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Salaires : que cachent les inégalités hommes-femmes ?

mardi 8 novembre 2016

En équivalent temps plein, les femmes gagnent 4,4 % de moins que les hommes au fenua.  Mais ce chiffre ne serait pas révélateur, selon l’économiste Florent Venayre. (© Hono Amo)

En équivalent temps plein, les femmes gagnent 4,4 % de moins que les hommes au fenua. Mais ce chiffre ne serait pas révélateur, selon l’économiste Florent Venayre. (© Hono Amo)

 

En équivalent temps plein, une femme gagne 4,4 % de moins qu’un homme en Polynésie française. Ce chiffre, qui ne tient pas compte du poste occupé ni du niveau de qualification, est toutefois à prendre avec des pincettes, selon l’économiste Florent Venayre.
L’élue Armelle Merceron, membre de l’Union des femmes francophones d’Océanie, réclame une étude fouillée sur laquelle pourrait s’appuyer une politique publique.

 

 

Inspirés par une récente manifestation islandaise, plusieurs mouvements féministes de métropole ont appelé hier les Françaises à cesser symboliquement le travail à 16 h 34 et 7,5 secondes.
Selon eux, à cette date et cette heure précises, les hommes actifs avaient déjà gagné, en moyenne depuis le début de l’année, ce que les travailleuses mettront, elles, un an entier à toucher.

À l’origine de ce calcul : des statistiques de 2010 montrant qu’en France, les femmes gagnent en moyenne 15,1 % de moins que les hommes.
Et au fenua, qu’en est-il ? Si l’on s’en tient aux données de l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF), les femmes ont gagné, en moyenne, en 2015, 11,8 % de moins que les hommes et pourraient donc se mettre en grève symbolique dès la fin de la semaine prochaine.

Mais attention, prévient l’économiste Florent Venayre : “On ne peut pas interpréter ce chiffre-là. Pour comparer la différence de traitement entre les femmes et les hommes, il faudrait le faire à temps de travail égal, poste égal et niveau de qualification égal. En tant qu’économiste, je préfère comparer ce qui est comparable.”

La différence est beaucoup moins spectaculaire, en effet, lorsque l’on regarde le salaire équivalent temps plein : celui des Polynésiennes était, toujours en 2015, de 4,4 % inférieur à celui des Polynésiens.
“Je comprends que ça puisse agacer, mais ce n’est pas colossal”, remarque Florent Venayre. À ce compte-là, ce n’est qu’à partir du 16 décembre que les femmes pourraient se mettre en grève au fenua.

En affinant par secteur d’activité, cette fois-ci sur la base de chiffres datant de 2013, on s’aperçoit ensuite qu’en équivalent temps plein, les agricultrices polynésiennes gagnent par exemple 7,6 % de moins que leurs homologues masculins.

Le fossé se creuse à 24,4 % dans la catégorie “Activités financières et d’assurance”, et même à 33 % dans le secteur “Santé humaine et action sociale”.
Mais à l’inverse, les femmes gagnent 4,6 % de plus que les hommes dans la catégorie “Production et distribution d’eau ; assainissement, gestion des déchets et dépollution”, ou encore 16 % de plus dans la construction !

Resterait, donc, à comparer les salaires poste par poste, chez des hommes et des femmes ayant le même niveau de qualification, la même ancienneté, et à peu près la même trajectoire de carrière.
Les statistiques montrent aujourd’hui que les femmes de Polynésie sont plus diplômées que les hommes (19,3 % des 25-39 ans détiennent un diplôme universitaire, contre 13,9 % des hommes du même âge).

Pourquoi cela ne se retrouve pas dans les salaires ? Est-ce dû au morcellement de leur vie professionnelle, le taux de chômage et le temps partiel (volontaire ou subi) étant plus élevé chez les femmes ?
Est-ce le type de postes qu’elles occupent qui est moins bien rémunéré ?
Ou le simple fait de recruteurs misogynes ? “Je ne ressens pas d’inégalités de salaires dans les milieux professionnels que je côtoie, ni de discrimination à l’embauche, confie Virginie Bruant, élue à l’assemblée et chef d’entreprise. Il y a parmi les patrons des hommes, des femmes… L’océanisation des cadres revient plus sur le tapis que l’inégalité hommes-femmes. Mais tant qu’il n’y a pas de vraie étude, c’est très compliqué d’avoir un avis.”

