“Je savais que j’allais aller à Nuutania mais sinon, c’est lui qui allait me tuer”

    vendredi 17 février 2017

    assises hache

    Tatu T. a fendu la tête de son neveu avec la hache qu’il utilise pour le coprah. (© Florent Collet)

    “Je savais que j’allais aller à Nuutania mais sinon, c’est lui qui allait me tuer.” C’est la pensée qui a tourné en boucle dans l’esprit de Tatu T. durant la nuit suivant l’assassinat de son neveu et avant d’aller se dénoncer, au petit matin, au maire de son atoll de Niau.

    Selon les experts psychiatres et psychologues qui seront entendus aujourd’hui lors de la deuxième journée d’audience de son procès en assises, l’accusé ne souffrait pas d’une abolition du discernement mais seulement d’une altération.

    Intellectuellement limité, il a tenté tant bien que mal d’expliquer pourquoi, dans la nuit du 13 au 14 décembre 2014, il avait porté deux coups mortels à son neveu.

    Avec une hache qu’il utilise d’habitude pour les cocos, le coprahculteur a littéralement fendu le crâne de sa victime, la plaie allant du visage jusqu’à la colonne vertébrale.

    À de nombreuses reprises, il a ainsi répété les multiples menaces de mort de son neveu à son encontre. “Je vais te découper au couteau”, des paroles violentes, entendues par des témoins, y compris par la voisine, la nuit de l’assassinat.

     

    Portrait peu reluisant de la victime

     

    Si Tatu T. est connu comme l’“alcoolo du village”, qui a l’insulte facile lorsqu’il boit, la victime, elle, abuse aussi de l’alcool mais se montre plus violente lorsqu’elle a bu.

    Tatu T. en a fait l’expérience, le jour même. Parce qu’il ne voulait pas partager sa brique de vin pour certains, à cause de la mauvaise répartition des fruits de la récolte du coprah pour d’autres, sans raison réelle pour l’accusé.

    Plus tard dans la journée, Tatu T. affirme également avoir reçu des coups lorsque, de retour à son domicile, il constate que son neveu a tout détruit et demande des explications. L’ultime épisode de rapports mêlant amour filial et conflits.

    La journée d’audience d’hier a en effet permis de dresser le portrait peu reluisant de la victime.

    Adopté de force par son grand-père dès son plus jeune âge, l’homme a notamment grandi avec Tatu et sa tante.
    Appelée à la barre hier, cette dernière a dressé un tableau peu reluisant de son neveu venu vivre chez elle à plusieurs reprises et renvoyé dehors après qu’il l’a battue.

    “Il l’a tué mais ce n’est pas un assassin, il l’a fait pour se protéger. Mon neveu lui a gâché la vie. Il ne lui a pas laissé le choix. Mon frère, lui, lui a laissé plusieurs chances pour travailler. Beaucoup de jeunes ne veulent pas travailler mais veulent de l’argent et agressent ceux qui ont un travail.”

    Et de dénoncer l’oisiveté de son neveau et la mauvaise éducation donnée par sa mère.

    “Elle n’élève ses enfants que pour en faire des Cotorep. Là, j’ai appris qu’elle allait demander de l’argent à mon frère au procès pour un enfant qu’elle n’a jamais élevé. On veut encore de l’argent sans travailler.”

    Une mère qui a également profité de son passage pour régler les comptes avec sa sœur et défendre son fils “qui aurait souffert d’être rejeté par les membres de la famille avec qui il avait grandi”.

    Sans que le sujet ne soit vraiment exploré, les histoires de terre semblent sous-jacentes au sein de cette famille.

    Le ministère public s’est d’ailleurs intéressé à ce thème pour savoir si la dispute au sujet de la répartition de la vente du coprah n’y puisait pas son origine.

    Aujourd’hui, après l’audition des experts psychiatres et psychologues, ce sera l’heure des plaidoiries. Tatu T. encourt la prison à perpétuité.

     

    F.C.

     

     

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