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Sébastien Lecornu : « La Polynésie a un potentiel extraordinaire »

lundi 11 septembre 2017

lecornu sébastien

Sébastien Lecornu, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, arrive ce soir au fenua, après avoir représenté l’État au Forum des îles du Pacifique. (© DR)


Le secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique arrive ce soir au fenua, après avoir représenté l’État au Forum des îles du Pacifique et effectué une visite de quatre jours à Wallis-et-Futuna. À partir de demain matin, Sébastien Lecornu s’entretiendra avec le président du Pays, le président de l’assemblée de la Polynésie et les parlementaires. Il sera question de visites de sites en lien avec l’environnement : la station d’épuration de Papeete et les installations hydroélectriques de Papeno’o. Le secrétaire d’État se rendra également à Bora Bora, où il découvrira notamment les unités d’osmose et le projet d’osmoseur solaire qui serait le premier du Pacifique. À l’occasion de sa venue, Sébastien Lecornu a accepté de répondre à des questions que nous lui avons adressées par e-mail.

L’ancien président de la République, François Hollande, s’était engagé à ce que la Polynésie française soit éligible au fonds vert. Le président Macron s’est-il emparé de ce dossier ?

La Polynésie française peut d’ores et déjà bénéficier du fonds vert, via des actions de coopération régionale menées dans le cadre du programme régional océanien de l’environnement.

Je sais que le gouvernement de la Polynésie y a déjà recours pour financer des projets d’adaptation au changement climatique, grâce notamment à des prêts à taux zéro.

Au-delà, Emmanuel Macron a renforcé le leadership de la France en matière de diplomatie climatique depuis son arrivée. Au Forum des îles du Pacifique, j’ai ressenti un véritable “désir de France” de la part de nos voisins. Ils voient la présence française dans le Pacifique sud comme une chance que sa voix soit entendue au niveau mondial sur le climat et le président Fritch s’est particulièrement illustré dans ce rôle lors de la conférence sur le climat de Paris (COP 21).

Le 12 décembre, le président de la République organise un sommet visant à assurer le financement de la lutte contre le changement climatique après la COP 21. C’est une nouvelle preuve de la détermination de la France.

 

Des mesures incitatives pour les voitures électriques ont été mises en place en Polynésie française, ainsi que des aides aux particuliers et aux entreprises pour la promotion des énergies vertes. L’État pourrait-il venir, lui aussi, proposer des aides pour changer les habitudes de consommation ?

La fin des véhicules thermiques en 2040, prévue par le Plan climat, est une priorité ! Je sais qu’elle est partagée par les élus de Polynésie et elle est au moins aussi urgente dans l’outre-mer que dans l’Hexagone. Nous réaliserons ensemble cette transition qui appelle nécessairement l’installation de bornes de recharge électrique, par exemple.

L’espace info énergie de Papeete conseille les Polynésiens sur leur consommation énergétique et les moyens de réduire la facture.

 

La Polynésie, c’est deux tiers de l’espace maritime français, un trésor. L’État a-t-il des pistes pour en améliorer sa préservation et sa gestion ?

Là encore, oui ! La création d’aires marines protégées dans la zone économique exclusive polynésienne est nécessaire. Nous travaillons également à la sauvegarde des espèces et de la protection de la biodiversité. Ces questions de protection des océans étaient d’ailleurs au cœur des débats lors du Forum des îles du Pacifique. J’y ai représenté la France, il y a quelques jours, à Samoa, au côté du président Fritch.

 

 

La Polynésie, pays de soleil, de houle et d’alizés, n’a que très peu développé ses énergies renouvelables en dehors des barrages hydroélectriques. Comment l’État peut-il contribuer à améliorer la situation ?

Comment, sur un archipel aussi beau que la Polynésie, peut-on encore produire autant d’électricité à partir des énergies fossiles ? Il est évident que le photovoltaïque, les éoliennes escamotables, quand c’est possible, sont les solutions de l’avenir. Avec ses 40 % d’énergies renouvelables, la Polynésie est deux fois plus avancée que l’Hexagone.

C’est pour cela que la France vise la neutralité carbone en 2050 et que  nous souhaitons la fin de l’exploitation des hydrocarbures d’ici 2040.

