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La santé mentale des Polynésiens à la loupe

jeudi 2 novembre 2017

santé mentale

Édouard Fritch et Jacques Raynal, ministre de la Santé, étaient présents pour souligner que l’enquête doit servir à la finalisation du schéma directeur de la santé mentale, sous-chapitre du schéma d’organisation sanitaire. (© Caroline Perdrix)

Comment les Polynésiens appréhendent-ils la santé mentale ? C’est l’objet d’une grande enquête, réalisée à Tahiti, Moorea, Huahine et Bora Bora entre octobre 2015 et février 2017, à l’initiative du Dr Stéphane Amadeo de SOS Suicide, sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cette même étude a déjà été effectuée dans une vingtaine de pays. Une centaine de professionnels de la prise en charge psy étaient réunis mardi matin à la mairie de Pirae pour prendre connaissance des premiers résultats de  cette étude, qui donnera bientôt lieu à une publication.

Quinze étudiants en psychologie à l’ISEPP et quinze élèves infirmiers de l’Institut Mathilde Frébault ont mené des questionnaires extensifs auprès d’un échantillon de 968 personnes majeures, sélectionnées selon la méthode des quotas pour refléter la composition ethnique, économique et sociale de la population générale.

Le suicide reste une problématique particulière en Polynésie, où jusqu’à 18,5 % de la population a fait une tentative. 44 % des personnes ayant fait une tentative de suicide ont vécu un événement traumatisant et, parmi elles, 30 % ont été victimes d’une agression physique, 16,4 % d’une agression sexuelle, 17 % d’un événement climatique. 15 % connaissent des légendes polynésiennes qui parlent de suicide.

Les facteurs les plus significatifs de risque suicidaires sont : être un homme, être jeune (18-29 ans), avec un faible niveau d’études, être célibataire, séparé ou divorcé, avoir vécu un événement traumatisant, être chômeur ou avoir de faibles revenus, être non pratiquant.

42,8 % des personnes interrogées présentaient au moins un trouble psychique (hors risque suicidaire) : parmi elles, 20 % disent avoir des troubles de l’humeur, 26 % des troubles de l’anxiété. 14 % des troubles sont liés à la consommation d’alcool (4 % en France métropolitaine), et seulement 6,4 % sont liés à la drogue.

Une solidarité familiale pas si évidente 17 % des Polynésiens ont fait une psychothérapie (contre 10 % en métropole) ; 22 % ont déjà pris des médicaments pour les nerfs (17 % en métropole), 1,2 % a déjà été soigné pour « folie » (0,4 % en métropole), 1,1 % pour « maladie mentale » (0,7 % en métropole) et 12,2 % pour dépression (19 % en métropole).

Concernant les dépressifs, les Polynésiens estiment, plus qu’ailleurs, qu’il est possible de guérir sans médicaments. De manière générale, la notion de guérison de troubles psychiques est davantage concevable ici qu’en métropole et l’on note un important recours aux soins traditionnels et aux guérisseurs : 20 % des personnes qui ont cherché un recours se sont tournées vers les médecines alternatives, 15,6 % vers une aide religieuse et 2 % vers des aides “magico-religieuses.”

55,8 % des personnes présentant des troubles font appel à leurs proches mais, de façon étonnante, les troubles psychiques sont un facteur d’exclusion de la famille plus important qu’en métropole : 70,8 % des Polynésiens accepteraient de soigner à la maison un proche dépressif, contre 81,7 % en métropole.

Enfin, seuls 15,1 % vont spontanément rechercher une psychothérapie et 12,1 % à une hospitalisation.

En 2015, 710 personnes ont été hospitalisées en psychiatrie.

L’enquête met également en évidence quelques idées reçues : les comportements violents sont considérés comme majoritairement attribuables à des fous ou des malades mentaux, ce qui n’est pas confirmé par les statistiques de la justice puisque moins de 1 % des crimes sont commis par des gens reconnus comme fous. En revanche, les gens souffrant de troubles psychiques ont plus de chances de se faire agresser.

 

C.P.

 

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