 

Pas de réglementation sur les salaires

 

Aucune étude fouillée ne s’est, en effet, jamais penchée sur la question. Armelle Merceron, élue à l’assemblée de la Polynésie et membre de l’Union des femmes francophones d’Océanie, le regrette (lire ci-dessous), car ce n’est que sur “des données non contestables et objectives” que pourrait, selon elle, “s’appuyer une politique publique”.

En Polynésie, plusieurs dispositions interdisent déjà la discrimination basée sur le sexe. Une loi française de 2008, transposée au fenua, stipule ainsi que “constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement de son sexe (…), une personne est traitée de manière moins favorable qu’une autre ne l’est, ne l’a été ou ne l’aura été dans une situation comparable”.

Une loi de pays de 2013 précise également que “pour une offre d’emploi, ne peuvent être pris en considération l’origine, le sexe, les mœurs, l’orientation ou l’identité sexuelle (…)”.

Mais rien n’est imposé en matière de salaires. 

 

 

Marie Guitton

La grossesse : un “risque” qui coûte cher ?

“De façon générale, il y a une explication théorique à la différence de salaires entre les hommes et les femmes, explique l’économiste Florent Venayre. C’est difficile à entendre, mais c’est la notion de risque pour l’employeur.” De nombreux patrons considèrent que les mamans seraient plus enclines que les papas à s’absenter pour des raisons liées à la santé de leurs enfants. “Et évidemment, précise-t-il, le gros aspect qui poserait un problème à l’employeur, c’est la maternité potentielle”, qui va de pair avec six semaines de congés avant l’accouchement et dix semaines ensuite.
“Or, comme il y a une interdiction légale de discriminer à l’embauche, les salaires seraient plus bas pour intégrer la gestion de ce risque”, remarque l’économiste.
Comment corriger le tir ? Même en divisant le congé post-naissance à parts égales entre le père et la mère, les futures mamans conserveraient leurs six semaines d’arrêt avant l’accouchement. “Je pense que ce n’est pas corrigeable, lâche donc Florent Venayre. Et si l’on forçait les employeurs qui considèrent que les femmes sont porteuses d’un risque à leur offrir la même rémunération que celle des hommes, ils le verraient comme une désincitation à embaucher les femmes. Au final, ce sont donc ces dernières qui seraient encore plus mises à l’écart…
À moins de mettre en place des contrôles draconiens pour éviter toute discrimination.”

 

 

Armelle Merceron, élue à l’assemblée de la Polynésie et membre de l’Union des femmes francophones d’Océanie : “Il ne faut pas se limiter aux revenus”

“Pour moi, ces données de l’ISPF sont éparses et n’ont donc pas de valeur globale. L’Union des femmes francophones d’Océanie, dont je suis membre, préconise d’intégrer dans tous les recueils de données des éléments basés sur la différenciation du genre.
Il ne faut pas se limiter aux revenus. Il faut tenir compte du fait que beaucoup de femmes ont des activités précaires. Elles travaillent à tiers-temps, à mi-temps, elles ont plusieurs employeurs… À diplôme égal au départ, il faudrait aussi pouvoir dire si les femmes ont des déroulements de carrière similaires ou pas à ceux des hommes. Nous, on pense que ce n’est pas le cas, notamment parce que la maternité est perçue comme un risque pour l’employeur. Il y a aussi le taux de chômage qui est plus élevé chez les femmes, et c’est assez paradoxal puisqu’on sait que les filles vont plus loin dans leurs études.  
Souvent, on s’arrête à l’idée que les femmes et les hommes ont les mêmes droits. Mais ça reste des principes. Il faut vérifier qu’effectivement, dans la réalité, c’est le cas.
Donc on voudrait qu’il y ait un vrai tableau de bord. C’est à partir de là qu’on pourra avoir une idée exacte de la situation. On a déjà sollicité, il y a deux ou trois ans, le gouvernement de la Polynésie en ce sens, pour permettre de mettre au jour des éléments d’égalité ou d’inégalité objectifs, pour pouvoir agir. Une politique publique qui pourrait s’appuyer sur des données non contestables et objectives, ça serait déjà une première étape.
À l’heure actuelle, les études sur la différence de traitement des hommes et des femmes au sein des structures privées ou publiques sont très peu fréquentes, ou, en tout cas, ne sont pas publiées, ce qui laisse penser qu’il peut y avoir des inégalités.”

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