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Roonui et Chimé pionniers du tatouage à l’étranger

vendredi 14 septembre 2018

De gauche à droite, Chimé, Purotu et Roonui. (© Philippe Vinckier/LDT)

De gauche à droite, Chimé, Purotu et Roonui. (© Philippe Vinckier/LDT)


Avant que le tatouage polynésien et ses motifs traditionnels ne soient connus dans le monde entier il a fallu le faire découvrir. Chimé, Roonui, mais aussi Purotu, sont les précurseurs de la renaissance du tatouage polynésien, il y a plus de vingt ans.

Tous trois originaires de Moorea, Chimé, Roonui, et Purotu ont, à force de travail, réussi à donner une nouvelle image au tatouage polynésien et ont grandement participé à sa promotion à travers le monde.

Pour ce faire, ils ont dû s’exporter, ne pas hésiter à partir. Au départ à l’aventure, sans autres bagages que leur art et la volonté de se faire connaître, aller toujours plus loin pour que le tatouage connaisse la notoriété qu’il a acquise aujourd’hui. 

De son côté, Chimé – de son nom d’artiste – a contribué à cette reconnaissance, il nous confie son parcours : “Pour moi l’idée de m’exporter est venu de Raymond Graffe, à l’époque il y a plus de 25 ans, il m’avait conseillé de partir pour que le tatouage polynésien dépasse nos frontières. Il y avait beaucoup de gens qui commençaient à faire n’importe quoi à l’étranger en s’appropriant nos motifs et on a senti qu’il fallait réagir.

J’ai suivi ce conseil et je suis parti. Au début, près de 25 ans en arrière, nous étions d’illustres inconnus dans le monde du tatouage. Je suis arrivé juste après Paulo Sulu’ape, tatoueur des Samoa qui, finalement, a ouvert la voie au tatouage traditionnel polynésien.

À cette époque, nos motifs n’étaient pas connus et il a fallu faire des planches pour proposer des motifs. C’était vraiment l’aventure. À mon arrivée en France et j’ai été accueilli par un tatoueur, Bruno Kea, que j’ai connu à Moorea. Nous avons travaillé ensemble quelque temps sur la France et en Belgique. Nous sommes partis à Amsterdam où j’ai réussi à travailler chez Hanky Panky au musée du tatouage d’Amsterdam. J’ai d’ailleurs pu rencontrer Paulo Sulu’ape qui m’a convaincu de rester au plus proche de la tradition. J’ai commencé à présenter mon travail dans des shops où j’étais accueilli en tant qu’invité.

Ça a été dur et il a fallu plusieurs années pour se faire reconnaître en tant que tatoueurs au niveau international. J’ai ensuite beaucoup bougé dans toute l’Europe, en suivant le même principe et notamment en Espagne, où je suis resté sept ans. Dans le même temps j’ai commencé aussi à m’intégrer aux conventions et aux salons internationaux, ce qui m’a permis de rencontrer beaucoup de monde et petit à petit, de faire reconnaître mon travail et surtout, défendre l’image du tatouage polynésien. Aujourd’hui, nous avons une très bonne image et j’ai finalement posé mes valises du côté de Bordeaux. Avec ma compagne, on a ouvert un salon. J’ai une façon très particulière de travailler, je ne fais que du traditionnel et je prends mon temps avec les gens que je tatoue, j’aime créer un lien.

Je discute donc beaucoup avec mes clients, pour moi c’est primordial, on ne peut pas faire n’importe quoi sur n’importe qui ; nos tatouages, à l’origine, définissaient qui vous étiez, une carte d’identité que vous portiez à même la peau.

Aujourd’hui, au travers de la relation que j’ai avec les personnes que je tatoue, j’essaye de retranscrire au travers de mes dessins l’histoire de la personne. Je pense être l’un des plus lents dans mon travail car aujourd’hui les rendez-vous au salon doivent être pris plusieurs mois en avance.”

 

“C’est une identité culturelle qui fait partie intégrante de notre mana”

 

De son côté, Roonui a aussi grandement participé à la reconnaissance du tatouage polynésien. Pour lui aussi, le parcours n’a pas été facile et il a fallu travailler dur pour se faire une place au niveau international dans le monde des tatoueurs.

“Nous avons été, avec Chimé et Purotu, à l’origine de la renaissance du tatouage en Polynésie. Au départ nous avons appris sur le tas. À l’époque il n’y avais pas internet, il fallait vraiment être passionné et en vivre n’était pas facile. En plus au niveau local le tatouage n’était pas à la mode ; les Polynésiens qui se faisaient tatouer étaient rares, on travaillait beaucoup plus avec les touristes. Certains revenaient même pour continuer leur tatouage. Il faut voir la réalité en face : l’aspect financier a aussi contribué à notre départ.

Si vraiment on voulait vivre de notre art en ce temps-là, il fallait partir, un choix difficile mais nécessaire. On a aussi compris que si l’on voulait que le tatouage avec nos motifs traditionnels soit reconnu dans le monde, il fallait que nous les tatoueurs, on l’exporte. L’aspect financier, et la volonté que le tatouage polynésien soit reconnu au niveau international m’ont poussé à prendre la décision de partir.

Pour ma part, je me suis installé au Canada où je me vis maintenant. C’est sûr, les débuts n’ont pas été faciles mais tout c’est enclenché rapidement. Une fois installé au Canada, le monde était ouvert. J’ai commencé à faire des salons dans le monde entier. À chaque salon, de nouvelles rencontres m’emmenaient vers d’autres destinations et j’ai commencé à être invité un peu partout, il a fallu travailler dur. Pendant plusieurs années, j’ai beaucoup voyagé et peu à peu, je me suis fait une place au niveau international.

Aujourd’hui j’ai mon shop, Tahiti Tattoo, à Longueuil dans la province de Québec au Canada. Je continue à bouger tout au long de l’année. J’ai des invitations dans des salons. Je dois même en refuser certaines par manque de temps. Mais l’important pour moi, c’est qu’aujourd’hui le tatouage polynésien est reconnu dans le monde.

Les Polynésiens qui, hier voyaient dans le tatouage, le symbole d’un passé paganiste, lui ont aujourd’hui rendu sa vraie place. C’est une identité culturelle qui fait partie intégrante de notre mana. Pour moi aujourd’hui c’est un véritable retour aux sources.”

 

De notre correspondant Philippe Vinckier

 

roonui

Pour Roonui, c’est un retour aux sources. (© Philippe Vinckier/LDT)

chimé

Chimé en plein travail, un tracé toujours à main levée. (© Philippe Vinckier/LDT)

 

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