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“Pour elle, se faire frapper par son conjoint, c’est quasi normal”

mercredi 7 juin 2017

tribunal

Moeava, un bras et un genou dans le plâtre, a expliqué ne pas vouloir déposer plainte contre son concubin violent. Il a tout de même été condamné hier à cinq mois de prison, dont un ferme. (© Marie Guitton)

“Vous ne voulez pas déposer plainte, parce que vous pensez être aussi responsable. C’est ça ?” Hier, Moeava* a tristement acquiescé dans la salle du tribunal correctionnel, aux côtés de son concubin qui comparaissait pour l’avoir frappée dans la nuit de samedi à dimanche dernier. “Oui, parce que j’avais bu de l’alcool”, a-t-elle soufflé. “Je pense que si on n’avait pas bu…”

Cette nuit-là, la jeune femme s’était bagarrée avec des gens de sa famille. “Énervée” en rentrant chez elle, elle s’était disputée avec son concubin, qui lui avait assené gifles, coups de poing et coups de pied, jusqu’à ce qu’elle tombe dans les pommes.

Alertés par un voisin, les gendarmes n’avaient pas tardé. Bilan : des contusions, une entorse et un bras cassé pour elle, “chiffrés” à 30 jours d’incapacité temporaire de travail (ITT), et une garde à vue pour lui, qui a donc débouché sur sa comparution immédiate hier.

Le président du tribunal correctionnel a rappelé que Moeava avait déjà subi les coups de son précédent concubin, avec lequel elle avait eu un enfant qui grandissait “ailleurs” aujourd’hui. Et qu’elle avait ensuite eu un second enfant de son nouvel amant, avec lequel les disputes violentes ne sont pas rares non plus. “Vous avez déclaré : ‘ça arrive qu’il me frappe, mais juste des gifles ou des tapes sur le corps’”, a-t-il lu à l’audience.

Face à un tel rapport, le procureur a conclu : “La pauvre, elle a déjà subi des violences pendant des années, alors pour elle, se faire frapper par son conjoint, c’est quasi normal. Mais non, ça ne l’est pas !” Devant les deux parents en larmes, en couple depuis sept ans, il a requis un an de prison dont trois mois ferme, et demandé au papa de réfléchir : “En cas de récidive, on ne pourra pas laisser un enfant au sein d’un couple où la violence est quotidienne.”

Les juges l’ont finalement condamné à cinq mois de prison dont un ferme, et quatre avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans. Parti directement à Nuutania, le détenu devra également faire soigner son addiction à l’alcool et aux produits stupéfiants, et suivre un stage pour “apprendre une manière convenable de vivre en couple”.

 

Marie Guitton

* Le prénom a été changé

 

 

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