Le gouvernement polynésien s’est donné la magnifique ambition de dépasser le seuil symbolique des 50 % d’énergies renouvelables en 2020. L’État accompagne cette volonté et finance des installations photovoltaïques, des centrales hybrides, le renforcement du réseau électrique de Tahiti ou encore des projets de recherche et de développement pour des solutions plus adaptées aux spécificités polynésiennes. Le contrat de projets État-Polynésie française prévoit une enveloppe de 21 millions d’euros (2,5 milliards de francs) pour le développement des énergies renouvelables sur la période 2015-2020.

 

Quel regard portez-vous sur le projet aquacole de Hao ? Ne sommes-nous pas là devant un projet à grande échelle dont les conséquences environnementales seraient mal cernées ?

La Polynésie a un potentiel extraordinaire dans le domaine de l’économie bleue et l’aquaculture en fait partie. À la clé, ce sont des emplois pour les Polynésiens. Il faut, en même temps, que les projets soient parfaitement respectueux de l’environnement. Cette implantation sur l’atoll de Hao est soumise au code de l’environnement local, puisqu’il s’agit d’une compétence du Pays et je sais toute la rigueur que les administrations compétentes mettent pour délivrer ces autorisations.  

 

La Polynésie française est particulièrement exposée aux effets présents et à venir du réchauffement climatique, comme l’élévation du niveau des océans et l’accentuation des phénomènes climatiques. L’État a-t-il pris la pleine mesure des risques qui menacent le fenua (et les autres pays insulaires de la région) ?

Les dramatiques effets de l’ouragan Irma aux Antilles françaises sont là pour nous rappeler l’urgence à agir. J’ai une pensée émue pour toutes les familles endeuillées et celles qui ont tout perdu. L’engagement du président de la République pour faire appliquer l’accord de Paris est total.

Plus encore, nous voulons passer des paroles aux actes. C’est le sens du sommet des chefs d’État et de gouvernements du 12 décembre à Paris. Concrètement, il faut développer la construction d’abris de survie. De plus, l’État soutient également les efforts du président Fritch pour la réalisation de travaux de défense contre les submersions marines.

 

Aujourd’hui, le débat sur le nucléaire se concentre sur l’indemnisation des victimes des essais en Polynésie française. Les conséquences environnementales sont-elles également, aujourd’hui, un sujet pour l’État ?

Le nouveau gouvernement français tiendra les engagements de l’accord de l’Élysée pour le développement de la Polynésie française que l’assemblée de la Polynésie vient d’adopter en juillet. Reconnaître et assumer le fait nucléaire, c’est indemniser les victimes et traiter aussi, effectivement, les conséquences environnementales. C’est dans l’accord.

L’État poursuivra la surveillance des conséquences radiologiques et physico-chimiques des essais nucléaires. Comme vous le savez, les résultats sont régulièrement présentés à une commission d’information présidée par le haut-commissaire et le président du Pays, où sont représentées les institutions du Pays, mais aussi les associations engagées pour cette cause.

 

La Polynésie est en retard par rapport à l’Hexagone en matière de traitement des eaux usées, de fourniture en eau potable et de traitement des déchets… C’est d’autant plus marqué à mesure que l’on s’éloigne de l’île de Tahiti, vers les archipels. L’État peut-il aider davantage la Polynésie à aller plus vite sur ces sujets ?

Progresser dans ces domaines est une priorité absolue du président Fritch. Je suis déterminé à l’aider sur cette voie. Les moyens financiers sont, maintenant, pleinement disponibles pour y parvenir. Nous avons déjà financé 23 projets dans les communes polynésiennes. Les progrès ont commencé à se faire sentir et nous sommes attentifs à toutes les communes, et notamment les plus éloignées.

 

L’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’État soutiennent-ils toujours le projet de sea-water air conditionning (Swac, climatisation à l’eau de mer naturellement froide) qui doit alimenter l’hôpital de Taaone ?

Je peux vous assurer que l’État, l’Agence française de développement et la Banque européenne d’investissement soutiennent toujours ce projet. Cette nouvelle technologie est très prometteuse pour toutes les îles.

Je suis attentif à ce que ce projet se mette rapidement en place. Le projet du Swac de Taaone offre de réelles perspectives à la Polynésie française pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles.

 

Propos recueillis par Y.R. et B.P.

 

 

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