier.

 

Comment la stratégie touristique autour de cette inscription sera-t-elle déclinée ? Avec le service du tourisme ? Tahiti Tourisme ?
Oui, les différents services du Pays seront sollicités. Je pense que la commune de Taputapuatea, et même les trois communes de Raiatea puisque les répercussions touchent toute l’île, comme les taxes de séjour, vont vraisemblablement devoir discuter, si ce n’est pas déjà le cas, car le CGCT (code général des collectivités territoriales, NDLR) donne aux communes certaines compétences en matière de développement économique local.

En avril, à l’assemblée, l’UPLD a demandé au ministre de la Culture si les noms liés à Taputapuatea seraient déposés pour être protégés. Le gouvernement va-t-il faire quelque chose dans ce sens ?
Oui, Heremoana Maamaatuaiahutapu m’a rassuré : un texte est en cours d’élaboration, et le Pays et la commune se sont rapprochés de l’Inpi (institut national de la propriété industrielle, NDLR) et peut-être même l’Ompi (organisation mondiale de la propriété intellectuelle, NDLR) pour protéger l’appellation.

 

Propos recueillis
par Caroline Perdrix

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