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Les seasteaders persuadés de travailler à un monde meilleur

mercredi 17 mai 2017

seasteading

La deuxième journée de la Conférence internationale sur les îles flottantes, hier, était un peu moins fréquentée que la première, mais on notait la présence d’élèves du lycée de Taaone, attirés par les métiers modernes du bâtiment, qui ont pu s’entretenir avec l’architecte Jacques Rougerie. (© Caroline Perdrix)


La première Conférence internationale sur les îles flottantes s’est poursuivie hier, au Méridien Tahiti. Dix personnes ont expliqué en quoi le projet d’îles flottantes est, selon elles, intéressant. Demain, lors de la troisième journée, c’est la question du cadre légal de ces îles qui sera posée.

Dix orateurs ont pris la parole, hier, au Méridien Tahiti, pour expliquer en quoi le projet d’îles flottantes est intéressant pour leurs différentes activités, mais aussi pour la planète et pour l’humanité. Vaste programme, défendu avec plus ou moins de persuasion et de pertinence par les intervenants.

En ouverture de la journée, le sénateur hawaiien Kalani English (lire ci-dessous) a invoqué la mythologie des mokulana, qu’il traduit à la fois par “îles flottantes” ou “îles de la pensée”. Ces îles, qui ne se montraient qu’à certains moments, étaient vues comme des endroits à atteindre, où règnent la paix, l’égalité, l’abondance et le bonheur. Pour lui, le projet du  Seasteading Institute rejoint ainsi le monde traditionnel polynésien.

Neil Davies de l’Université de Berkeley, puis Serge Planes du Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (Criobe), ont ensuite expliqué les travaux scientifiques qu’ils mènent et qui pourraient bénéficier d’un hébergement sur une île flottante. Tous deux ont insisté sur l’immense potentiel de recherche de la Polynésie française.

 

“Vous pouvez créer quelque chose de magique”

 

Egor Rijykov (lire ci-dessous), ambassadeur du Seasteading Institute et spécialiste de robotique, a expliqué en quoi les technologies adaptées des îles flottantes pourront, à terme, bénéficier aux états insulaires qui rencontrent de graves problèmes en matière de perte de terres habitables et cultivables, d’énergie et de traitement des déchets : “La technologie existe, ce n’est qu’une question d’investissement”.

C’est ensuite le professeur C.M. Wang, de l’Université du Queensland, qui a pris la parole. Ce spécialiste en génie civil a montré plusieurs exemples de grandes structures flottantes qui présentent, selon lui, de nombreux avantages : rapidité de construction, mobilité, isolation des tremblements de terre ou encore protection du littoral. Ponts, tunnels, habitations et sites industriels, et même aéroports et espaces agricoles, tout peut être construit en version flottante. “Vous pouvez créer quelque chose de magique pour le monde”, a-t-il encouragé l’assistance.

Jim von Ehr, fondateur de la première entreprise de nanotechnologie et membre du conseil d’administration du Seasteading Institute, a retracé les progrès de ses entreprises, dont les avancées technologiques ont déjà des applications toutes trouvées sur les îles flottantes, avec notamment des matériaux légers et ultra-résistants. Participer au projet, c’est, pour lui, “redonner à la communauté après avoir réussi”.

La troisième journée de la conférence se tiendra demain, toujours ouverte au public et accessible en streaming (voir la page Facebook “Îles flottantes en Polynésie”). Il sera beaucoup question d’architecture et du cadre législatif des îles flottantes, à Tahiti et ailleurs.

 

C.P.

 

Egor Ryjikov, co-fondateur de Weber CoMechanics et de Blue Frontiers : “Changer la donne du tout au tout”

Egor Rijykov

(© Caroline Perdrix)

Quelle était l’idée forte de votre présentation ?

Je fais le pari que les nouvelles technologies apporteront aux îles de nombreux changements positifs. Par exemple, je pense que nous disposerons bientôt de beaucoup d’énergie bon marché, que l’on va pouvoir stocker facilement, ce qui va changer la donne du tout au tout.

 

Pourriez-vous installer l’une de vos entreprises sur une île flottante à Tahiti ?

Il ne s’agit pour l’instant que de créer un prototype de petites dimensions, qui servira à rassembler des données pour étudier la faisabilité de véritables cités flottantes ; mais à terme, lorsque de grandes structures seront installées en haute mer, oui, bien sûr. Et je compte y vivre avec ma famille.

 

Comment une zone économique spéciale non soumise à l’impôt contribue-t-elle à la communauté qui l’accueille ?

Indirectement et directement. Elles seront des vecteurs d’apprentissage pour les populations locales, puisqu’elles introduiront de nouvelles technologies. Les entreprises et les gens qui s’installeront dans les cités flottantes auront besoin de multiples services, ce qui va créer des emplois.

 

Kalani English, sénateur de l’État de Hawaii : “Nous avons besoin d’actions radicales, ceci en est une”

Kalani English

(© Caroline Perdrix)

Vous avez rappelé que le concept d’îles flottantes existe déjà dans la mythologie polynésienne…

“Flottantes” n’est sans doute pas le terme exact, il s’agit plutôt d’îles “spirituelles” qui apparaissent et disparaissent à certains moments. Les Polynésiens ont toujours beaucoup bougé et ils ont toujours incorporé de nouvelles techniques dans leur mode de vie. Le Seasteading peut changer des choses, mais je crois aussi que la vision polynésienne du monde va changer le Seasteading. Ça marche dans les deux sens.

 

Comment abordez-vous la problématique légale des îles flottantes ?

Je pense que le projet peut avoir une grande valeur pour la Polynésie dans les cinquante prochaines années. Le réchauffement climatique s’accélère, des îles vont disparaître, et quel sera alors leur statut légal ? Prenez Tuvalu, huit atolls qui vont disparaître : auront-ils toujours un siège à l’ONU ? Leur zone économique exclusive existe-t-elle encore ?

Ces questions n’ont pas encore de réponse en droit international. Tant que vous avez une présence au-dessus du niveau de la mer, vous avez une existence légale. Si Tuvalu se dote d’une île flottante, le pays maintient son statut de pays, garde son siège à l’ONU et sa ZEE. Donc c’est peut-être une façon de préserver son identité. Je pense qu’entre s’exiler pour toujours dans une autre île et s’installer sur une île flottante, beaucoup d’îliens, aux Tuamotu par exemple, choisiraient l’île flottante. Nous avons besoin d’actions radicales, ceci en est une. Quand je vois des projets comme celui-ci, je suis très enthousiaste. Parce que quelle que soit la convergence des idées, la motivation, cela va aider beaucoup de gens à l’avenir.

 

Le fait que le projet sera réalisé par des entreprises privées est également un facteur d’inquiétude. Qu’en pensez-vous ?

Les meilleures innovations viennent habituellement du secteur privé, qui est extrêmement motivé par le progrès technologique. Je suis content que le gouvernement polynésien ait signé un protocole d’accord, je suis globalement pour le projet et je serai attentif au texte qui sera présenté à l’assemblée. Nous avons quelques zones économiques spéciales à Hawaii, notamment pour les compagnies aériennes qui peuvent ainsi importer du carburant détaxé et créer des hubs chez nous. Elles ont également un but plus collectif : elles créent un environnement attractif pour les entreprises qui, à leur tour, créent des emplois.

 

Propos recueillis par C.P.

 

 

 

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