Russie – Le ministre de l’Économie inculpé pour corruption

    mercredi 16 novembre 2016

    Le ministre russe  de l’Économie,  Alexeï Oulioukaïev,  a été assigné à résidence et démis de ses fonctions, hier. (© DR)

    Le ministre russe de l’Économie, Alexeï Oulioukaïev, a été assigné à résidence et démis de ses fonctions, hier. (© DR)

     

    Le ministre russe de l’Économie Alexeï Oulioukaïev a été assigné à résidence et démis de ses fonctions, hier, après son inculpation pour avoir, selon les enquêteurs, tenté de soutirer deux millions de dollars au puissant groupe pétrolier Rosneft. Visage fermé derrière ses lunettes carrées, costume sombre : celui qui, quelques heures plus tôt, gérait une administration clé dans un pays en récession, était arrivé sous escorte au tribunal moscovite qui devait décider de son sort le temps de l’enquête.

    “Je suis déterminé à coopérer avec les enquêteurs autant que possible puisque ma réputation ne peut être lavée qu’en trouvant la vérité”, avait déclaré Alexeï Oulioukaïev avant la décision du tribunal, cité par les agences russes. “Il dit qu’il n’est pas coupable. Il dit que c’est une provocation”, a déclaré son avocat, Timofeï Gridnev.

    Le tribunal a décidé d’assigner Alexeï Oulioukaïev, 60 ans, à résidence jusqu’au 15 janvier et lui a refusé des promenades quotidiennes malgré la requête de ses avocats qui ont invoqué les problèmes de santé de leur client.  Il lui est également interdit de communiquer avec l’extérieur, d’utiliser un téléphone ou de recevoir de la visite, hormis celle de ses proches.

    Le président russe Vladimir Poutine a, pour sa part, limogé Alexeï Oulioukaïev peu après la décision du tribunal. Il a été remplacé par son adjoint, Evguéni Eline, 54 ans, selon la porte-parole du gouvernement, Natalia Timakova.
    Selon des informations du tribunal citées par l’agence de presse publique russe TASS, au moins deux personnes ont témoigné contre l’ex-ministre.

    Le Comité d’enquête, principal organe d’investigation en Russie, a également affirmé posséder des “preuves accablantes” contre Alexeï Oulioukaïev, notamment des enregistrements audio et vidéo.
    Il s’agit du plus haut responsable russe interpellé pour de telles accusations depuis l’arrivée au pouvoir en 2000 de Vladimir Poutine.

    Il a été arrêté lundi peu avant minuit lors d’une opération menée par les services secrets russes alors que, selon les enquêteurs, il s’apprêtait à empocher deux millions de dollars au siège de Rosneft. Alexeï Oulioukaïev a été ensuite inculpé formellement d’“extorsion de pots-de-vin”. Il risque jusqu’à 15 ans de prison.

    Selon les enquêteurs, l’ex-ministre a “exigé de la direction de Rosneft” ces deux millions de dollars en échange de son feu vert pour l’acquisition par le géant pétrolier semi-public russe Rosneft du pétrolier Bachneft, appartenant à l’État.
    Il a “menacé d’user des pouvoirs liés à sa fonction pour faire obstacle aux activités du groupe” si ce dernier ne s’exécutait pas, a précisé la même source. La direction de Rosneft aurait alors contacté les autorités.

    Nouvelle affaire médiatisée pour montrer la détermination de la lutte anticorruption ou règlement de comptes entre clans du Kremlin ?
    L’ancien député d’opposition Guennadi Goudkov a, lui, vu dans cette affaire “une intensification des luttes internes pour l’influence, les flux financiers et les postes”.
    Rosneft est dirigé par Igor Setchine, un proche de Vladimir Poutine aussi discret qu’influent et considéré comme l’un des chefs de file des “siloviki”, responsables issus comme Vladimir Poutine des services secrets, de l’armée ou de la police.
    Alexeï Oulioukaïev était, pour sa part, partisan de réformes de libéralisation et avait mis en garde contre la “stagnation” de l’économie russe.

    Comme une grande partie du gouvernement, il s’était publiquement opposé dans un premier temps à la vente de la moitié du capital de Bachneft à Rosneft, la plus grosse cession d’actifs réalisée cette année par l’État russe pour renflouer son budget plombé par l’effondrement des cours du pétrole.
    Après que le Kremlin avait approuvé la vente, il avait dû mettre en œuvre en octobre cette transaction d’environ 5 milliards de dollars.
    Certains observateurs restaient dubitatifs quant aux raisons qui auraient poussé Alexeï Oulioukaïev, ministre relativement peu influent, à s’attaquer à une entreprise aussi puissante. “Il faut être fou pour menacer Rosneft, un mois après la transaction approuvée, et extorquer deux millions de dollars à Igor Setchine, l’un des personnages les plus influents du pays”, a réagi Alexandre Chokhine, président de l’Union des industriels et entrepreneurs.

     

    AFP

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